Une famille de forgerons sombre dans «Fils du feu» de Guy Boley

ROMAN Prenez deux minutes pour savoir si «Fils du feu» de Guy Boley est le livre qu'il vous faut...

Laurent Bainier

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«Fils du feu» de Guy Boley (Grasset).
«Fils du feu» de Guy Boley (Grasset). — 20 Minutes

Tous les jours de la semaine, la rédaction de 20 Minutes ou ses lecteurs vous proposent une idée de roman à dévorer ou à offrir. Aujourd’hui, Fils du feu de Guy Boley chez Grasset (160 pages, 16,50€).

Une citation:

«Je lisais comme certains boulimiques se gavent de nourriture, et quand mon petit frère est mort, j’ai lu davantage, à outrance, de façon névrotique, je me suis enfermé à l’intérieur des pages comme derrière des barreaux.»

Pourquoi choisir ce livre:

  • Parce que ce premier roman témoigne d’une grande maîtrise. L’écriture virtuose ne nuit en rien à l’intrigue. Un parcours triste, certes, mais livré sans excès de sensibilité.
  • Parce que Guy Boley décompose lentement son histoire de famille. Du portrait glorieux des premières pages, réchauffé au feu de la forge, ne reste plus grand-chose quelques chapitres plus loin. Entre les deux est survenu le drame: la mort d’un enfant et la vie qu’il faut continuer de mener.
  • Parce que le narrateur, le fils aîné devenu peintre, ménage ses effets jusqu’à la toute fin de ce très bref roman, laissant chapitre après chapitre le lecteur progresser dans son intimité. Guy Boley, pour son coup d’essai, nous offre un livre fin et intense.
     

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L’essentiel en deux minutes:

L’intrigue. Jérôme est comme Akim: il est le fils du forgeron. Dans la vallée de Besançon, on peut entendre les échos des grosses locos et des coups de marteau de son paternel. Pourtant bientôt, les choses se gâtent: Jérôme perd son frère, sa mère perd la boule, le ferronnier perd son calme. L’enfant est le seul debout de la tribu…

Les personnages. Après la mort du benjamin, la famille sombre. Le forgeron se met à boire, c’est automatique, et finit par lever la main sur sa femme, la belle ferronnière perdue dans le déni. L’aînée, elle, met les voiles. Jérôme se réfugie dans l’art. Il n’accuse personne, n’excuse pas non plus. Il se peint en train de peindre, fixant sur sa toile une famille jadis royale, désormais décapitée.

Les lieux. Besançon, Besac, «hier en phase, aujourd’hui naze». La ville natale d’Hugo, qui salissait les draps de ses fumées, laisse peu à peu la place à l’habitat pavillonnaire. La forge, dépassée, est avalée, recrachée en magasin de store électrique.

L’époque. Le temps d’une vie, commencée à 5 ans sur un banc dans la forge, terminée dans la résidence familiale abandonnée, un pinceau et une bouteille de rhum à la main.

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L’auteur. Guy Boley a attendu 64 ans pour nous donner son premier roman. Avant cela, il n’a pas chômé: cascadeur, cracheur de feu, maçon ou encore dramaturge, il a touché à tout. Fils du feu a décroché le Grand prix SGDL du premier roman.

Fiche réalisée par la rédaction de 20 Minutes. Pour rejoindre notre club de lecture, surveillez notre rubrique livres. Plus d’infos prochainement…