Entre la France ou la Hongrie, le cœur de l'héroïne de «Double nationalité» balance

ROMAN Prenez deux minutes pour savoir si «Double nationalité» de Nina Yargekov est le livre qu'il vous faut...

Laurent Bainier

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«Double nationalité» de Nina Yargekov (P.O.L.)
«Double nationalité» de Nina Yargekov (P.O.L.) — 20 Minutes

Tous les jours de la semaine, la rédaction de 20 Minutes ou ses lecteurs vous proposent une idée de roman à dévorer ou à offrir. Aujourd’hui, Double nationalité de Nina Yargekov chez P.O.L. (688 pages, 23,50€).

Une citation:

«Vous marchez sur le boulevard Voltaire, quelle adresse française, quelle adresse éclairée, vous vous reconnaissez bien là, le choix de votre domicile est déjà un engagement pour la vérité et la justice (...)»

Pourquoi choisir ce livre?

  • Parce que l’idée de départ est excitante: une jeune femme frappée d’amnésie soudaine n’a que sa valise et son sac à main pour tenter de comprendre qui elle est. Mais ce n’est qu’un prétexte: toute sa vie est documentée dans son ordi, en deux clics et trente pages, c’est réglé.
  • Parce que se développe alors une quête plus originale pour la fille de l’Est temporairement à l’ouest, que ses deux passeports laissent perplexe. Est-elle plutôt hongroise ou française?
  • Parce qu’en évoquant les binationaux et leurs racines emmêlées, Nina Yargekov nous parle d’une autre souffrante en recherche d’identité:  l’Europe, secouée par les pulsions nationalistes, tétanisée face aux migrants.
  • Parce que Double nationalité est un livre dont le «vous» est le héros, entièrement écrit à la deuxième personne, et ce n’est pas là sa seule trouvaille. Chaque mot est pesé, retourné, détourné. Pourtant, jamais le style ne nuit à la réflexion. 
  • Parce que ce très long roman a traîné des lustres sur notre bureau sans qu’on ose l’ouvrir, mais les critiques élogieuses des premiers lecteurs et le prix de Flore nous ont fait céder. On ne regrette pas un instant.

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L’essentiel en 2 minutes:

L’intrigue. L’héroïne se retrouve dans un duty-free, habillée comme un tapin de Noël, avec sa valise, mais sans la moindre idée de qui elle est. En fouillant les dossiers de sa vie passée, elle raccroche vite les wagons.  Seule une question demeure: est-elle française ou hongroise?

Les personnages. Quand on s’apprête à passer 700 pages en solo avec Rkvaa, trentenaire interprète célibataire qui semble ne s’occuper que de ses pieds, on croise les doigts pour qu’elle n’ait pas ses deux langues dans sa poche. Et on est exaucé. Hilarante, fine, givrée… Elle nous fait regretter que le pavé ne soit pas plus gros.

Les lieux. On passe le roman coincé dans la boîte crânienne de l’héroïne: un peu exigüe mais pas étriquée et puis il y a du passage, des tempêtes, des débats enflammés. Bref, on y est bien.

L’époque. 23 jours en France, 23 en Bulgarie, à l’été 2015. A Paris, on parle d’interdire la double nationalité. A Budapest, les murs fleurissent. Entre les deux, son cœur balance.

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L’auteur. Trentenaire, traductrice-interprète, Française aux origines hongroises, Nina Yargekov sait un peu de quoi elle parle dans Double nationalité. Mais elle est aussi une romancière à succès. Ses deux premiers romans, Tuer Catherine et Vous serez mes témoins, ont été salués par la critique. On lui fait coucou à notre tour et on a hâte de la retrouver.

Fiche réalisée par la rédaction de 20 Minutes. Pour rejoindre notre club de lecture, surveillez notre rubrique livres. Plus d’infos prochainement…