Mort de Benoîte Groult: «J'ai mis du temps à me réveiller», racontait la féministe

PORTRAIT Figure féministe, l’écrivaine, décédée lundi, a connu le succès à 55 ans avec son manifeste « Ainsi soit-elle »…

A.Che.

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La journaliste Benoîte Groult le 7 mars 2013.
La journaliste Benoîte Groult le 7 mars 2013. — BALTEL/SIPA

« Au moment de mourir, terminé la liberté », avait-elle confié dans un portrait de Libération, en mars 2006. A 96 ans, Benoîte Groult, qui avait fait de la liberté son leitmotiv préféré, est décédée lundi soir, à Hyères (Var). « Elle est morte dans son sommeil comme elle l’a voulu, sans souffrir », a raconté sa fille Blandine de Caunes à l’AFP. « Il y a le choc de la mort, a-t-elle ajouté, mais c’est mieux ainsi car elle n’allait pas très bien. »

«Ainsi soit-elle» vendu à 10 millions d’exemplaires

L’écrivaine a embrassé le succès tardivement avec son essai féministe Ainsi soit-elle, publié en 1975. Benoîte Groult a alors 55 ans et son livre se vend à un million d’exemplaires. Celle qui se décrivait à cette époque comme la « féministe de service » y dénonçait la condition imposée aux femmes, à l’instar de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe.

Son engagement féministe remonte à 1968, de ses rencontres avec des femmes dont « les confidences et les doléances étaient les mêmes que les miennes ». Elle expliquera plus tard : « Je me sentais une citoyenne de seconde zone, absente au monde et j’ai effectivement mis du temps à me réveiller. »

Fille de bonne famille

Dans son livre-manifeste Ainsi soit-elle, elle écrivait : « L’idée que mon honorabilité future, ma réussite en tant qu’être humain, passaient par l’obligation absolue de décrocher un mari, et un bon, a suffi à transformer la jolie petite fille que je vois sur mes photos d’enfant en une adolescente grisâtre et butée. »

Jugeant le prénom de Benoîte trop rude pour une jeune fille, se parents la surnommaient Rosie. Un surnom abandonné par la féministe à la fin de son adolescence, comme l’explique Le Monde, dans un portrait publié ce mardi. Enfant de bonne famille parisienne, sa mère se désespérait de voir sa fille toujours célibataire à 23 ans. Elle se mariera finalement trois fois, notamment avec le journaliste Georges de Caunes, avec qui elle aura deux filles.

Journaliste pour Elle et Marie-Claire

Après une licence de lettres à la Sorbonne, Benoîte Groult a été journaliste pendant dix ans, de 1954 à 1964, à la Radio télévision française. Elle a aussi écrit pour Elle ou encore Marie-Claire. En parallèle, elle s’essayait à l’écriture. Avec sa sœur Flora d’abord (Le Journal à quatre mains, Le Féminin pluriel, et Il était deux fois), avant de signer son premier roman en 1972, La Part des choses.

Proche de François Mitterrand, elle a présidé la commission de féminisation des noms de métiers, en 1984. Au sujet de cette mission, confiée par Yvette Roudy, la ministre des Droits de la femme, Benoîte Groult affirmait : « Quand il n’y a pas de mots pour nous, c’est que nous n’existons pas. » Ce que l’ Académie française réfuta, en la traitant de « précieuse ridicule ».

Favorable au droit de mourir dans la dignité

En 1986, Benoîte Groult s’est engagée dans un nouveau combat en rejoignant l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Un thème qu’elle abordera en 2006 dans son livre La Touche étoile, qui parle de vieillesse et de la mort librement consentie.

Jusqu’à la fin de sa carrière, la romancière restera fidèle à son combat féministe. En 2013, année où est elle est faite grand officier de l’ordre national du Mérite, Benoîte Groult publie Ainsi soit Olympe de Gouges. Un hommage à la pionnière du féminisme en France, à l’origine de la Déclaration des Droits de la Femme en 1791.