Famille regroupée, fils expulsable

©2006 20 minutes

— 

C'est un sans-papier dans une situation ubuesque. Mohamed-Lamjed Abdessalem a 28 ans, l'accent lyonnais et un diplôme de kiné. Né en France, ce jeune Tunisien est expulsable à tout moment vers le pays que ses parents ont quitté il y a 35 ans. Alors que, dans le même temps, l'administration vient d'autoriser quatre de ses frères et soeurs vivant en Tunisie à venir s'installer à Lyon, au titre du regroupement familial. « Si mon fils est expulsé, il sera tout seul. On n'a plus de famille là-bas », s'inquiète son père.

C'est à Vaulx-en-Velin que Mohamed-Lamjed a grandi. A 11 ans, ses parents l'ont envoyé chez sa grand-mère en Tunisie, de peur « qu'il tourne mal ici ». A sa majorité, il n'effectue pas les démarches pour obtenir la nationalité française. Le jeune homme revient en 2003 pour suivre des études d'ostéopathie à Limonest. Depuis, il a multiplié les demandes de régularisation. Toutes ont été rejetées. En avril dernier, il est arrêté et envoyé au centre de rétention de Saint-Exupéry. Mais le tribunal administratif annule l'arrêté préfectoral ordonnant sa reconduite à la frontière, face aux « incohérences » du dossier. « Le nom mentionné dans le refus de titre de séjour n'était même pas le mien », s'étonne Mohamed-Lamjed. Il veut alors croire que son cauchemar est fini. Mais fin mai, la préfecture refuse encore de le régulariser et le somme de quitter la France sous un mois. Depuis, il vit dans la peur. « Cette situation me démolit. J'ai le sentiment de ne pas pouvoir avancer, confie-t-il. Pourtant, ma vie est ici, auprès de ma famille. »

Cloé Makrides

Mohamed-Lamjed Abdessalem ne veut plus « vivre caché ». Il vient de demander à la préfecture du Rhône un réexamen de sa situation estimant « qu'il y a eu des erreurs dans le traitement » de son dossier de demande de régularisation.