"L'homme qui voulait tout : Napoléon, faste et propagande" de Xavier Mauduit chez Autrement (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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L'homme qui voulait tout : Napoléon, faste et propagande
L'homme qui voulait tout : Napoléon, faste et propagande — Le choix des libraires

Courrier des auteurs le 13/05/2015

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis un docteur en histoire qui joue au saltimbanque ou une sorte de saltimbanque qui fait de l'histoire. Je suis surtout un pur produit de l'Université qui a trouvé accueil sur France Inter et sur Arte.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Ce livre est une biographie illustrée de Napoléon qui suit la vie du personnage selon les dernières avancées historiographiques et qui analyse ses représentations au gré des mouvements de l'histoire. L'Homme qui voulait tout, selon une expression de Balzac, joue avec les différentes images de Napoléon : celles qu'il a imposées durant son règne, celles construites par ses opposants, celles issues de la relecture de sa vie dans le Mémorial de Sainte-Hélène. La volonté n'est pas tant d'extraire Napoléon de la gangue de fantasmes qu'il a inspirés mais de comprendre comment elle s'est construite. Les images les plus décalées ont été mobilisées car elles sont signifiantes comme objet historique. Ainsi, le lecteur croisera Coluche, Jean Yanne, Jacques Martin, Pierre Desproges, Stanley Kubrick ou encore L'Exorciste !

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
J'hésite entre le «Napoléon, mon cul» de Zazie, par Raymond Queneau, ou quelques paroles de Serge Lama dans la comédie musicale Napoléon : «Cela m'ennuie tous ces cortèges mais il faut bien parler aux yeux. À Noël, il faut de la neige pour que les pauvres croient en Dieu. À Pâques, les cloches qui sonnent, à la guerre il faut des tambours, au cul des rois, il faut des trônes, aux femmes des serments d'amoooooour». Décidément, Serge Lama a tout compris de l'utilisation du faste sous l'Empire !

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Il serait potache de proposer une musique de l'austère Liszt... alors je penche pour La Marche de la Garde consulaire à Marengo que Sacha Guitry a choisie pour le générique de sa fresque cinématographique Napoléon sortie en 1955. Ce film fait une belle synthèse, à un moment donné, de l'image mentale que nous avons de Napoléon et de son épopée.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le plaisir ! Le plaisir de la lecture, de la découverte, du sourire. Le lecteur va passer quelques heures à lire le livre ; c'est très généreux de sa part dans un monde où tout va si vite. Surtout, par le livre, le lecteur invite l'auteur dans son intimité, parfois dans son lit avant de s'endormir. Il faut donc tout faire pour ne pas le décevoir.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
J'aimerais avoir des rituels d'écrivain. Pour La Barbe. La politique sur le fil du rasoir, paru aux Belles Lettres, je me serais enduit le corps d'huile philocome avant la rédaction. Pour le Napoléon, chaque séance d'écriture aurait pu commencer par Le Chant du départ entonné seul mais en canon ; je me serais alors moi-même tiré l'oreille. Les seules habitudes que j'avoue concernent le choix du lieu de relecture. D'abord, l'isolement monacal chez moi, en Normandie, pour un travail sur l'argumentation, sur les mots, sur le rythme des phrases. Ensuite, une relecture dans un bar de Paris ou d'ailleurs, plein de vie et de bruit : si je ne suis pas capable de me concentrer sur mon propre texte, je ne peux espérer qu'il sera lu dans le métropolitain.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
L'inspiration me vient par le travail, le travail, encore le travail. Il est impossible de tout lire sur Napoléon et des choix sont nécessaires. J'ai été formé à cela. L'accumulation d'écrits donne l'impression de tout connaître de Napoléon. Elle le rend pourtant insaisissable : le Napoléon de Stendhal n'est pas le Napoléon de Walter Scott et encore moins celui de Chateaubriand... sans oublier La Bande à Bonap d'Henri Viard et le Napoléon Pommier de San-Antonio !

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Enfant ou adolescent, je me suis sans doute dit : «un jour, j'aimerais écrire des livres». J'ai surtout rempli des carnets - je le fais encore - où se mêlent des idées sous forme de mots et de dessins. Dessiner, c'est une forme d'écriture avec le même risque de faute d'orthographe.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Gamin, je lisais déjà beaucoup. Le Club des Cinq ne durait pas assez longtemps alors je me suis plongé dans Jules Verne. Des souvenirs incroyables ! Tiens, d'en parler j'ai envie de retrouver cette émotion. Ah, je me souviens aussi de La Cité de la joie, de Dominique Lapierre - je ne sais plus pourquoi j'avais voulu lire ce livre - quand j'avais une dizaine d'années : lors d'une longue lecture nocturne, je me suis trouvé en sueur, plongé dans le climat tropical, humide, étouffant de Calcutta.... j'étais pourtant en Normandie en plein hiver !

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Je pense être, comme beaucoup, en perpétuelle recherche de compréhension et d'émotion, qui bien souvent vont de pair. Ma gratitude est infinie pour les auteurs qui m'ont montré qu'ailleurs - dans le temps ou dans l'espace - d'autres vies étaient possibles. Comme tout le monde, j'ai un peu voyagé, j'ai tenté quelques expériences de vie et j'ai fait de belles rencontres... toujours accompagné de livres : l'ouvrage d'un auteur que l'on aime est la garantie d'un plaisir toujours redécouvert ; la découverte d'un écrivain laisse espérer de nouvelles émotions. Tout cela, même sans sortir de sa chambre !

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