«Le procès de la trêve hivernale»

Caroline Girardon
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G. Devers, l'avocat des familles, espère une décision qui fera jurisprudence.
G. Devers, l'avocat des familles, espère une décision qui fera jurisprudence. — C. Girardon / 20 Minutes


Appuyé sur sa béquille, casquette de marin vissée sur la tête, Detlef arpente les couloirs du palais de justice de Lyon. En attendant le début de l'audience, l'Allemand, âgé de 58 ans, fait les cent pas tandis que sa voisine patiente, couchée sur un banc. Tous deux font partie des 17 personnes à avoir assigné en référé l'Hôtel social, association qui les a pris en charge durant le plan froid mais qui a été obligée de leur demander de quitter leurs bungalows au 1er avril.



«Ils se trompent de cible»



«C'est dur, lâche Martine Roure, présidente de l'Hôtel social. Ces gens-là, on les a aidés tout l'hiver. On s'est attachés à eux et on a essayé de faire au mieux. On ne peut pas nous reprocher de ne pas leur trouver un logement car ce n'est pas notre rôle.» «Ils se trompent clairement de cible, poursuit Alain Couderc, avocat de l'association. Maintenant, c'est au tribunal de reconnaître que c'est de la responsabilité de l'Etat de reloger ces personnes à la fin de la trêve hivernale. L'Hôtel social a été mandaté pour gérer le centre d'hébergement mais les bungalows et le terrain ne lui appartiennent pas.» Ressentant une «injustice», le personnel de l'association assure ne «pas en vouloir» aux sans-abri. «J'en veux plutôt aux ceux qui les ont poussés, confesse Martine Roure. On leur a promis qu'en nous faisant un procès, ils auront un logement, mais on leur a menti.» 

Dans le camp adverse, Gilles Devers, avocat des familles, espère pourtant obtenir une décision sans précédent. «Ce procès est en réalité celui de la trêve hivernale, explique-t-il. Si nous gagnons, je pense qu'il n'y aura plus de 1er avril qui tienne. Nous espérons mettre fin au système.» Pour l'homme de loi, «l'occasion est donnée de sortir d'un travers» et demander que les familles puissent rester sur place «le temps que le travail d'inclusion se termine». «Pourquoi devrait-on remettre des gens à la rue le 1er avril ? La rue est aussi dangereuse l'été que l'hiver. Le grand froid ou la chaleur pose les mêmes difficultés.» La décision a été mise en délibéré.

■ Astreinte

L'Hôtel social, qui a finalement refusé d'expulser les familles comme on lui demandait,  se voit frapper d'une astreinte. L'association doit s'acquitter de 100 € par jour de retard.