Le vote lyonnais décortiqué

Caroline Girardon

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Deux cents élèves de Sciences Po 
ont participé à l'élaboration du livre.
Deux cents élèves de Sciences Po ont participé à l'élaboration du livre. — C. VILLEMAIN / 20 Minutes

«On ne voulait pas faire un livre sur ce que l'on sait déjà. On souhaitait aller au-delà des sondages.» Olivier Quéré, enseignant à Sciences Po Lyon, est l'un des auteurs de «Vox Populy», publié en février. Un livre auquel ont participé deux cents étudiants de l'institut. Pendant huit mois, d'octobre 2011 à juin 2012, ils sont allés sonder les habitants du Grand Lyon afin de décortiquer leurs votes lors de la présidentielle de 2012.

Des clichés malmenés


«On ne leur a pas demandé de répondre à des questionnaires, souligne Olivier Quéré. Les étudiants ont rencontré à cinq reprises les personnes interrogées. Au départ, la politique n'était pas abordée. L'idée était d'analyser leur vécu, de comprendre leur rapport à la ville. À la fin seulement, on leur a demandé pour qui ils votaient.» «Il ne s'agissait pas de faire une photographie du vote lyonnais et dire que les habitants de l'est de l'agglomération penchent à gauche et ceux de l'ouest, à droite, complète Renaud Payre, directeur du laboratoire Triangle. C'était surtout de voir le rapport des électeurs à la politique et saisir leurs évolutions.» Ainsi, au fil des chapitres, les clichés sont parfois malmenés. On apprend par exemple que dans les «banlieues dorées» - Ecully, Champagne - où la droite réalise toujours des scores très élevés, les électeurs ont un rapport assez distant à la politique. «Ils parlent assez peu de politique, explique Renaud Payre. Ils perçoivent le vote comme une obligation sociale, voire morale. En 2012, ils n'ont pas choisi Nicolas Sarkozy par militantisme ou conviction. Ils tenaient avant tout à défendre leur pouvoir d'achat.» Autre catégorie d'électeurs passée à la loupe : «les pavillons», regroupant les propriétaires résidant en périphérie (Meyzieu, Vaulx-en-Velin, Mions…). Des zones qui votent majoritairement à gauche, mais où le Front national réalise des scores importants. «Ces populations, qui vivent dans des quartiers très segmentés, ont tendance à se replier sur elles-mêmes. La présence de pavillons et de logements sociaux dans la même zone peut déraper en forme de suspicion, analyse Renaud Payre. Ces populations sont difficiles à mobiliser. Pour autant, elles ne rejettent pas la politique.» Contrairement aux habitants des «seuils», quartiers situés à l'entrée des villes ou peu visibles (Route de Vienne, Bachut).