Le Chaos demeure à Saint-Romain

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Les habitants de Saint-Romain-au-Mont-d'Or devront s'habituer aux portraits de terroristes et aux têtes de mort qui ornent les façades noircies de La Demeure du Chaos. Dans un arrêt rendu hier, la cour d'appel de Lyon a finalement autorisé le propriétaire, Thierry Ehrmann, à garder sa maison controversée en l'état. Si la cour a confirmé sa condamnation pour avoir transformé les extérieurs de ce relais postal du xviie siècle en décor apocalyptique « sans déclaration préalable », les sanctions ont cependant changé.

Le PDG du Groupe Serveur (banques de données) a certes vu le montant de son amende personnelle passer de 10 000 à 200 000 e, mais contrairement au jugement de première instance, la cour a décidé qu'il n'y avait pas lieu « d'ordonner les mesures de restitution des lieux ». Les magistrats ont estimé que La Demeure du Chaos était une « oeuvre d'art dans sa globalité ». Et que la remise en état des façades « conduirait à laisser en place un bâtiment totalement dépourvu d'unité architecturale ». « Il ne respecte pas la loi, mais on ne lui demande pas de réparer », s'étonne Serge Deygas, avocat de la commune. Pierre Dumont (DVD), maire de cette bourgade proprette, s'est déclaré « déçu » par ce jugement. « Comment se fait-il que la loi s'applique à certains et pas à d'autres ? », déplore l'élu. Il attend de réunir son conseil municipal pour savoir s'il portera l'affaire en cassation. Hier, dans sa demeure chaotique, Thierry Ehrmann jubilait. « C'est une victoire sur l'obscurantisme de la commune et de son maire », a indiqué l'excentrique homme d'affaires, qui a salué la « grande sagesse » de la cour d'appel. Il entend donc poursuivre la transformation de sa demeure. La prochaine oeuvre « ne sera visible que du ciel ». Au grand soulagement de ses voisins.

Frédéric Crouzet

Thierry Ehrmann estime que cet arrêt doit faire « jurisprudence ». Il aimerait qu'une loi s'en inspire pour clarifier les rapports entre l'art et le code de l'urbanisme.