Marek Halter nous prouve qu'Eve a bien fait de croquer le fruit défendu

ROMAN Prenez deux minutes pour savoir si «Eve» de Marek Halter est le livre qu'il vous faut...

Laurent Bainier

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Eve de Marek Halter (Robert Laffont)
Eve de Marek Halter (Robert Laffont) — 20 Minutes

Tous les jours de la semaine, la rédaction de 20 Minutes ou ses lecteurs vous proposent une idée de roman à dévorer ou à offrir. Aujourd’hui, «Eve» de Marek Halter chez Robert Laffont (360 pages, 21€)

Une citation :

« Moi, dit-elle enfin, je ne regrette pas ce jardin de l’Eden. A quoi bon être vivant à l’égal d’une souris ou d’un scarabée ? Et le savoir sans rien pouvoir y changer ? »

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Pourquoi choisir ce livre ?

  • Parce que Marek Halter clôt avec brio son cycle des héroïnes des trois religions monothéistes. Après Sarah, Marie ou Fatima, il s’attaque au Patient Zéro de la folie humaine, Eve, et tranche plusieurs questions théologiques en dressant un portrait résolument féministe : la mère des Vivants n’est pas née de la côte d’Adam, mais à son côté. Sa supposée faute permet à l’Homme d’accéder à l’Histoire et, partant, au libre arbitre.
  • Parce qu’on y fait plus ample connaissance avec le Dieu des premiers jours, YHVH, sans voyelle genre « Je fais de la trap music », et sans clémence, façon Lionel Jaffredo. Eve engraine Adam : deux exclusions. Le tacle assassin de Caïn, c’est mille ans de suspension… YHVH, avec deux haches pour couper court à toute contestation.
  • Parce qu’il fait bon se rappeler qu’au commencement, Tinder c’était QLF. On avait beau swiper, on tombait toujours sur un cousin, voire sur sa frangine. Eve regorge d’histoires de frères et sœurs unis sous l’oeil complaisant de Dieu, le mariage pour tous version antédiluvienne.
  • Parce qu’on cherche un blaze au petit dernier : Youval, Lemec’h, Hannuku, Lekh-Lekha… Elle est là, la vraie Bible des prénoms.
 

L’essentiel en 2 minutes :

L’Intrigue. Tubal, forgeron niveau MOF, emmène son père complètement miraud chasser à l’arc. Vous la voyez (mieux que lui), la suite… Notre Sébastien Flute-j’ai-pas-mis-mes-lunettes tue par accident Caïn le fratricide, son propre aïeul, dont la descendance est déjà maudite sur sept générations. Bim, re-malédiction… Du coup, sa fille décide d’aller retrouver son arrière-arrière-etc. grand-mère. Bien vu l’aveugle !

Les personnages. Marek Halter s’intéresse surtout à Nahamma, qu’on ne connaît généralement ni d’Adam ni d’Eve, bien qu’elle soit la p’tite p’tite p’tite fillotte du premier, la copie conforme de la deuxième et qu’ayant cruisé sur l’Arche avec Noé, elle postule au titre de petite mère des peuples. C’est toujours compliqué les histoires de famille, mais ça vaut le coup de s’accrocher, c’est un peu la nôtre.

Les lieux. D’abord à l’Est d’Eden, un bout de désert bien plus sec que la Vallée de Salinas. Puis tout proche du fameux Jardin, où s’aigrissent les recalés, ambiance camping Bellevue pendant le Festival de Cannes.

L’époque. Aux temps bibliques des premiers hommes. Après eux, le Déluge…
 

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L’auteur. A 80 ans, l’intellectuel ewok a bâti une œuvre qui dépasse largement le cadre de la littérature. Ses fanfics de l’Ancien testament sont autant de messages de paix et d’appels à l’union des peuples et des religions. Précieux en ces temps troubles.