Olivier Brachet : «Les Roms seront moins inquiétés»

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Olivier Brachet, directeur de l'ONG lyonnaise Forum réfugiés.

Quelles vont être les conséquences de l'entrée de la Roumanie dans l'UE pour les nombreux Roms de Lyon ?

D'un point de vue réglementaire, je pense qu'ils seront moins inquiétés qu'avant. Maintenant qu'ils sont citoyens européens, les contrôles de police sur la légalité de leur séjour vont diminuer. Depuis 2000, ils pouvaient séjourner quatre-vingt-dix jours en France avec un passage certifié en frontière. Ils ne sont désormais plus tenus de se signaler en frontière et il sera donc plus difficile pour les autorités de vérifier la validité de leur séjour. Les expulsions vont se faire lentement. Ce sera moins musclé. Il y aura un repositionnement des autorités sur les éventuelles infractions pénales, comme les occupations illégales de terrains.

Vont-ils continuer à venir en France ?

Pour les Roms, la France n'est pas un pays de destination. Ils préfèrent bien souvent l'Italie ou l'Espagne. Et contrairement à ce que l'on pense, ce sont des sédentaires, qui effectuent des migrations pendulaires pour venir gagner de l'argent. Ils s'imaginent un avenir en Roumanie, pays qui a aujourd'hui un fort besoin de main-d'oeuvre. L'immigration des Roms vers la France a déjà beaucoup diminué ces dernières années et a également évolué.

De quelle manière ?

Elle est désormais aux mains de réseaux qui organisent des filières d'exploitation. Il y aura certainement une petite communauté de Roms qui restera sur Lyon. Ce sont ceux qui ont raté leur voyage, qui se retrouvent bloqués, qui sont en détresse. Car la population locale a arrêté de donner de l'argent. La mendicité organisée, cela a marché au début. Les premiers Roms, qui sont arrivés en masse en 1994-1995 à Lyon venant de Craiova après être passés par l'Allemagne au début des années 1990, ont ramené de l'argent qu'ils ont investi.

L'attitude de la France face aux migrations Roms a-t-elle évolué ?

En douze ans, le dossier des Roms n'a pas été pris sérieusement en main en France. Il n'y a aucun endroit où l'on réfléchit à leur situation dans le pays alors que d'autres pays ou l'Union européenne ont créé des structures. La réflexion sur le sujet n'a pas beaucoup avancé. Ce qui a avancé, c'est la Roumanie.

La situation des Roms va-t-elle s'améliorer en Roumanie ?

L'intégration des Roms, victimes depuis longtemps de discrimination, est un des gros enjeux pour la Roumanie, qui s'est dotée d'outils de droit et de représentation pour intégrer l'Europe. Mais on n'efface pas d'un coup l'histoire des relations difficiles entre les Roumains et les Roms. Le but est de les intégrer au système démocratique et scolaire, de faire émerger une élite. Cela mettra du temps.

Recueillis par F. C.