Les « évadés de Moulins » jugés

Caroline Girardon

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Ils comparaissent devant 
la cour d'assises de Lyon (archives).
Ils comparaissent devant la cour d'assises de Lyon (archives). — CYRIL VILLEMAIN/20 MINUTES

Son obsession : «se faire la belle». Christophe Khider, braqueur multirécidiviste est jugé à partir de ce mardi devant la cour d'assises de Lyon. Son ancien codétenu à la prison de Moulins (Allier), El Hadj Omar Top, comparaît à ses côtés, ainsi que trois complices présumés.

Débat sur les longues peines


A 41 ans aujourd'hui, Christophe Khider, a connu presque autant d'établissements pénitentiaires et a déjà passé dix-sept ans derrière les barreaux. L'homme fiché au grand banditisme, a déjà tenté à quatre reprises de s'évader de prison. La plus spectaculaire remonte à 2001 lorsque son frère Cyril braque un pilote d'hélicoptère et essaie de l'extirper en vain de la cour de promenade de Fresnes. La dernière tentative, qui fût la bonne, s'est déroulée le 15 février 2009, à la prison de Moulins. Ce jour-là, sur le coup des 16 h, une violente explosion retentit dans la zone réservée aux parloirs. Christophe Khider et El Hadj Omar Top viennent de se faire la belle, prenant au passage, deux surveillants en otage. Leur cavale va durer deux jours.

«Sur les faits, il n'y a pas grand-chose à dire, déclare Pierre Lumbroso, avocat de Top. Maintenant il y a deux façons d'aborder ce procès. On peut mettre en cause l'administration pénitentiaire. Et se demander comment des explosifs et des armes ont pu entrer à l'intérieur de l'établissement ?» Autre ligne de défense : les conditions d'incarcération des détenus purgeant de longues peines. «Quel espoir peut avoir une personne condamnée à 20 ou 30 ans de réclusion ?, poursuit Pierre Lumbroso. On ne peut pas demander à un homme plus qu'il ne peut. Souvent deux alternatives s'offrent à lui : le suicide ou l'évasion. L'objectif de ce procès est aussi de rendre compte de la réalité carcérale.» Sylvie Piciotti, ancienne compagne de Khider avec qui elle a une petite fille handicapée de 5 ans, risque elle aussi la perpétuité pour l'avoir aidé à s'échapper. «C'était un acte d'amour et de désespoir, répond son avocat Yoann Le Bras. Pour elle, il s'agissait de lui dire adieu, car elle savait très bien que, quelle que soit l'issue, elle ne le reverrait pas. Aujourd'hui elle regrette amèrement et elle reste déterminée à faire comprendre à la cour qu'elle s'est égarée. Elle souhaite désormais reprendre une vie de famille normale». Verdict attendu le 19 avril.