Ils voguent pour s'intégrer

Elisa Riberry

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Les cinq jeunes apprennent à diriger un catamaran à Miribel-Jonage.
Les cinq jeunes apprennent à diriger un catamaran à Miribel-Jonage. — C. Villemain / 20 minutes

Chaque jeudi depuis plusieurs semaines, Angélique, Maxime, Raphaël, Nicolas et Cédric apprennent à barrer sur le lac de Miribel-Jonage. Leur objectif : maîtriser la voile avant de s'embarquer le 20 avril pour une traversée de deux jours en catamaran entre Toulon et Ajaccio. Une fois en Corse, ces autistes lyonnais âgés de 15 à 20 ans passeront sept jours sur le littoral dans le cadre d'un projet écocitoyen. Une semaine pendant laquelle ils vont devoir cohabiter sur le bateau, et surtout partager leurs journées avec des jeunes non handicapés de l'Ile de Beauté. Pour ces cinq élèves du Service d'éducation spécialisée et de soins à domicile (Sessad) Emile-Zola de Villeurbanne, l'aventure va donc bien au-delà du défi sportif ou du projet environnemental.

« J'ai du mal à me faire des amis »


«Cette expérience doit leur permettre de mettre en application tout ce qu'ils ont acquis pendant l'année à travers leurs activités pour apprendre à mieux vivre ensemble », explique Corinne Bouvier-Garzon, éducatrice spécialisée au Sessad. Car pour ces ados et jeunes adultes, le chemin vers l'autonomie et la socialisation est difficile. «Ils parlent correctement. Mais ils sont souvent inhibés ou au contraire désinhibés. Leur relation aux autres est compliquée», ajoute Adrien Gérinière, professeur de sport adapté. Conscients du challenge qui les attend, les jeunes skippers partent confiants. «Je vais avoir un peu peur avant le voyage. Mais on va s'adapter. On sera en équipe. On pourra s'aider», confie Nicolas, 15 ans. «On va rencontrer d'autres jeunes qui n'ont pas nos difficultés», ajoute Maxime, 16 ans, ravi à l'idée de pouvoir se faire des «copains ordinaires». Raphaël, lui, compte les jours avant le départ. «Avec mon handicap, j'ai du mal à me faire des amis. Au lycée, c'est difficile, je ne sais pas comment aborder les gens. Alors, c'est important pour moi de pouvoir rencontrer d'autres jeunes», explique ce garçon de 20 ans. Au quotidien, ses efforts pour se socialiser commencent à payer. «L'autre jour, je suis allé au cinéma tout seul. Et en juillet, je suis invité à passer une journée chez un ami», se réjouit Raphaël. Un grand pas dans la vie peu ordinaire de ce jeune homme.

■ projet « citoyens du grand bleu »

Ce projet « Citoyens du Grand bleu », porté par le Sessad et financé par des entreprises publiques et privées, va permettre aux jeunes de découvrir la faune et la flore et de participer à un chantier de protection du littoral.