« Horrifié par la justice »

Elisa Riberry

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L'explosion mortelle du 28 février 2008 a marqué la mémoire lyonnaise.
L'explosion mortelle du 28 février 2008 a marqué la mémoire lyonnaise. — L. Cipriani / AP Sipa (Archive)

Le jugement a surpris tout le monde. Et a été accueilli, après un long silence d'incompréhension, avec colère, tristesse et déception par les parties civiles. Lundi, le tribunal correctionnel de Lyon a relaxé les cinq sociétés poursuivies pour « blessures et homicide involontaires », notamment, dans l'affaire de l'explosion au gaz survenue cours Lafayette, le 28 février 2008. Un drame qui avait provoqué la mort d'un pompier, fait une quarantaine de blessés, de nombreux sinistrés et dégâts matériels. Le 11 février, après trois semaines de procès, 650 000 € d'amende avaient été requis contre Veolia, GRDF, GDF Suez, Roche et Gauthey.

Dix jours pour faire appel


Au final, seule l'entreprise de travaux publics Roche, dont des ouvriers avaient arraché une canalisation de gaz ce jour-là, a été condamnée à verser plus de 70 000 € aux victimes et proches des victimes de dommages corporels. « Pour la justice, cela signifie que personne n'est coupable. C'est le pire scénario, a réagi à l'issue du jugement Vincent Delattre, président de l'Association des victimes de l'explosion du cours Lafayette et de la rue Barrier (Aveclrb). On ne reconnaît ni le préjudice moral ni matériel. Je suis horrifié par la justice. » L'incompréhension se lisait également sur le visage de l'épouse de Stéphane Abbès, tué dans l'explosion, et de ses anciens collègues présents au tribunal. « Mais nous n'avons pas perdu. La justice a reconnu l'erreur de GRDF (qui a tardé à couper le gaz le jour du drame). Mais, selon elle, il ne peut pas être estimé que ces défaillances ont été la cause des dommages. Le doute profite à l'accusé, a indiqué l'avocat de la famille du pompier Dominique Arcadio, conscient toutefois de la déception de ses clients. Ils venaient chercher la sanction de leur peine, de leur colère. Ils venaient chercher la condamnation de GRDF. » Le parquet et les parties civiles ont dix jours pour faire appel du jugement.

■ Indemnisation des dégâts matériels

Pour les sinistrés de l'explosion, dont beaucoup avaient subi d'énormes dégâts matériels, ce jugement pose également la question de l'indemnisation. « Heureusement qu'il y a eu l'ouverture d'un guichet unique avec AXA après le drame, qui a permis d'indemniser une partie de nos préjudices. Si nous avions attendu ce jugement, nous n'aurions rien eu. Mais tout n'a pas été intégralement indemnisé. Loin de là », déplore Vincent Delattre.