Carton rouge pour les Fils de Butte

Jérémy Laugier

— 

Si les trois familles roms sont parties avant l'arrivée de la police, les militants ont été accompagnés hors de la butte.
Si les trois familles roms sont parties avant l'arrivée de la police, les militants ont été accompagnés hors de la butte. — C.Villemain/20 Minutes

«Vous n'avez pas le droit, c'est ma maison !», hurle en sanglots une jeune opposante au Grand Stade. Expulsée mardi matin comme une vingtaine d'autres membres des Fils de Butte – des «anarcho-libertaires», dixit la préfecture du Rhône –, elle a dû se résoudre à quitter la butte du Biézin à Décines. Depuis avril 2012, une Zad (zone à défendre) faisant office de petit Notre-Dame-des-Landes y vivait en autogestion, avec yourtes, cabanes mais aussi… free shop et potager ! «Quasiment un an et demi de lutte pacifique a trouvé comme seule réponse une expulsion par les forces de police», soupire Jessie, qui occupait jusque-là son temps entre la vie du campement et la préparation de tracts et de manifestations contre le Grand Stade. La population décinoise n'a pas forcément adhéré au fonctionnement de cette «Zad tournante» partageant pourtant son refus du projet cher à Jean-Michel Aulas. «Ces hippies cherchent juste un squat et se foutent de ma cause, peste Philippe Layat, agriculteur en cours d'expropriation. Ma famille habite depuis 400 ans dans cet endroit bucolique. C'est toute ma vie ici…»

«Vous me sauvez la vie»


«Les squatteurs ne sont pas les bienvenus chez nous», assure pourtant Nova, l'un des militants, dont le nombre a fluctué entre 10 et 50 ces derniers mois au milieu des champs de Décines. Surveillés par des hélicoptères et ayant fait face à une imposante manifestation d'une centaine de Décinois lundi, les Fils de Butte étaient de plus en plus contestés. D'ailleurs, en constatant leur expulsion, un jeune riverain de 14 ans, Eros, a lancé tout sourire au maire de Décines Jérôme Sturla «Vous me sauvez la vie !»

■ Où les opposants vont-ils se retrouver ?

A côté du GIPN et des CRS mobilisés, le tractopelle détruisant leur campement mardi n'a pas mis à mal leur détermination. Le dernier militant présent sur le site a ainsi refusé de descendre d'un arbre durant toute la journée. Mardi soir, ses compagnons expulsés manifestaient devant la butte qui leur est pour le moment fermée, ne voulant aller nulle part ailleurs. «De toute manière, nous continuerons la lutte jusqu'au bout», préviennent-ils.