«Libérez l'ours en vous»: Une vie d'ados sauvée par le roman (et le club théâtre)

ROMAN ADO Carole Trébor, un des quatre auteurs de la série « U4 », signe un roman happant sur la quête d’identité d’un groupe d’adolescents qui répètent une pièce de théâtre. « 20 Minutes » l’a rencontrée.

Caroline Delabroy

— 

Libérez l'ours en vous, roman de Carole Trébor paru chez Syros
Libérez l'ours en vous, roman de Carole Trébor paru chez Syros — C.D
  • L’une des auteurs de la série U4 signe un roman très personnel et contemporain, avec comme point de départ la maladie d’une prof de théâtre et les conséquences sur le groupe qu’elle anime au lycée.
  • Carole Trébor s’amuse à mêler les styles : fiction, extraits de pièce de théâtre, chansons, mails, etc.
  • Le théâtre agit comme révélateur et invite les jeunes protagonistes de l’histoire à se dépasser et sortir d’eux-mêmes.
  • Une web-série prolonge l’expérience lecture sur l’application Syros Live.

Comment rendre compte de la passion du théâtre, de la formidable énergie des planches, a fortiori chez des adultes en devenir ? Si le théâtre constitue au cinéma presque un genre en soi - on en a encore vu un exemple avec Les Ogres - il est rare qu’il soit aussi moteur en littérature jeunesse comme il l’est dans le dernier livre de Carole Trébor, Libérez l'ours en vous. Paru chez Syros, le roman suit les aventures d’un groupe d’adolescents qui vont devoir se débrouiller cette année sans leur prof de théâtre adorée. Malade, elle ne pourra suivre leur création que de loin, en correspondant par mail avec eux.

Un parti pris original

« J’écris toujours sur des choses que je connais et que j’ai pu traverser », explique l’auteure, célèbre pour avoir signé l’un des épisodes de la saga à succès U4. Le théâtre, elle y a travaillé pendant dix ans. Comme réalisatrice d’abord, avant de basculer de l’autre côté du rideau. « Je filmais les spectacles, je suivais les répétitions, dit-elle. Et c’est par le théâtre que je suis venue à l’écriture. »

Car, et c’est là l’une des originalités du roman : l’auteure de Merci l’ours !, la pièce jouée et chantée par les lycéens du livre, n’est autre que… Carole Trébor elle-même. Aussi, des extraits de la pièce, qu’elle a écrite en 2008, se retrouvent-ils dans le roman et font partie prenante de la narration. Le lecteur peut même accéder au livret entier de la pièce via l’application gratuite Syros Live, avec bientôt les enregistrements des chansons.

La Russie, fil conducteur chez Carole Trébor

Cette mise en abîme n’a rien de factice. Elle offre au contraire un riche terrain de fiction à l’auteure, qui s’amuse à jeter des ponts entre la pièce et le roman, qui devient au fil des pages de plus en plus happant. Les jeunes du club de théâtre retrouvent par exemple un vieux gardien de zoo, l’un des personnages de Merci l’ours !. Et le serveur russe sans-papiers de la pièce ou le viticulteur renfrogné, qui ne supporte pas les rêves de chanteuse de sa fille, trouvent bien des résonances dans le roman.

La Russie, fil conducteur de l’œuvre romanesque de Carole Trébor, reste également présente. La loufoquerie de la pièce - un ours échappé d’un zoo qui créé la panique dans un village - y fait d’une certaine manière écho. Tout comme le jeune Kolia du livre, déchiré par le souvenir de sa babouchka qui l’a élevé à la mort de sa mère, et qu’il a dû laisser à Moscou en partant en France avec son père. « Le théâtre, la volonté et la joie qu’il y trouve, vont l’aider à ouvrir la porte d’une possible réconciliation avec le père », poursuit Carole Trébor.

Le théâtre comme révélateur

Le théâtre va jouer le rôle de révélateur chez chacun des adolescents. « Comme Jules l’était dans U4, je voulais que ce soit des ados normaux, indique Carole Trébor. Quand ils doutent, leur prof de théâtre, Patricia, leur donne des clés, rarement des solutions toutes faites. Elle les pousse à se faire confiance, à oser, à libérer l’ours en eux. J’aime cette idée d’écoute bienveillante qui peut exister entre des ados et un adulte extérieur au cercle familial. »

Téléphone portable à la main, Carole Trébor a poussé encore un peu loin le décloisonnement des genres en allant demander à des artistes proches, pour une web-série autour du livre, « quelle était la personne qui les avait aidés à devenir ce qu’ils sont ». La Patricia de leur vie en somme. « Cela fait remonter des récits très joyeux », relève Carole Trébor, dont le roman compose un hymne tendre à la vie et au théâtre, en dépit finalement de la maladie de Patricia.

Libérez l’ours en vous, de Carole Trébor, éditions Syros, 432 p., 17,95 euros

>> A lire aussi : Les auteurs de «U4» reviennent sur leur phénomène littéraire

>> A lire aussi : Le film «Les Ogres», de Léa Fehner, vu par Manu Katché