«L'Insouciance» de Karine Tuil brouille les cartes entre réalité et fiction

ROMAN Prenez deux minutes pour savoir si L'Insouciance de Karine Tuil est le livre qu'il vous faut...

Laurent Bainier

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L'Insouciance de Karine Tuil (Gallimard)
L'Insouciance de Karine Tuil (Gallimard) — 20 Minutes

Tous les jours de la semaine, la rédaction de 20 Minutes ou ses lecteurs vous proposent une idée de roman à dévorer ou à offrir. Aujourd’hui, L'Insouciance de Karine Tuil chez Gallimard (528 pages, 22€)

Une citation:

«On est assigné à ses origines quoi qu’on fasse. Essaye de sortir de ce schéma-là et on dira de toi que tu renies ce que tu es ; assume-le et on te reprochera ta grégarité.»

Pourquoi choisir ce livre?

  • Parce que ce long roman prend le temps de nous séduire. Karine Tuil enchevêtre les destinées de quatre personnages qu’a priori peu de choses réunissent, si ce n’est la violence de leur présent. Les pages se tournent si vite qu’on en vient à oublier que L’Insouciance fait (quand même) 528 pages.
  • Parce que cette fiction est ancrée dans le réel : scandale de la Femme chaise, embuscade d’Uzbin, buissonisation du pouvoir. Tuil recombine les événements à sa main pour déployer sa thèse : la France est prisonnière de son obsession identitaire. Avant de balayer l’argument d’un revers, il vous faudra bien le lire, ce beau roman.
  • Parce que ce livre est le plus commenté de la rentrée. D’abord encensé pour sa construction et la richesse de ses personnages, il a réveillé en retour quelques déçus/haters/opportunistes (on vous laisse choisir après la lecture) qui lui reprochent un certain manque de style. Bref, tout le monde a son avis. Il est temps de vous forger le vôtre.

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L’essentiel en deux minutes

L’intrigue. Romain Roller, lieutenant de l’armée française, tombe dans une embuscade en Afghanistan. François Vély, milliardaire des télécoms, est pris sous le feu des critiques après une photo jugée raciste. Osman Diboula, conseiller du Président, reçoit un coup de poignard en plein Palais de l’Elysée. Pour ces trois hommes fauchés en pleine gloire et pour la romancière qui les croise au fil du roman, le temps de l’Insouciance est définitivement révolu.

Les personnages. On s’amusera à trouver aux personnages de l’Insouciance des ressemblances avec quelques squatteurs d’actu. Un nabab des telecoms qui a fait sa fortune initiale dans le porno, un président à qui l’on reproche le discours de Dakar, son conseiller qui lui fait prendre un sérieux virage droitiste et d’autres encore qui alimentent cet intrigant aller-retour entre la fiction et la réalité.

Les lieux. L’Afghanistan, l’Irak où l’on tire à balle réelle, l’Ouest de Paris, New York, où l’on s’affronte à fleurets mouchetés, et au milieu Paphos, fragment de côte ensoleillé propice aux coups de foudre.

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L’époque. 2010, l’année où vous deviez être invité à la garden party de l’Elysée jusqu’à ce qu’on apprenne sa suppression pour motif économique. Pour vous aussi, l’Insouciance s’éloignait à tout jamais.

L’auteur. Dixième roman pour Karine Tuil et de l’avis de ceux qui les ont tous lus (on est temporairement obligé de les croire sur parole) le meilleur.

Fiche réalisée par la rédaction de 20 Minutes. Pour rejoindre notre club de lecture, surveillez notre rubrique livres. Plus d’infos prochainement