Les pompiers traumatisés

Jérémy Laugier

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Les pompiers de la caserne Corneille restent marqués par le 28 février 2008.
Les pompiers de la caserne Corneille restent marqués par le 28 février 2008. — P. Fayolle/Sipa (archives)

«Nous étions une belle bande de copains ce jour-là», s'est souvenu Mickaël Paccaud mardi lors du procès de l'explosion au gaz du 117, cours Lafayette (6e), qui a coûté la vie à Stéphane Abbes. Son ancien collègue a ainsi décrit le début de l'intervention du 28 février 2008 ayant été fatale au pompier lyonnais. Parmi les principales victimes entendues à la barre, sa compagne Delphine Peteski, qui a préféré ne pas amener leurs filles de 7 et 11 ans au tribunal correctionnel, a pesté contre «une intolérable injustice». «Ce n'était pas une fatalité mais une faute. On lui a imposé ce risque. Depuis ce fameux jour, notre vie s'est arrêtée brutalement», a-t-elle poursuivi en fixant par moments le camp GrDF. «C'était impossible que ça arrive à un mec comme lui. Je voyais Stéphane comme une machine réussissant tout ce qu'il touchait», rappelle son ancien collègue Mickaël Paccaud, toujours profondément marqué six ans après, comme toute la caserne Corneille.

Des crises d'angoisse


«J'ai connu trois explosions de gaz dont deux mortelles dans ma carrière et là, c'était au-dessus de mes forces», explique Christian Magrit, chef d'agrès ce jour-là, qui a dans la foulée demandé sa mutation auprès des forces rurales, en Haute Vallée d'Azergues. Certains ont connu des crises d'angoisse, de la claustrophobie, le besoin de boire ou la disparition de tout lien social depuis ce moment-là. Dans une salle remplie d'émotion, les pompiers sont tour à tour revenus sur le chaos de ce 28 février en évoquant «des météorites», «un paysage lunaire» et «une sensation de ralenti, comme dans les films». Le sergent Steve Magnin a aussi décrit «des membres de partout sur la route» avant de réaliser… qu'ils appartenaient au magasin d'orthopédie situé en face ! «Mon combat n'est pas terminé. Je tiens à ce que mon expérience douloureuse ne se reproduise jamais, au grand jamais», a conclu Delphine Peteski.

■ «Le procès vient vraiment de changer»

Très technique durant six jours, le procès a vécu un tournant mardi. «Il vient vraiment de changer avec l'expression d'une détresse très importante», indique Vincent Delattre, président de l'Association des victimes de l'explosion du cours Lafayette et de la rue Barrier. Après les pompiers et les proches, des voisins et commerçants ont présenté leurs vies «bouleversées», en dénonçant notamment «le harcèlement moral des assureurs».