Rien ne se passe comme prévu de Laurent Binet chez Grasset (Paris, France)

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Rien ne se passe comme prévu
Rien ne se passe comme prévu — Le choix des libraires

Résumé

«Sous les perches des preneurs de son, on l'aperçoit parfois au milieu du cordon des gardes du corps. Des adolescents hystériques jurent qu'ils ne se laveront plus jamais la main après avoir serré la sienne. Des journalistes sont prêts à me piétiner pour rester au contact du candidat. Des ouvriers en colère hurlent, menaçants, qu'ils auront la peau des journalistes.
Hier à Lyon, aujourd'hui à Florange, demain à Varsovie ou à Londres, Marseille, Boulogne-sur-Mer, Trappes, Rouen, Berlin, la Guadeloupe, la Guyane, le soleil ne se couche jamais sur la campagne présidentielle.
Hollande, président ? On rêve. Les ennemis d'hier sont les alliés d'aujourd'hui. Valls monte la garde. Montebourg se prend pour César.
En face, l'adversaire brûle ses vaisseaux. A la télé, on disserte sans fin sur sa stature ou le ha la I. Pendant ce temps, Mélenchon récite des pages de Victor Hugo. Ceux qui trouvent la campagne chiante en parlent pendant des heures, des jours, des mois. Des hélicoptères tournent dans le ciel de Tulle.
Tout est normal.»

L.B.

Laurent Binet a 40 ans. Il est né à Paris. Il a effectué son service militaire en Slovaquie et a partagé son temps entre Paris et Prague pendant plusieurs années. Agrégé de lettres, il est professeur de français en Seine Saint-Denis depuis dix ans et chargé de cours à l'Université. Auteur de deux ouvrages : Forces et faiblesses de nos muqueuses (récit surréaliste, 2000), La Vie professionnelle de Laurent B. (journal de prof, 2004), HHhH, son premier roman a été couronné par le Prix Goncourt du Premier roman en 2010.

Courier des auteurs le 04/09/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis un prof de lettres qui a enseigné dix ans en Seine-Saint-Denis.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Au départ, il s'agissait d'observer les coulisses d'une campagne électorale. A l'arrivée, j'ai l'impression d'avoir découvert, de déplacements en déplacements, un peu du visage de la France.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«C'est le Grand Soir, c'est l'anaphore finale, groupons-nous et demain.»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Ca dépend à quel moment mais globalement, le rythme de la campagne ayant été frénétique, il faudrait quelque chose de très allegro : la 5e symphonie de Mozart, par exemple. Mais peut-être aussi quelque chose de plus mélancolique, d'un peu plus amer : Space Oddity ou This is not America de Bowie en contrepoint. Et le soir du 6 mai, à la Bastille, la chanson d'Alex Beaupain, Au départ, en bande-son sur les images de la foule en liesse.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Tout ce qu'on voit à la télé en trois secondes mais qui n'est jamais développé : la parole des anonymes que le candidat rencontre au fil des jours - ouvriers, chômeurs, immigrés, femmes, jeunes, vieux... Tout le monde s'est excité sur les quelques petites phrases du livre mais personne n'a encore parlé de la journée à Florange ou du discours de la jeune franco-algérienne sur l'affaire Mérah, ou du chômeur de Trappes, ou de la saoudienne qui lit Mélenchon dans le train... Quand Hollande va à Florange, les journalistes s'intéressent à son duel avec Sarkozy. Moi, tant qu'à faire, je pose des questions à Filipetti sur la sidérurgie et ce qu'elle m'explique est passionnant alors je retranscris sa réponse. A partir du moment où quelque chose m'intéresse, je pars du principe que ça peut intéresser d'autres gens.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Non, je fais parti de la catégorie sans rituels, qui écrit de façon aléatoire. Il valait mieux pour ce livre ne pas trop faire le difficile sur les conditions de travail et être capable d'écrire à toute heure, dans n'importe quel endroit, hôtels, trains, bus, avions...

7) Comment vous vient l'inspiration ?
Je ne sais pas exactement, je pense à différentes choses, ça se mélange dans ma tête et soudain je fais un lien, je connecte deux idées et il y a quelque chose qui démarre. Ca peut être un bout de phrase ou un début de plan, une image, une scène, un décor...

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
J'ai un esprit mimétique : quand je regarde un match de hockey sur glace, j'ai envie de me mettre au hockey sur glace. A six ans, j'ai commencé à lire et j'ai eu aussitôt envie d'écrire. J'ai dû écrire mon premier poème à sept ou huit ans, je me souviens encore de la première strophe.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Mon premier et mon plus grand choc poétique a été Robert Desnos, "La Liberté ou l'amour", quand j'étais adolescent. En même temps, je découvrais, dans "l'Idiot international", toute une bande d'écrivains bravaches, provocateurs et brillants : Jean-Edern Hallier, Marc-Édouard Nabe, Édouard Limonov... Plus tard, j'ai découvert que le roman était encore un genre plein de ressource en lisant "American Psycho" de Bret Easton Ellis : j'ai été sidéré par cette inventivité formelle et par ce génie déployé dans la construction narrative.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Ca dépend lesquels !

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Une librairie, pour moi, c'est comme un magasin de jouets.

La revue de presse : Mohammed Aïssaoui - Le Figaro du 23 août 2012

C'est un journal qui démarre le 20 juin 2011 et s'achève le 6 mai 2012. L'ouvrage ne faisant que 300 pages, de cette année d'observation ne ressort forcément qu'une sélection - des jours voire des mois ont été occultés. Le livre est un mélange de choses vues, de propos rapportés et de remarques de l'auteur, aussi bien sur les politiques que sur les nombreux journalistes qui suivent le futur président. Pas de révélations majeures - ce n'est pas l'objectif...
En revanche, et Laurent Binet le revendique et l'assume dès les premières pages, le récit est totalement subjectif. Son modèle, a-t-il abondamment expliqué, est le journalisme gonzo, registre illustré par Hunter S. Thompson (on s'intègre au groupe étudié, on adopte son mode de vie et on raconte en prenant parti).

La revue de presse : Marie-Laure Delorme - Le Journal du Dimanche du 26 août2012

L'auteur de HHhH fait le récit de la campagne présidentielle de François Hollande et le peint en homme ironique...
Rien ne se passe comme prévu est un récit d'écrivain. Les deux obsessions des médias, Dominique Strauss-Kahn et Valérie Trierweiler, sont heureusement peu présentes. Laurent Binet retranscrit les discours tenus par les différents protagonistes, tels Aquilino Morelle et Malek Boutih ; donne les points de vue d'inconnus, dont une jeune Franco-Algérienne dénonçant l'amalgame Arabes-musulmans ; dépeint des personnages, comme Pierre Moscovici, Safia Otokoré, Manuel Valls. Une myriade de seconds rôles gravite ainsi autour de François Hollande. On rit de leurs bons mots, de leurs vantardises, de leurs crocs-en-jambe...
Rien ne se passe comme prévu est un récit en liberté. Il appartient à la tradition du journalisme gonzo subjectif et impulsif.