« Il y a de la morosité, mais aussi l’envie de se battre »

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 Interview de Bruno Matray, président de l’Union viticole du Beaujolais depuis septembre 2005

Les vendanges dans le Beaujolais débutent ce matin. Quel est le moral des viticulteurs, un an après la fronde contre la baisse des rendements ?

La fronde de l’année passée s’est traduite par des changements de responsables. J’ai essayé de mettre tout le monde autour d’une table de travail pour prendre des mesures. Fin juillet, nous avons signé des accords interprofessionnels, ce qui montre un engagement fort de la viticulture concernant la qualité et le marché.
Il y a de la morosité, mais il y a aussi une envie de se battre, d’être offensif. La situation économique n’est pas facile. Elle touche les viticulteurs de façon différente. Certains ont arrêté. Et à côté de ça, d’autres continuent de se développer et ne veulent pas de mesures qui restreignent leur activité.

Les problèmes de surproduction ont-ils été jugulés ?

Nous avons retiré des vins disponibles sur le marché pour les distiller. Cette mesure a parfois été faite à contrecœur, mais elle aura permis d’enlever des vins d’anciens millésimes qui n’étaient plus de bonne qualité. Par ailleurs, nous avons voulu mettre en place un système qui donne la possibilité aux viticulteurs de vendre, uniquement s’ils ont les débouchés, un peu plus que le rendement autorisé en libérant une réserve. Seule l’appellation beaujolais a retenu cet outil. L’an prochain, il faudrait que les autres s’engagent aussi car en période de crise, c’est un bon moyen pour lutter contre la surproduction.

Beaucoup de viticulteurs se plaignent du coût de la main d’œuvre lors des vendanges, les machines remplaceront-elles un jour les coupeurs dans le Beaujolais ?

Il est vrai que le coût de la machine est bien inférieur à celui de la main d’œuvre et dans des périodes aussi difficiles qu’en ce moment, certains viticulteurs se posent sérieusement la question. Il y en a de plus en plus qui souhaitent utiliser la machine s’ils peuvent techniquement avoir de bons résultats.

Depuis votre élection à la tête de l’UVB, vous vous battez pour une meilleure qualité des vins. Quelles sont les avancées ?

On ne veut pas que des vins douteux passent sans avoir été vérifiés par des gens capables de nous dire s’il y a un problème. Lors des premières dégustations, en novembre, il faut pouvoir déceler si le problème va s’intensifier en bouteille ou si c’est juste dû à l’activité microbiologique du vin. Même si les dégustateurs sont formés chaque année, on avait besoin d’une garantie supplémentaire pour bloquer les vins à problèmes. D’où la création d’une « super commission » qui va être composée d’œnologues et de vignerons triés sur le volet et formés.

Où en est le projet d’une ambassade du Beaujolais à Lyon, qui devrait être réalisée au sein de la maison du Chamarier (5e) ?

Les viticulteurs, compte tenu de la crise, n’ont pas voulu investir 5 millions d’euros dans ce projet, surtout dans la partie immobilière. Ils s’y sont opposés très vivement et rien que d’évoquer le nom, ça les fait bondir. Aujourd’hui, tout le monde est d’accord pour une ambassade à Lyon, que ce soient les négociants ou les viticulteurs… Par contre, il ne faut pas qu’on y investisse les mêmes sommes. Le projet du Chamarier tel qu’il a été prévu au départ va être revu. Une commission a été crée. Il ne pourra se faire que si l’investissement immobilier est supporté par un autre mécanisme, type SCI.

Le millésime 2006 s’annonce plutôt prometteur…

La pluie et le froid de début août ont fait un raisin un peu plus épaulé, plus gros. On sera donc plus sur le fruit et moins sur des vins de garde comparé à l’an passé.

Propos recueillis par Carole Bianchi