Les urgences survivent

Caroline Girardon

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Dix-neuf heures trente aux urgences médicales et psychiatriques de l'hôpital Edouard Herriot, pavillon N. Une quinzaine de patients couchés sur des brancards peuplent les couloirs du service, en attente des résultats d'un examen ou d'une place dans un box. Mais à l'accueil, l'ambiance est assez calme. «Il ne faut jamais dire le mot»calme«, car c'est là que la cohue arrive, plaisante Fabrice, infirmier qui vient de commencer son service. En général, on n'a pas le temps de s'ennuyer.»

Quatre heures d'attente


«Il ne se passe pas un jour sans répit, poursuit Ornella, jeune infirmière qui a rejoint le service il y a un an. Le rythme est très dur physiquement et mentalement car nous avons une grosse charge de travail. Mais j'adore ce que je fais.» Les journées comme les nuits, les arrivées de patients s'enchaînent : une centaine en moyenne, voire 150, les jours de très grosse affluence. Et le délai d'attente moyen avoisine les quatre heures. «Certaines fois, on se dit qu'une ou deux infirmières de plus dans le service ne seraient pas de trop, même si on n'a pas à se plaindre au niveau des effectifs», explique Fabrice. Car les urgences ont été relativement épargnées par le plan de redressement des Hospices Civils de Lyon visant à réduire un déficit abyssal initial de 94 millions d'euros. Faisant partie des services protégés, il n'y a pas eu de réduction d'effectif, même s'il n'y a eu aucune embauche supplémentaire. «La grande difficulté, c'est d'avoir des lits dans les autres services, raconte Guillaume Ranchon, chef du service d'unité. Nous sommes souvent bloqués par des patients qui restent ici par défaut de places. Quand vous avez 40 malades à suivre avant leur transfert, vous ne pouvez pas faire entrer les nouveaux. Donc on prend du retard et le délai d'attente s'allonge». «On sait que l'attente s'accumule, mais on n'a pas le choix. On fait notre maximum », enchaîne Fabrice. « Vous attendez, c'est sûr, mais c'est normal : on traite en premier les cas les plus urgents, relativise le mari de l'une des patientes alitée dans un couloir. On ne paie rien, alors on ne va pas se plaindre.»

■ Le déficit des Hospices civils de Lyon

En 2008, les HCL, deuxième établissement hospitalier de France le plus endetté, enregistraient un déficit de 94,3 millions d'euros, réduit à 21,6 millions d'euros en 2012. Pour espérer atteindre le retour à l'équilibre en 2013, les HCL ont notamment supprimé 200 postes par an depuis 2008.