D'argile et de feu
D'argile et de feu — Le choix des libraires

Livres

"D'argile et de feu" de Océane Madelaine chez Ed. des Busclats (Paris, France)

Courrier des auteurs le 14/03/2015

La radio www.crooner.fr valorise les livres préférés des libraires du lundi au vendredi vers 11h15 en partenariat avec Lechoixdeslibraires.com


1) Qui êtes-vous ? !
Je suis Océane MADELAINE, céramiste et écrivain. Après des études de Lettres Modernes à Toulouse et à Paris et deux nouvelles nominées au Prix du Jeune Écrivain, je me suis formée à la céramique et ai créé mon propre atelier, tout en continuant à écrire. D'argile et de feu, mon premier roman, s'inspire en partie de l'univers potier que je connais bien, et s'offre comme une réconciliation entre mes deux mondes. Depuis 2011, je vis et travaille dans les Corbières.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
D'argile et de feu est le portrait croisé de deux femmes qui portent le même prénom : Marie. Il y a celle qui quitte tout et marche furieusement vers le sud, en cherchant un nouveau sens à donner à sa vie, et il y a celle qui, au 19ème siècle, devint une potière renommée alors que la poterie était affaire d'hommes. Le roman raconte comment Marie la narratrice découvre inopinément les traces de Marie la potière et reconstitue peu à peu son histoire. Et finalement, c'est comme si l'immense force de la potière apaisait et galvanisait peu à peu la narratrice hantée par le souvenir traumatique d'un incendie. Comme si l'éloge de l'argile et du feu venait enfin panser des blessures intimes, et répondre aux questions centrales de ce livre autour de la mémoire et de la présence.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Ce serait «Je suis un point qui marche», la première phrase du cahier blanc qu'écrit Marie ; c'est en vérité la toute première phrase qui m'est apparue avec netteté, un jour d'été et de rivière, et que j'ai griffonnée à la hâte dans mon journal. L'écriture du livre entier est née de ces mots-là, qui disent à la fois le mouvement et l'entrave, et contiennent déjà tout le récit de Marie, qui peut se lire comme le passage du point vers la ligne, l'horizon.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Sans aucun doute, ce serait la musique de Lhasa, envoûtante, sauvage et douce, ses trois albums indifféremment, La Llorona, The living road, et Lhasa, que j'ai écoutés en boucle durant l'écriture de ce livre.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Je voudrais partager l'argile et le feu, bien sûr, et puis cet endroit fascinant que j'espère convoquer par l'écriture, cet endroit entre dedans et dehors, à la croisée de la mémoire, du secret, de l'intime, et de l'appel vers l'extérieur, la forêt, le sauvage, le corps en marche, la sueur. Et tout cela porté par une langue que j'essaie de travailler au plus près, au mot près, pour que les mots soient justes, exacts, tout en restant aussi très ouverts, afin de laisser de la place au lecteur.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Le rituel peut être plus ou moins pauvre. Il se résume souvent au choix du thé et au bol qui le contiendra, qui à eux seuls suffisent à délimiter l'espace d'écriture. Il peut parfois s'agrémenter de musique, d'un beau papier ou d'images, d'une bougie. Si j'ai plaisir à écrire le matin, je me satisfais maintenant de tous les horaires et de n'importe quelle table, pourvu de parvenir à libérer assez de temps pour écrire dans ma journée de céramiste.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
Je crois que l'inspiration vient en travaillant la langue comme une matière, patiemment. Au bout d'un moment, ça prend, ça tient, ça existe, à force de vigilance et de tentatives. Bien sûr, l'inspiration vient aussi à force de ne pas écrire, à force d'accumuler du désir d'écrire, qui à un moment donné pourra enfin prendre forme.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescente «un jour j'écrirai des livres» ?
L'écriture est première, primordiale, elle est là très vite dans l'enfance, dans l'ombre d'un grand-père écrivain mort, dans la présence de livres autour de moi, dans une certaine solitude. Je ne me disais pas alors que j'écrirais des livres, mais j'ai écrit, énormément, un journal intime, des récits, des poèmes, j'ai aimé le geste matériel d'écrire, la main crispée sur le papier. C'est plus tard que je comprends mieux ce que signifie vraiment écrire, que ça devient une véritable intention, et que je souhaite adresser cette écriture.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Dans l'enfance, j'ai beaucoup lu, à tort et à travers, tous les livres qui passaient à ma portée, beaucoup de romans. Je me souviens surtout de lire dans le rocking-chair, à côté de mes frères et soeurs, et de devenir absolument sourde à ce qui se passait alors dans la cuisine. Je me souviens notamment d'avoir lu et relu Les Misérables en pleurant, et d'avoir appris par coeur Les Yeux d'Elsa d'Aragon. A peine un peu plus tard, j'ai lu Le grand cahier d'Agota Kristof, dont je n'ai pas tout compris, mais qui m'a énormément marqué.
Ensuite c'est un feu d'artifice, qui continue encore et encore, jusqu'à former une espèce de famille qui m'accompagne : Virginia Woolf, Henri Michaux, Marguerite Duras, William Faulkner, Jean Genêt, Henry David Thoreau, Pascal Quignard, René Char, Françoise Lefèvre, Arthur Rimbaud, Robert Antelme, Yves Bonnefoy, Erri De Luca, Serge Pey, Elio Vittorini, Pierre Michon, Michèle Desbordes ou Cesare Pavese... Autant de mondes, autant d'émerveillements, le coeur battant, page après page...

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Les écrivains travaillent la langue et à travers elle, travaillent le réel, l'ouvrent, l'agrandissent, le creusent, l'interrogent, le dénoncent ou le métamorphosent. Ils sont comme tout artiste les garants de notre condition d'humains qui tentent d'ajouter quelque chose au monde.

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