« Jouer, c'est du bonheur »

Elisa Riberry

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Certains acteurs ont déjà écumé plusieurs scènes lyonnaises avec la troupe.
Certains acteurs ont déjà écumé plusieurs scènes lyonnaises avec la troupe. — D.R.

Les costumes sont prêts à être enfilés. Les textes et chorégraphies maîtrisés sur le bout des doigts. Malgré tout, à la compagnie Altea-Génération théâtre, le trac commence à monter. Vendredi soir, 21 acteurs et danseurs amateurs de cette troupe vont monter sur les planches, à Lyon, pour offrir au public une version peu ordinaire des Femmes curieuses de Carlo Goldoni . Une pièce réadaptée par la metteure en scène Malo Lopez et la chorégraphe Maylis Jeanselme, et jouée uniquement par des déficients mentaux, passionnés de théâtre. «Ce n'est pas un spectacle de kermesse. Il y a du vrai boulot derrière pour que le public voie des acteurs et pas seulement des handicapés. Beaucoup ignorent le talent que ces gens peuvent avoir», explique Malo Lopez, qui a créé sa compagnie il y 17 ans pour favoriser l'accès des handicapés à la culture. Et faire évoluer le regard sur ce public encore à la marge.

«Je m'éclate sur scène»


Qu'ils soient débutants ou comédiens confirmés, tous les membres de la troupe, accueillis chaque semaine à la MJC des Rancy (3e), ont répété dur pour préparer le spectacle. «Sur les 55 pages de texte, j'en ai gardé 17. J'ai adapté les scènes aux comédiens et à leur handicap», précise la metteure en scène. Vendredi, Raphaëlle et Simon incarneront les rôles principaux. Et c'est avec un véritable enthousiasme que ces trisomiques de 30 et 29 ans attendent de monter sur scène. «Jouer, pour moi, c'est du bonheur. Je m'éclate sur scène et cela me permet de travailler ma mémoire, confie Raphaëlle, qui, depuis 10 ans, a écumé plusieurs scènes lyonnaises avec la troupe. Simon, lui, a trouvé dans le théâtre l'occasion de libérer» ses émotions «et d'améliorer son langage.» Avant, je bégayais. Aujourd'hui, à force de répéter, je parle mieux «, indique le garçon, salarié à la blanchisserie d'un établissement d'aide par le travail (Esat). Une occupation que, comme Raphaëlle, il rêve un jour d'abandonner pour» être comédien à temps complet «.

■ Un spectacle rejoué cet été à la Salle des Ranc■ y

La pièce Les femmes curieuses sera jouée jeudi devant des élèves du lycée Saint-Marc, puis vendredi lors d'une soirée ouverte à tous dès 20 h 30 à la Salle Sainte-Hélène (2e), sur réservations au 04 78 58 33 59 (6 €,10 €). D'autres représentations de la pièce devraient être proposées en juin à la Salle des Rancy lors du festival «Même pas de thème».