Zep: Titeuf a 25 ans mais il n'est toujours pas près de conclure avec Nadia

BD «A fond le slip», le quinzième tome de Titeuf sort jeudi 31 août. A la différence de ses lecteurs, le gamin n'a pas pris une ride...

Olivier Mimran

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A fond le slip, 15e album de Titeuf par Zep (à droite)
A fond le slip, 15e album de Titeuf par Zep (à droite) — LORENVU/SIPA
  • Le quinzième tome des aventures de Titeuf sort jeudi 31 août
  • Dans cet album, le pré-ado essaie de se faire un avis sur les sujets d'actualité les plus sombres du moment
  • Zep nous explique comment il garde sa fraîcheur après 25 ans de Titeuf

Jeudi 31 août, c’est la rentrée pour Titeuf. Dans A fond le slip, le quinzième tome de la série, l’éternel pré-ado essaye de se faire un avis sur le monde bizarre qui l’entoure. Manif anti-IVG, vidéos complotistes, crise des migrants et avalanche de gags… Le gamin de 10 ans, né il y a 25 ans, n’est pas à un paradoxe près. A quelques heures, son créateur, le Genevois Zep nous parle de ses tourments de père…

Après 25 ans, toujours la même envie de faire du Titeuf ?

Zep : La même, je ne sais pas… Il y a 25 ans, j’avais besoin de prouver des choses, d’exister en tant qu’artiste et en tant qu’auteur. Aujourd’hui, l’enjeu est très différent : je sais – et c’est hyper agréable – que des gens « attendent » Titeuf, donc je me demande plutôt si je vais savoir me renouveler, si Titeuf va rester Titeuf, s’il a vraiment encore quelque chose à dire au public qui a son âge aujourd’hui etc... ce qui ne m’empêche pas de prendre beaucoup de plaisir, de m’amuser à réaliser un nouveau Titeuf. Si ça devait un jour devenir une corvée, j’arrêterais immédiatement !

Un nouveau Titeuf plus ou moins tous les 2 ans, ça crée une attente. Ca te met une certaine pression, non ?

Non, non, on me fiche une paix royale. Jacques Glénat, mon éditeur, sait qu’il ne peut pas forcer ou provoquer l’acte créatif… donc il attend sagement (rires). Mais il est sûr qu’à partir du moment où j’annonce que je vais refaire un Titeuf, la machine éditoriale se met en marche. De mon côté, je sais déjà de quoi je vais parler, comment le futur album va s’articuler et dans quels délais je vais le rendre. Parce qu’en trente ans de carrière, je n’ai jamais eu un jour de retard dans la livraison de mon travail… et je n’en suis pas peu fier (rires).

Aucune pression, OK ! Mais te sens-tu une responsabilité éducative ?

Non, je ne dirais pas ça parce qu’il n’y a jamais eu de visée éducative dans la série ; la seule idée que j’ai vraiment envie de transmettre, c’est qu’il faut apprendre à rire de soi parce que c’est une manière de traverser la vie que je trouve plus agréable… Mais depuis le premier album, la volonté de la série est de confronter le personnage au « vrai » monde. Un peu en réaction, je dois le dire, à la BD des années 1990 qui avait tendance, me semblait-il, à se replier sur les années 1950/60. La BD franco-belge ne parlait pas de l’actualité, et la commentait encore moins ; elle racontait encore et encore les trente glorieuses, en occultant le chômage, le Sida, le handicap, la mort etc. Et c’est quelque chose qui m’exaspérait et que j’avais envie de changer avec Titeuf.

Le lectorat initial de Titeuf vieillit… Tu en tiens compte ?

Non parce que lorsqu’on a cent lecteurs, on a cent personnes différentes. Titeuf, c’est lu par des enfants, par leurs parents, par des enfants devenus parents – les premiers enfants à avoir découvert la série à sa création (même si le public était majoritairement composé d’adultes lorsque j’ai commencé Titeuf). Je n’ai jamais essayé de « caler » des bandes dessinées sur un âge précis, je ne suis pas plus un pédopsychiatre qu’un éducateur, je raconte juste des histoires que j’espère marrantes en étant moi-même Titeuf à ce moment-là. Certains adorent et d’autres détestent, ça ne m’appartient plus et je ne suis pas tellement inquiet de ça…

Comment choisis-tu, du coup, ce que tu vas aborder ?

J’ai l’impression qu’à partir de moment où c’est Titeuf qui le dit, il faut que ce soit vrai, en tout cas que ça sonne vrai, donc que je sois vraiment « dans « le personnage, un peu à la manière d’un acteur. Lorsque Titeuf croise un pédophile sur Internet, qu’il est confronté à de la pornographie ou qu’il découvre – sans trop le comprendre (rires) – l’IVG, moi, j’écris ce qui me vient naturellement en « étant » Titeuf mais je ne me dis jamais « je dois aborder tel ou tel sujet pour mettre mes lecteurs en garde ».

Cela dit, je trouve très bien que la BD ose évoquer des sujets « graves » aujourd’hui, car ça n’a pas toujours été le cas. Pendant très longtemps, la BD a fermé les yeux sur beaucoup de choses et c’est dommage parce que moi, en tant que petit lecteur, j’aurais aimé qu’on me parle du monde qui m’entourait…

Donc l’humour Titeuf, ce seraient des gags dans l’air du temps ET intemporels…

Parce que la plupart de ces sujets – comme celui du terrorisme, par exemple - sont, en eux-mêmes, quasi intemporels. Ce qui devient temporel maintenant et que j’ai essayé de zapper pendant des années, ce sont les réseaux sociaux.

Jusque là, je préférais éviter les accessoires parce qu’ils vieillissent très très vite, mais ces fameux réseaux sociaux sont devenus trop importants dans la vie de nos enfants : je ne peux pas ne pas en tenir compte. Bah ! Après tout, ce qui fait l’enfance, ce n’est pas ce qu’on porte ou les jouets qu’on a… Ce sont les sentiments qui nous pétrissent.

En ce sens, le fait, pour des gamins, de ressentir la distance qui les sépare du monde des adultes, la volonté de faire mieux qu’eux plus tard, de ne pas leur accorder une confiance aveugle dans les options qu’ils choisissent pour nous, et bien j’ai l’impression que c’est relativement intemporel et que les enfants du siècle dernier pensaient la même chose.

La place qu’ont pris les réseaux sociaux dans nos vies change quand même la donne…

Les réseaux sociaux, ce sont eux qui, aujourd’hui, expliquent aux petits ce qui se passe autour d’eux. Ils ont pris la place du grand frère d’antan. Résultat, les enfants sont soumis à un flot d’informations continu, où le meilleur côtoie le pire – même si le pire a tendance à l’emporter (rires) ; du coup, ils ont du mal à faire le tri. Nous, leurs parents, diffusions des légendes urbaines mais chez eux, depuis l’avènement d’Internet, le phénomène est 10 000 fois plus important. Donc c’est assez étrange. Je suis très curieux de voir ce que cette génération va devenir, quelle culture elle va mettre en place…

Et Titeuf, que va-t-il devenir ? Conclura-t-il un jour avec Nadia ou Ramatou ?

En tout cas, il a plus de chances avec Ramatou (Rires). Après, Titeuf est à un âge où il imite encore les grands. Il ne sait absolument pas comment on doit s’y prendre avec les filles. Alors il se documente sur Internet, comme le font les pré-ados d’aujourd’hui, mais l’amour reste assez conceptuel, abstrait pour Titeuf. Et je pense qu’il le restera encore un moment (rires).