Le cinéma la Fourmi baisse le rideau

Caroline Girardon

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La Fourmi a accueilli ses derniers spectateurs dimanche soir.
La Fourmi a accueilli ses derniers spectateurs dimanche soir. — C. VILLEMAIN / 20 minutes

Depuis lundi, François Keuroghlian savoure sa retraite. « Je me sens plus léger », glisse-t-il dans un sourire. Voilà 38 ans et 6 jours qu'il dirigeait l'emblématique salle de cinéma La Fourmi (3e). Un petit établissement spécialisé dans la projection de films qui n'étaient plus à l'affiche ailleurs. Mais le rideau est tombé dimanche, date de la toute dernière séance. « Je ne suis plus tout jeune », plaisante l'homme avant de préciser que le passage au numérique a posé problème. « L'investissement était très important, il fallait compter au moins 200 000 € auxquels il fallait ajouter tous les frais de modernisation. La salle était un peu vieillotte et je comptais la remettre au goût du jour. J'ai obtenu toutes les aides nécessaires mais cela ne suffisait pas à couvrir la totalité des dépenses et je ne souhaitais pas m'endetter sur 15 ans ». Et de poursuivre : « Si j'avais eu 25 ans de moins, je l'aurais fait. Mais je ne voulais pas prendre le risque car il fallait que les recettes suivent. »

Peut-être des repreneurs
« C'est un choix personnel », insiste le directeur de la Fourmi qui enregistrait en moyenne 30 000 à 35 000 entrées par an.
Pourtant l'annonce de cette fermeture semble avoir ébranlé le monde du cinéma d'art et essai. « Ça nous met en colère car c'est encore une salle indépendante qui disparaît, affirme Maura, porte-parole du collectif Les Inattendus. Il y a de moins en moins de salles qui accueillent des films faisant moins d'entrées au box-office mais dont l'intérêt artistique est certain. » « C'est une catastrophe, s'alarme Juliette Boutin, du Grac – Groupement régional d'actions cinématographiques. C'était extrêmement pratique d'aller y voir des films. A l'inverse d'une programmation trop rapide où les longs métrages s'enchaînent, là on avait le temps de les voir après les premières semaines d'exploitation. » « Il devient urgent que les responsables politiques s'engagent en faveur d'une diversité cinématographique », affirme Maura. En attendant le sort de la Fourmi n'est peut-être pas tout à fait scellé. François Keuroghlian évoque « des pistes » concernant d'éventuels repreneurs. Mais tout cela reste confidentiel.