Le recteur n'est pas toujours académique

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U ne main de fer dans un gant de velours. Depuis son arrivée en juillet 2002, le recteur de l'académie de Lyon, Alain Morvan, s'est forgé l'image d'un personnage singulier aux coups de gueule imprévisibles et à l'humour pince-sans-rire. « Je suis ombrageux », reconnaît facilement ce fonctionnaire de 62 ans, assis dans la pénombre de son bureau, aux stores souvent baissés.

Au fil des mois, sa réputation s'est nourrie de ses positions marquantes dans l'affaire Gollnisch, de sa guerre ouverte à l'égard de la présidence de Lyon-III, et de sa récente opposition à l'ouverture du collège musulman Al-Kindi. « Je n'imagine pas exercer mon métier en courbant l'échine. Il m'est impossible de caler sur quelque chose que je juge essentiel », ajoute cet ancien professeur d'anglais, capable en seulement quelques mots de faire rire toute une assistance lors d'une visite ministérielle. Et de s'attirer tout aussi vite les foudres des étudiants ou des personnels de l'éducation nationale. A l'image de ce syndicaliste qui ne voit en lui « qu'un personnage hermétiquement fermé au dialogue ». Ou encore de cette étudiante qui tout en lui étant reconnaissante « d'avoir fait avancer les choses contre le négationnisme », déplore sa tendance à faire de chaque affaire « une croisade personnelle ».

Cette manie de s'investir dans les dossiers sensibles lui vaut aussi des marques de reconnaissance. A la mairie de Lyon, l'adjoint en charge de l'Enseignement supérieur, Pierre Laréal, se satisfait de « ses prises de responsabilités dans les affaires de Lyon-III ». Au rectorat, au gré des dossiers, ses collaborateurs découvrent un « acharné du travail » et un « passionné qui ne pratique pas la langue de bois ». Quitte à devoir endosser seul le rôle d'empêcheur de tourner en rond, comme lors de son opposition à Al-Kindi. « Le système éducatif doit de temps en temps faire entendre sa voix et prendre des risques, affirme le recteur. J'ai été nommé pour cela. Je fais mon travail. »

Elisa Frisullo

Marié et père de trois enfants, Alain Morvan passe « ses rares moments de temps libre » à écouter de la musique classique et à lire. Cet agrégé d'anglais et docteur d'Etat ès lettres et sciences humaines se consacre beaucoup à l'écriture. Son dernier ouvrage, Mary Shelley et Frankenstein : itinéraires romanesques a été publié en septembre 2005 dans la collection Puf essais. Passé par le ministère de l'Education nationale en 1995, Alain Morvan était directeur-adjoint du cabinet du ministre, François Bayrou.