Avec «Anthracite», Cédric Gras jette un pavé dans la mare de la guerre d'Ukraine

ROMAN Prenez deux minutes pour savoir si «Anthracite» de Cédric Gras est le livre qu'il vous faut...

Amandine Roulland

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«Anthracite» de Cédric Gras (Stock)
«Anthracite» de Cédric Gras (Stock) — 20 Minutes

Tous les jours de la semaine, la rédaction de 20 Minutes ou ses lecteurs vous proposent une idée de roman à dévorer ou à offrir. Aujourd’hui, Anthracite de Cédric Gras chez Stock (336 pages, 20€).

Une citation :

« Le printemps ! Qui aurait misé sur la guerre ? Mais elle est comme cela, la guerre, capricieuse. Elle a ses préliminaires et ses faux départs, elle autorise les petits bonheurs avant de les réduire en bouillie. »

Pourquoi choisir ce livre ?

  • Parce que oui, en 2016, c’est encore la guerre aux portes de l’Europe (le roman se déroule en 2014) et que personne n’en parle. Cédric Gras nous le remémore. Nous voilà partis sur les routes du Donbass, en Ukraine. L’auteur, qui a beaucoup d’empathie tout comme les protagonistes, a même prévu pour nous un gilet par balle dans le coffre de la voiture.
  • Parce que lire un Que sais-je ? sur le conflit du Donbass nous aurait barbés, mais avec ces petites histoires de frères de sang russophones, on balaie et on comprend facilement la grande Histoire. A ce jeu d’échecs, c’est le sort des pions qui nous intéresse et non celui des rois, les oligarques. Pas de parti pris pour autant : tout le monde peut donner son avis.
  • Parce qu’on se prend d’affection pour le héros, Vladen, qui en voit de toutes les couleurs depuis sa naissance. Il est né en 1972 dans un Etat qui n’existe plus et la neige de l’Arctique recouvre la tombe de son papa, au visage couvert de suie. Plutôt que le bleu de travail, Vladen enfile le costume de maestro grâce à son don de violoniste et connaîtra les dorures des Opéras de Paris et de Berlin. Ce qui en fait un personnage candide qui redécouvre son pays en même temps que nous. Près des mines d’anthracite de Donetsk, le drapeau de l’URSS flotte toujours après 1991. Le sang va vite couler.
  • Parce ce qu’on aime l’humour et la sensibilité de ce livre, même si à tout moment le ciel ou une bombe peuvent nous tomber sur la tête. Il n’y a pas que les balles qui fusent, les bons mots aussi.

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L’essentiel en 2 minutes :

L’intrigue. Vladen, chef d’orchestre séducteur d’origine grecque, a plombé l’ambiance d’une fête pro-russe en y jouant l’hymne ukrainien. Le troubadour doit alors fuir fissa Donetsk et commence un road-trip à travers son Donbass natal avec Emile, son ami d’enfance. Cette course haletante va nous faire rencontrer des babouchkas, des Rouges « homo sovieticus », des Blancs et l’arc-en-ciel des couleurs politiques. Bref, on tape la causette avec l’autochtone et chacun a sa vision de la situation.

Les personnages. Les deux quarantenaires baroudeurs sont de véritables Bridget Jones. Ces grands gaillards ont la larme facile. Ça papote dans la voiture pendant des heures sur leurs amours amers, jusqu’à en oublier de freiner aux check points des séparatistes. Ca se console et ça se panse les plaies, au sens propre comme au sens figuré. Ils retrouveront coûte que coûte leurs dulcinées. Mourir au front, tant pis. Mourir d’amour, c’est déjà fait.

Les lieux. Avant la lecture de ce roman, on aurait eu bien du mal à placer le Donbass sur la carte. Il faut être honnête, cette destination ne fait pas rêver. Finalement, plus on avance dans la cambrousse, plus on trouve du charme à cet espace immense et vierge aux confins de l’Empire russe. La révolution industrielle a dessiné son paysage. Les terrils miniers de l’anthracite et les usines sidérurgiques remplacent les cathédrales. La fabrication de coke s’accompagne de l’émission de poudre, mais celle-ci est noire et non pas blanche, vous avez l’esprit mal tourné. Climat continental oblige, la chaleur grimpe en été, en même temps que la guerre s’accélère.

L’époque. Quand le mur de Berlin tomba, l’Ukraine à sa suite proclama son indépendance. Vingt plus tard, à l’hiver 2014, la révolution dite de Maïdan éclata. Elle mettait à bas toutes les incarnations du socialisme. Alors l’Ukraine se scinda rapidement en deux : les anti-Lénine et les partisans d’une contre-révolution, qui se mua vite en sécession. Quand on habite au Donbass, il faut mieux vite choisir son camp.

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L’auteur.  Cédric Gras, 34 ans, a vécu et voyagé durant dix années entre la Russie et l’Ukraine. Il a créé et dirigé l’ Alliance française de Donetsk, dans le Donbass, jusqu’à la guerre. Il est l’auteur de trois ouvrages chez Phébus et a publié chez Stock L’Hiver aux trousses (2015).

Fiche réalisée par la rédaction de 20 Minutes. Pour rejoindre notre club de lecture, surveillez notre rubrique livres. Plus d’infos prochainement…