Se nourrir des denrées gaspillées

Anne Dory

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Les produits, récoltés dans les poubelles des supermarchés, sont distribués aux passants.
Les produits, récoltés dans les poubelles des supermarchés, sont distribués aux passants. — C. Villemain / 20 minutes

Faire ses courses gratuitement, c'est possible. Il suffit de se servir dans les poubelles. Pour dénoncer le gaspillage alimentaire, deux Lyonnais ont lancé le mouvement des «gars-pilleurs». Depuis moins d'un mois, chaque semaine, ils distribuent gratuitement aux passants le résultat de leur récolte dans les poubelles de supermarchés des alentours de Lyon.

Des emballages abîmés


«Là, il y a 230 kg, c'est notre plus grosse prise, ça représente au moins 600 euros», explique l'un des deux initiateurs du mouvement, rencontré jeudi dernier lors d'une distribution organisée place Ambroise-Courtois (8e). Yaourts bio, lait, viandes, fruits et légumes… Sur une table à tréteaux, ils étalent leur butin sous le regard interrogateur des passants. La plupart des produits ne sont pas périmés, ou alors d'un jour ou deux, beaucoup ont simplement l'emballage souillé. D'après la FAO, l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, un tiers des aliments produit chaque année dans le monde est perdu ou gaspillé. Soit 1, 3 milliard de tonnes par an. «ça nous ouvre les yeux sur la réalité d'un monde qui doit changer», constate Nicolas, 42 ans, qui repart chez lui avec de la bière, des barres de céréales et des pâtes. Pierre, lui, avait été mis au courant de la distribution via les réseaux sociaux. «Ça m'arrive de faire les poubelles des magasins quand c'est la dèche», confie ce chômeur de 24 ans. Il remplit son sac de nourriture à côté d'étudiants et de personnes âgées aux maigres retraites. «C'est honteux de jeter tout ça quand on voit le prix auquel on nous le vend», s'insurge Maria, 63 ans, qui peine à vivre avec ses 1 000 € par mois. Et pourtant, ce n'est pas aux nécessiteux que les gars-pilleurs souhaitent avant tout s'adresser. «On distribue dans des quartiers bobos ou étudiants, explique l'un d'eux. On veut sensibiliser les gens, les pousser à privilégier une nourriture biologique et issue des circuits courts.»