« Il y a un nombre inquiétant de suicides à Corbas  »

Propos recueillis par Caroline Girardon

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Jean-Marie Delarue s'inquiète du danger des prisons " déshumanisées ".
Jean-Marie Delarue s'inquiète du danger des prisons " déshumanisées ". — C. VIllemain / 20 Minutes

Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de libertés, était à Lyon lundi.

Vous êtes venu parler de privation de liberté. Quelles formes peut-elle prendre ?

Quand on est dans une maison d'arrêt surpeuplée, on a bien moins de chance d'avoir du travail. Et le travail en prison n'est déjà pas très répandu. Ne pas avoir de travail en prison, ça veut dire ne pas avoir de revenus, et tomber sous la coupe d'autres détenus qui ont de l'argent et qui vont monnayer leurs services. Ces pauvres gens vont vivre une détention infernale. Certains vont se retrouver à la sortie sans travail, sans logement, parfois sans famille. La réinsertion sera mal assurée.

Est-ce que la maison d'arrêt de Corbas échappe à la règle ?

J'ai souvent dénoncé, dans ces nouveaux établissements, l'industrialisation de la captivité. On y regroupe des masses de détenus importantes. Le contact entre le détenu et le surveillant se fait moins bien. Cela se traduit par des sentiments d'isolement très profonds. Il y a un phénomène désormais bien identifié à la maison d'arrêt de Corbas, c'est la relative importance du nombre de suicides qui inquiète beaucoup les professionnels.

Bien plus qu'ailleurs ?

Oui, il y a à Corbas un nombre relativement élevé de gens qui mettent fin à leur jour.

Comment l'expliquer ?

C'est dû certainement à la forme des lieux, à l'architecture, au caractère automatique et déshumanisé d'un certain nombre d'outils comme les portes qui se ferment toutes seules, et au fait qu'on ait concentré au même endroit plusieurs centaines de détenus. Ce qui laisse au personnel peu de marge pour s'occuper efficacement de chacun d'eux.

La garde des Sceaux souhaite une réforme pénale. Qu'en pensez-vous ?

Nos concitoyens ignorent les effets de la surpopulation carcérale. Les effets, c'est que la prison travaille moins bien à la réinsertion. Je lis la préoccupation de sécurité qu'ont tous les Français. Mais plus on relâche à leur sortie de prison, des gens qui sont incapables de se réinsérer, moins la sécurité est assurée. Par conséquent, il faut que la prison ne soit pas surpeuplée. Les préoccupations de la garde des Sceaux me semblent donc tout à fait légitimes.