La lutte contre l'illettrisme passera par les entreprises

Caroline Girardon
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Des formations sont mises en place dans les entreprises.
Des formations sont mises en place dans les entreprises. — C. Villemain/20 Minutes

Le jour où il a demandé à une partie de ses salariés de faire un commentaire sur un «serious game» dédié aux addictions qu'ils avaient testé au préalable, Didier Charbonnel a été abasourdi. «On s'est aperçu que certains étaient illettrés. Les mots étaient écrits en phonétiques, voire incompréhensibles», raconte le PDG de l'entreprise de BTP Charbonnel.

L'illettrisme, déclarée grande cause nationale 2013, dont les assises régionales se sont déroulées lundi à Lyon, concerne 2, 5 millions de personnes en France. Soit 7 % de la population. «Contrairement à ce que l'on imagine, ces personnes ne sont pas en grande précarité ou en situation d'exclusion. Plus de la moitié travaillent et sont intégrées socialement», confie Anne Messegue, chargée de mission régionale à l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme. 53 % d'entre elles ont plus de 45 ans et 71 % parlaient uniquement le français à la maison. «Ces personnes sont allées à l'école, elles ont acquis des bases peu stables, poursuit Anne Messegue. Ensuite, elles n'ont guère eu l'occasion d'écrire ou de lire et ces acquis se sont délités.» Vincent Fischer, dirigeant d'une entreprise lyonnaise de propreté a lui aussi été confronté à ce problème. «Certains de nos salariés qui doivent faire le ménage venaient parfois avec leurs enfants pour qu'ils tapent le code à la porte de l'entrée de l'immeuble ou les aident à déchiffrer les itinéraires», raconte-t-il. Depuis 2004, il a développé au sein de son entreprise des formations : 250 heures dispensées en une année pour chaque salarié en difficulté. «L'argument massue, c'est la rentabilité, argumente-t-il. Un salarié qui comprend tout de suite, c'est moins de temps passé à lui montrer ce qu'il doit faire. Tout le monde y gagne».