L'abeille, reine de banlieue

Elisa Riberry

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Le site Urbanbees de Saint-Priest a accueilli une centaine d'espèces.
Le site Urbanbees de Saint-Priest a accueilli une centaine d'espèces. — C. Visage / Inra

Entre un hôtel propret en centre-ville et un pavillon de banlieue avec jardin en friche, leur cœur n'a pas balancé longtemps. Selon les premiers résultats de l'expérimentation Urbanbees, conduite dans le Grand Lyon depuis 2010, les abeilles sauvages préfèrent coloniser les zones périurbaines plutôt que les milieux urbains ou agricoles. «Elles trouvent en périurbain une diversité de milieux plus importante pour nicher», explique Charlotte Visage, coordinatrice Urbanbees à l'Institut national de la recherche agronomique d'Avignon (Inra). A la frontière des villes et des campagnes, ces pollinisateurs, qui ont déserté les terres agricoles gavées de pesticides, prennent leurs aises dans les jardins fleuris, les prés ou prairies naturelles (non entretenues). «C'est aussi dans ces zones qu'elles trouvent le plus de sols piétinés, où 80 % des abeilles nichent dans des galeries», ajoute la jeune femme.

Des hôtels pour sensibiliser


Sur les 16 sites d'études urbains et périurbains du Grand Lyon, dans lesquels 309 espèces ont été recensées, le jardin de la Cressonnière (9e), le parc du Château de Saint-Priest ou le chemin des Hauts du Bois à Sainte-Foy-lès-Lyon ont ainsi été les plus fréquentés. Les hôtels à abeilles, carrés de sol et spirales à insectes qui y ont été aménagés ont attiré une centaine d'espèces. A contrario, le site très urbanisé de la rue Bon Pasteur (1er) a été l'adresse la moins prisée, avec 52 espèces observées. Un faune non négligeable, selon les experts, qui confirme que les abeilles peuvent aussi trouver leur bonheur en centre-ville. Dans les hôtels notamment, des cabanes remplies de tiges et bois mort qui ont vu nicher 24 000 butineuses depuis 2010 sur les sites observés. Mais pas une grande diversité d'espèces. «Ces installations permettent de sensibiliser le public, d'observer la nidification. Mais ce n'est pas avec ça que nous sauverons les abeilles», estime l'Inra, qui pour diversifier les espèces et donc sauver les plus menacées, préconise quelques actions simples. En ville, par exemple, mieux vaut bannir le tout goudron pour laisser des sols disponibles, conserver des talus ou encore laisser des espaces en friche.

■ Garante de l'équilibre alimentaire

Un tiers de notre alimentation dépend de l'activité pollinisatrice. Dès lors, on comprend mieux l'importance des actions menées pour enrayer le déclin et trouver de nouveaux espaces de vie aux abeilles sauvages qui, selon les scientifiques, accomplissent l'essentiel du travail de pollinisation.