Attentats de novembre: Comment une journaliste de «Charlie» se retrouve publiée chez Ring, marquée à droite

SOCIÉTÉ Zineb El Rhazoui publie ce jeudi un recueil de témoignages de victimes des attaques terroristes du 13 novembre...

Fabien Randanne

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Des fleurs déposées à proximité du Bataclan, le 14 novembre 2015.
Des fleurs déposées à proximité du Bataclan, le 14 novembre 2015. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Dans 13*, Zineb El Rhazoui donne la parole à des victimes des attentats du 13 novembre. Un recueil de témoignages forts publié ce jeudi chez Ring, une maison d’édition que certains classent (très) à droite. L’étiquette sulfureuse colle au logo de l’éditeur depuis la parution, il y a trois ans de La France orange mécanique, essai sécuritaire controversé de Laurent Obertone sur « l’ensauvagement » - dixit la quatrième de couverture - de l’Hexagone. Alors comment une journaliste plutôt estampillée à gauche se retrouve à publier son livre chez cet éditeur ?

« Dire que Ring est marqué politiquement tient de la calomnie »

« On a trois auteurs, dont Obertone, marqués à droite, mais à côté on publie aussi des livres de techniciens des récits policiers. Dire que Ring est marqué politiquement tient plutôt de la calomnie et du manque d’objectivité des journalistes », balaie Raphaël Sorin, le directeur littéraire de la maison d’édition.

>> Lire aussi: Un livre choc donne la parole aux témoins du 13 novembre

Il n’empêche, que la plume de Charlie Hebdo qu’est Zineb El Rhazoui signe un ouvrage chez Ring ne manquera pas de faire parler. La prise de position sur l’islamisme que développe l’auteure dans la préface a de quoi nourrir bien des débats, mais, à en croire ce qu’écrit la journaliste, le choix de cette maison d’édition n’a rien à voir avec sa ligne idéologique supposée.

« Elle n’était pas intimidée, plutôt amusée »

« L’idée d’écrire cet ouvrage s’est imposée comme une évidence après le carnage du 13 novembre », explique-t-elle avant de raconter qu’une heure avant les attaques terroristes son ami et confrère Thomas Misrachi lui parlait « de son début de collaboration avec les éditions Ring ». « Lorsque nous nous sommes revus, quelques jours plus tard, c’était pour parler de 13, nombre maudit et titre de ce livre », poursuit Zineb El Rhazoui dans la préface.

Raphaël Sorin confirme : « J’ai rencontré Zineb après. Elle a vu ce qu’on publiait et elle a estimé que Ring correspondait à sa propre liberté. Elle n’était pas intimidée, plutôt amusée par tout ce qui se raconte sur la maison. »

Le directeur littéraire précise que la journaliste a eu carte blanche, même si « Ring a décidé avec elle des témoins parce qu’il fallait des axes, des témoignages cohérents, qui se tiennent. » Un choix en phase avec la ligne éditoriale de la maison d’édition qui privilégie « le document et le témoignage brûlants » et « le fait criminel » comme le décrit son site Internet. « Il faut aussi s’occuper du terrorisme. Actuellement, on assiste à une extension du domaine de la violence », conclut Raphaël Sorin en paraphrasant presque Michel Houellebecq, un écrivain qu’il a révélé et qui s’y connaît lui aussi en controverses.

* 13 - Zineb raconte l’enfer du 13 novembre avec 13 témoins au cœur des attaques, éditions Ring, 18 euros