Dans «Babylone», Yasmina Reza met en scène une soirée de sexa qui dégénère

ROMAN Prenez deux minutes pour savoir si Babylone de Yasmina Reza est le livre qu'il vous faut...

Laurent Bainier

— 

Babylone de Yasmina Reza, chez Flammarion
Babylone de Yasmina Reza, chez Flammarion — 20 Minutes

Tous les jours de la semaine, la rédaction de 20 Minutes ou ses lecteurs vous proposent une idée de roman à dévorer ou à offrir. Aujourd’hui, Babylone de Yasmina Reza chez Flammarion (300 pages, 20€)

Une citation :

« Elle lui aurait dit qu’elle était dans sa troisième saison. Une femme qui te dit je suis dans ma troisième saison, t’astringe la bite définitivement ! »

Pourquoi choisir ce livre ?

  • Parce que sans Yasmina Reza, ce petit meurtre entre amis dans un immeuble banal d’une banlieue dortoir ne vaudrait guère mieux qu’un épisode du Commissaire Moulin. Sous sa plume, le coup de sang du voisin du dessus devient une pièce savoureuse, prétexte à la réflexion sur l’ennui et la médiocrité de nos vies.
  • Parce que Babylone se lit avec un verre de Cinzano et un paquet de Gringo. OKLM, on écoute Tata Zabeth, la narratrice, nous mettre au parfum des ragots du quartier, déblatérer sur les potos de son homme et radoter au sujet des pantoufles en fourrure synthétique… Soudain, elle lève le nez et nous balance une leçon de vie, avant de replonger dans ses sablés Gringoire.
  • Parce que Yasmina Reza ne laissera personne dire que 60 ans, c’est le plus bel âge de la vie. On était globalement tous d’accord, mais à lire les vies chiatiques de l’héroïne et de son gang de bassinoires, on est encore moins pressé de vieillir.
  • Parce que le prophète n’a pas pondu le psaume 137 pour qu’il reste à jamais associé à Boney M. L’auteur a fait de cette belle jérémiade (« Aux rives des fleuves de Babylone nous nous sommes assis et nous avons pleuré, nous souvenant de Sion ») le titre et le programme de son roman. Rastaman, Don’t Give Up !

 

>> A lire aussi : Stéphane Benhamou imagine la vie en France si nous étions tous restés en vacances

L’essentiel en 2 minutes :

L’intrigue. Un soir de mars, Elisabeth et son mari organisent une surboum dans leur appartement de banlieue. Ambiance Point info de l’Agirc. Collègues et voisins s’enjaillent puis s’en vont, gentiment éméchés. Personne n’imagine le drame qui se joue à l’étage du dessus.

Les personnages. Les gens tristes aussi lisent et boivent du café. La galerie de cols blancs en fin de carrière que Reza réunit pour son roman n’a rien d’exceptionnel et c’est bien pour ça qu’elle méritait un roman.

Les lieux. A Deuil-l’Alouette, ville fictive en zone 2 ou 3 du RER, l’angoisse et l’avenir du cadre trentenaire bientôt parent. Dans un de ces immeubles endormis où l’on pourrait afficher, à l’intention des amateurs de bordel, « Ici, sexa à tous les étages ».

L’époque. Un printemps, le soixantième de personnages à l’automne de leur vie.

>> A lire aussi : Jean-Paul Dubois s'intéresse à une surprenante «Succession» de suicides

L’auteur. De Yasmina Reza, on connaît souvent mieux la carrière de dramaturge que celle de romancière. Pourtant les deux convergent et l’auteur d’Art ou du Dieu du carnage met en scène les héros de Babylone aussi facilement que les personnages de ses pièces. Au cas où vous vous poseriez la question, Yasmina Reza a 57 ans.