«La facture de l’eau va baisser à Lyon»

— 

 
  — no credit
Après trois semaines de convalescence à la suite de son opération de la hanche, Gérard Collomb est revenu cette semaine aux affaires. Pour cet entretien de rentrée, le maire socialiste de Lyon évoque les grands dossiers et les chantiers de 2007, dernière année pleine de son mandat entamé en 2001. Gérard Collomb Sénateur, maire PS de Lyon et président du Grand Lyon. 
 
Quels projets allez-vous mettre en oeuvre cette année ? 

Un certain nombre de projets arrivent à échéance en 2007, comme les berges du Rhône, inaugurées en mars. Le confluent entre en pleine action. Nous allons également lancer la Tour Oxygène, un deuxième gratte ciel à la Part-Dieu. Ce sera un nouveau grand projet pour l’agglomération. Et nous travaillons sur d’autres grandes opérations, à commencer, sur les berges de la Saône, par le futur Pont Schuman et la sécurisation du tunnel de Croix-Rousse. Nous entamerons, enfin, la destruction de l’auto-pont Mermoz (8e), qui va nous permettre de faire de ce secteur un quartier vivant. 

Ces projets ont déjà été évoqués. Avec une année de mandat supplémentaire, on pouvait s’attendre à de nouveaux chantiers… 

Mais tout ce que je viens d’évoquer n’a pas encore été lancé. Et certains élus de la communauté urbaine trouvent que nous avons déjà engagé trop de chantiers sur le prochain mandat et que cela va réduire les capacités de manoeuvre des prochaines équipes. Pour les opérations de 2007 et qui vont continuer jusqu’en 2009, on en a déjà pour 400 millions d’euros. 

 Il faudra donc augmenter les impôts lors du prochain mandat ? 

Forcément, on ne les a pas augmentés pendant six ans. Mais on le fera dans des normes raisonnables. Je vous signale que Lyon est la deuxième ville la moins imposée sur la taxe d’habitation et la première la moins imposée sur le foncier bâti. Si quelqu’un me dit qu’il ne va pas du tout augmenter les impôts locaux, je ne le croirai pas. 

Le périphérique ouest sera-t-il enfin lancé cette année ? 

On peut le mettre en oeuvre. Mais hormis les questions financières, nous butons sur le tracé et la jonction au sud avec le boulevard Laurent- Bonnevay. Comme nous attendons les décrets d’application de la loi Bachelot sur les périmètres de risque, on ne sait pas aujourd’hui où exactement on peut faire aboutir le périphérique. On ne peut donc pas décider s’il passera sous le Rhône ou s’il faut construire un pont. 

 Vous devez renégocier le contrat de l’eau en 2007. Parviendrez-vous à récupérer les 94 millions d’euros provisionnés par Veolia et donc à faire baisser les factures ?

 Nous attendons de ces négociations une capacité de bénéfice relativement importante pour la collectivité et les Lyonnais. Nous avons réclamé ces provisions sur charge. Je suis sûr que la facture de l’eau va baisser. 

Qu’avez-vous pensé du mouvement des Enfants de Don Quichotte ?

 Il a eu le mérite de sensibiliser médiatiquement l’ensemble du pays et en particulier la classe politique sur le problème du logement. Mais que tout d’un coup, en fin d’un mandat présidentiel, on feigne de découvrir cette question me semble saugrenu. L’agglomération lyonnaise n’a pas attendu cette crise pour faire des efforts en matière de logement social. Pour les achats de foncier, nous sommes passés de 1 à 35 millions d’euros entre 2001 et 2007. S’il y avait eu la même progression du côté de l’Etat, la situation serait peut-être moins tendue. 

Que préconisez-vous pour résoudre le problème du logement ?

 Cette question est devenue aujourd’hui extrêmement complexe. Je pense qu’il faut vraiment sanctuariser les 20 % de logement sociaux et l’imposer à l’ensemble des communes. Il faut également une loi sur le prix du sol, sur le foncier. Quand la collectivité veut faire des logements, le déclassement du terrain industriel en terrain constructible lui fait quadrupler sa valeur. Sur décision de la collectivité et sans rien faire, le propriétaire fait ainsi une plus-value, sans contrepartie pour la commune. C’est anormal.        

Que pensez vous du droit opposable au logement ?

 Il ne faut pas que cela soit simplement une formule et ne pas être dans l’incantation. Il faut être dans l’action. Le jour où je serais heureux c’est lorsque je verrais une action efficace se mettre en place. Ce qu’a fait Jean-Louis Borloo, ministre de la Cohésion sociale, était positif mais on est en dessous de ce qu’il conviendrait de faire. Et là je ne parle que de l’agglomération lyonnaise. Quand on parle de l’Ile de France, de l’effort qu’il y a à faire pour la restructurer et faire en sorte qu’on n’ait pas des villes ghettos à côté de villes plus riches, il y a un certain travail à effectuer. Si jamais on ne fait pas ce travail, je suis très inquiet pour la cohésion sociale en France dans les 15-20 prochaines années.    

Vous briguez un ministère de la Cohésion sociale ?

Non. Je ne brigue qu’une chose : pouvoir continuer ce que nous avons engagé dans ce premier mandat sur Lyon.   

Y a t-il des choses que vous regrettez de ne pas avoir fait durant ce mandat ?

Je trouve qu’on en a déjà fait pas mal. Si je fais le bilan, j’ai assez peu de regrets. Je vois une ville qui est devenue la deuxième agglomération française d’un point de vue économique et du développement urbanistique. Aujourd’hui, on est sorti de la compétition française. Le challenge est désormais européen. Il faut désormais regarder comment nous pouvons rivaliser avec les grandes métropoles européennes comme Milan et Barcelone. J’espère qu’au cours du prochain mandat, on va pouvoir réaliser ce fonctionnement métropolitain à Lyon, en se rapprochant de Bourgoin, l’Isle-d’Abeau et Saint-Etienne.     

Quel sera votre rôle cette année pour les échéances électorales qui s’annoncent ?  

 Je vais essayer d’aider Ségolène Royal. Je l’ai fait depuis le début. Je vais organiser beaucoup de réunions et de forums participatifs puisque c’est la voie tracée par Ségolène Royal. Je vois se dessiner un mouvement relativement fort en sa faveur. On croyait que ça ne serait qu’un feu de paille pendant les vacances, puis lors de la campagne interne au PS. Et on s’aperçoit au contraire qu’elle continue à progresser. Ce qui veut dire qu’il y a quand même un fort besoin de renouvellement de la politique dans ce pays. Sa force principale, c’est de ne pas être justement dans l’incantation mais dans la prise en compte des besoins réels de la société.   

Le mot «bravitude », vous aimez ? 
Pourquoi pas...  
 
Vous refusez toujours de débattre avec Dominique Perben, candidat UMP à la mairie de Lyon en 2008 ?

 Je comprends bien quel est son problème. Monsieur Perben a du mal à décoller dans cette agglomération. Donc il voudrait que l’on monte sur le ring. Moi, pour le moment je ne monte pas sur le ring. Pour l’instant, je construis ma ville. Viendra à un moment donné le temps du débat. Il fera ses critiques et ses propositions. S’il en faisait plus, je serais peut-être obligé de répondre. Mais pour le moment, je n’en ai pas vu énormément. Donc je me dis qu’il y a un peu de mou dans la matière grise.   

Recueillis par Elisa Frisullo et Frédéric Crouzet