«Règne animal» de Jean-Baptiste Del Amo, une plongée trash dans les abattoirs industriels

ROMAN Prenez deux minutes pour savoir si «Règne animal» de Jean-Baptiste Del Amo est le livre qu'il vous faut...

Laure Beaudonnet

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«Règne animal» de Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard)
«Règne animal» de Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard) — 20 Minutes

Tous les jours de la semaine, la rédaction de 20 Minutes ou ses lecteurs vous proposent une idée de roman à dévorer ou à offrir. Aujourd’hui, Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo chez Gallimard (432 pages, 21€).

Une citation :

« Il continue de déverser les eaux sales à l’arrière de la porcherie, mais ce sont bientôt les cadavres de porcelets, puis de cochettes, puis de porcs à l’engraissage qu’il lui faut charger à grand-peine sur une brouette et extraire des bâtiments. Les truies sont bientôt toutes atteintes de métrites purulentes. Un pus épais et sanguinolent s’écoule de leur vulve et forme de grandes flaques opaques et rosâtres qui se mélangent au lisier sur le sol des enclos. »

Pourquoi choisir ce livre ?

  • Parce qu’en posant son décor dans un élevage du Gers, Jean-Baptiste Del Amo dessine une fresque ultraréaliste, fascinante et parfois même écœurante de détails sur l’abattage des bêtes. L’intrigue décortique ses personnages comme eux-mêmes dépiautent les porcs et laissent gicler leur sang.
  • Parce qu’on traverse notre Histoire (la Première Guerre mondiale, les gueules cassées, le passage d’une exploitation familiale à un élevage industriel de porcs) en suivant plusieurs générations d’éleveurs d’une même famille.
  • Parce que la plume brillante (parfois sulfureuse et souvent sans concession) de Jean-Baptiste Del Amo se plante dans leur quotidien à la manière d' une caméra qui aurait oublié de s’éteindre, s’ouvrant sur la dureté de la « génitrice » qui accompagne le « père » vers la mort et se refermant sur des hommes battus à plate couture par la nature.

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L’essentiel en 2 minutes :

L’intrigue. Règne animal observe une famille d’éleveurs du Gers, de génération en génération, et assiste à la la descente aux enfers de l’exploitation familiale, aspirée par la violence industrielle.

Les personnages. Pas toujours évident de s’y retrouver. Avec un arbre généalogique, ce serait déjà plus simple de suivre cinq générations d’éleveurs : la génitrice et le père, Eléonore et Marcel. Puis trois hommes, trois femmes, quatre enfants sous le même toit. Tous durcis par l’hémoglobine…

Les lieux. On reste toujours au même endroit, dans l’exploitation familiale du Gers.

L’époque. Contemporaine. On revit la Première Guerre mondiale avant d’atterrir dans les années 1980 à l’aide d’une belle ellipse.

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L’auteur. A seulement 34 ans, Jean-Baptiste Del Amo peut se la péter avec son CV : un passage à la Villa Medicis, un Prix Goncourt du Premier roman pour Une éducation libertine. Mais surtout, rares sont les auteurs contemporains (de son âge, mais pas seulement) qui peuvent se vanter d’un style aussi élégant.

Fiche réalisée par la rédaction de 20 Minutes. Pour rejoindre notre club de lecture, surveillez notre rubrique livres. Plus d’infos prochainement…