Marco Magini rend justice aux victimes serbo-croates dans son roman «Comme si j'étais seul»

ROMAN Prenez deux minutes pour savoir si «Comme si j'étais seul» de Marco Magini est le livre qu'il vous faut...

Romain Gouloumès

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«Comme si j'étais seul» de Marco Magini (HC éditions)
«Comme si j'étais seul» de Marco Magini (HC éditions) — 20 Minutes

Tous les jours de la semaine, la rédaction de 20 Minutes ou ses lecteurs vous proposent une idée de roman à dévorer ou à offrir. Aujourd’hui, Comme si j'étais seul de Marco Magini chez HC éditions (199 pages, 19€).

Une citation :

« Communauté internationale ? Il n’avait pas fallu longtemps à Romeo Gonzalez pour comprendre que lorsqu’une chose est supposée intéresser tout le monde, elle finit par ne plus intéresser personne. »

Pourquoi ce livre :

  • Parce que certaines pages de l’Histoire ne se tournent pas. Entre le 12 et le 16 juillet 1995, au moins 8000 civils bosniaques musulmans ont été exécutés par des soldats serbes dans la région de Srebrenica. Srebrenica, un nom qui résonne désormais comme celui d’un génocide tu, et malheureusement resté lettre presque morte. « Presque » car Dražen Erdemovic, l’un des trois protagonistes de Comme si j’étais seul est, justement, le seul militaire à avoir reconnu sa participation au massacre. Il sera aussi le seul jugé puis condamné. Voilà pour le décor.
  • Parce que la façon dont est maltraitée la justice va vous retourner l’estomac. Tour à tour aberrantes, inspirantes et insignifiantes, l’action du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et l’inaction des Casques bleus sont, au bout du compte, déconcertantes. On lit, on lit et, à chaque fin de paragraphe on s’écrie : « Tout ça pour ça ? ».
  • Parce que cette lecture n’est pas comme les autres. De tout ça, Marco Magini sort un roman aux aspirations de documentaire. Ou l’inverse, on ne sait pas trop. En tout cas, Dražen Erdemovic a bien existé. Les deux autres protagonistes principaux, le casque bleu Dirk et le juge Romeo Gonzalez, constituent, eux, une tentative romancée de l’auteur de compléter le tableau. Une tranche de vie entre deux tranches de fiction, si le sandwich de Comme si j’étais seul laisse un creux sur l’estomac, c’est surtout que la vérité de ce qui s’est passé est dure à avaler.

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L’essentiel en 2 minutes :

Il aurait pu rester un mec sans histoires. Au lieu de ça, il a eu une page Wikipédia. Pauvre comme Job, Dražen Erdemovic, jeune Croate né en Bosnie, finit pourtant par s’enrôler dans l’armée serbe. Et apprend à faire feu en même tant qu’à fermer les yeux. Au contact des autres militaires, sa conception de la justice va lentement s’effriter jusqu’à s’effondrer quand on lui ordonne d’abattre froidement des civils bosniaques. Entre deux exactions, le lecteur change de camp et tient compagnie aux forces de l’ONU chargées de maintenir la paix sur place ou assiste aux débats des magistrats du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Ceux-là mêmes qui devront juger Dražen.

Les personnages. Participer, observer, juger : Marco Magini a soigneusement dispatché les rôles au sein de son casting. Dražen Erdemovic, qu’on ne présente plus, se perd dans la barbarie de Srebrenica quand Dirk, l’un des soldats néerlandais mandatés par l’ONU, ne peut qu’y assister sans rien faire. Bien dans ses pantoufles de magistrat en fin de carrière, il revient pourtant à l’Espagnol Roméo Gonzalez de boucler l’affaire. Pas facile de juger un homme, repentant qui plus est, pour un crime commis par toute une armée.

Les lieux. Si vous avez vu No Man’s Land, vous ne serez pas dépaysé. Pour les autres : le désert bosniaque, les bureaux du tribunal international. Rien de très joyeux.

L’époque. 1995 et 1996. Plutôt des années sans.

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L’auteur. Marco Magnini n’est ni serbo-croate, ni espagnol ou même néerlandais, les nationalités de ses principaux protagonistes. Avec Comme si j’étais seul, l’Italien a remporté plusieurs prix, dont celui du premier roman de Chambéry en 2015. Pour cette phrase tirée de la page 160, on lui en décernerait bien un autre : « A Srebrenica, la seule façon de rester innocent était de mourir. »

Fiche réalisée par la rédaction de 20 Minutes. Pour rejoindre notre club de lecture, surveillez notre rubrique livres. Plus d’infos prochainement…