Djamel Atallah : «La République a oublié ces quartiers»

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Djamel Atallah, fondateur de Vénissieux à venir.

Un an après les émeutes dans les banlieues, qu'est-ce qui a changé ?

Rien. La politique de répression et de provocation envers les jeunes continue. Tout est fait pour que les émeutes recommencent cet hiver. J'ai même l'impression que certains hommes politiques attisent les flammes à l'approche de l'élection présidentielle.

Le gouvernement a pourtant débloqué 100 millions d'euros pour les associations l'hiver dernier...

Seules les grosses structures en ont bénéficié. Les petites associations de quartier n'ont jamais été soutenues. Et ce qui me chagrine, c'est que quand les banlieues s'enflamment, le gouvernement fait justement appel à ces petites associations pour jouer les pompiers. Aujourd'hui, ces structures sont amères car elles ne peuvent plus travailler. Du coup, certains habitants se tournent vers la politique. Les gens des quartiers populaires ne veulent plus subir mais agir.

Après les émeutes, vous avez fondé Vénissieux à venir, une association dont l'objectif est d'inciter les habitants à voter. Où en est la mobilisation ?

La mobilisation suit son cours. Si vous allez à la mairie de Vénissieux, vous verrez régulièrement de petits groupes de jeunes s'y rendre pour s'inscrire sur les listes électorales. Au lycée Jacques-Brel, on ne discute plus de la dernière émission de la Star Ac mais plutôt de politique et de ce qui peut changer.

Plusieurs incidents ont récemment eu lieu autour de Paris. Quel est le climat à Vénissieux ?

Ici, tout le monde reste calme, mais il y a une petite tension. A la moindre étincelle, ça peut dégénérer.

Selon les syndicats, le nombre de policiers blessés a augmenté dans le Rhône depuis le début de l'année. Qu'en pensez-vous ?

C'est regrettable. La police est un instrument indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. Il ne doit pas exister de zone de non droit en France. Mais il serait bien aussi de savoir combien de jeunes sont blessés par des policiers. Pour ça, aucune statistique n'existe.

Quels comportements vous énervent chez les policiers ?

Le tutoiement lors des contrôles d'identité. Les policiers représentent la loi. Un simple vouvoiement peut apaiser les tensions. Je regrette la police de proximité, qui faisait un réel travail de fond dans les quartiers.

En 1983, vous étiez à l'initiative de la Marche des Beurs. Quel est votre sentiment sur l'évolution des banlieues ?

J'ai l'impression que la République a oublié ces quartiers. Elle s'y intéresse uniquement quand il y a des émeutes. Les rénovations d'immeubles ne suffisent pas. En 1980, il aurait déjà fallu inciter de grandes entreprises à s'installer dans les quartiers populaires pour résorber le chômage et préserver la mixité sociale. Aujourd'hui, dans certaines écoles, il y a 85 % d'enfants Français d'origine étrangère... C'est grave.

Recueilli par Carole Bianchi