"Barbarie 2.0" de Andrea H. Japp chez Flammarion (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Barbarie 2.0
Barbarie 2.0 — Le choix des libraires

Courrier des auteurs le 22/01/2015

Le portrait d'Andrea H Japp est publié dans le mensuel littéraire de Clairefontaine. Sur simple demande, votre libraire vous l'offrira.

1) Qui êtes-vous ? !
Andrea H Japp. Scientifique et romancière avec une grosse prédilection pour le polar, contemporain ou médiéval, et une fascination pour l'esprit humain... Justement, le cerveau humain est au centre de ce roman, depuis sa neurobiochimie jusqu'à ses aspirations les plus profondes ou ses dysfonctionnements les plus redoutables.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Barbarie 2.0 est un thriller ultra-contemporain dans lequel je reviens à ma grande passion : la science. Je tente de déterminer, grâce aux neurosciences, les causes de l'explosion de violences gratuites en Occident depuis quelques décennies : carences alimentaires, pollutions, toxicomanies, annihilation du sens critique, etc. En bref, quels sont les facteurs qui pourraient expliquer ces dysfonctionnements du cerveau que la génétique seule ne peut justifier. Mais je m'intéresse aussi à "l'économie" de la violence. En effet, derrière elle s'est développé un juteux marché.
Cette violence pose aussi la question de la persistance de la société. L'homme vit en sociétés d'abord pour assurer sa sécurité et celle des siens. Si cette notion cruciale vole en éclats, si nos congénères deviennent a priori des ennemis potentiels, c'est toute la notion de société qui est mise en péril.
Je n'affirme certes pas que les causes qui me paraissent bien documentées sont les véritables ou les seules. Au lecteur de se déterminer.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"L'automne est là et l'hiver arrive. Il durera."
ou
"Nous avons raison, nous et le camp opposé. Le chaos se prépare. La seule inconnue demeure quand ? Quand aurons-nous raison ?"

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Il m'a toujours paru périlleux d'associer une oeuvre de mots à une musique ou à une peinture. La première joue sur la description ou l'évocation, de façon plus ou moins soulignée. Les deux autres déclenchent une perception presque physiologique et très individuelle.
S'ajoute à cela, dans le cas précis de Barbarie 2.0, le fait que je n'aurais pas envie d'écouter une musique qui lui corresponde. Elle serait sans doute implacable.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Au delà du thriller qu'est ce roman, une réflexion critique sur le bourrage de crâne des "masses" (dont je suis). J'ai l'impression que l'indémodable formule du poète latin Juvénal "du pain et des jeux" n'a jamais été autant d'actualité. Étrangement, les outils de communication actuels qui peuvent nous aider à réfléchir, à nous ouvrir à la connaissance sont, pour certains, devenus des produits d'anesthésie massive.
Contrairement à l'histoire que met en place Barbarie 2.0, le fait que notre société occidentale soit déboussolée n'est pas du tout le résultat d'une sorte de complot occulte et structuré, avec une "philosophie" déviante derrière. Dans la réalité, le but est simplement de faire le maximum d'argent et il ne s'agit pas là d'un bon ressort pour la fiction. Notre unique importance d'humains se résumerait-elle au fait que nous sommes devenus des portefeuilles à pattes ou des votes que l'on s'efforce d'engranger en période électorale ?

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
J'écris dans mon bureau, environnée de toiles ou d'objets, tous porteurs d'un bout de ma vie. Je me lève très tôt et suis «en écriture» dès 7 heures du matin. Étant par nature une «marathonienne» (assise), j'apprécie les très longues séances d'écriture. J'aime la sensation d'épuisement qui survient, cette impression de n'être plus que des yeux. Pas de musique de fond. J'aime trop la musique ou l'écriture et la lecture pour les diluer dans une autre forme de concentration. Je n'écoute de musique en travaillant que lorsque je m'attèle à une tâche fastidieuse. La paperasse, par exemple. Sans cela, j'écoute, c'est tout.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
C'est très variable en fonction des romans. Il peut s'agir d'une idée ou d'un domaine que je souhaite explorer. Il peut s'agir d'un questionnement, pour lequel je n'ai pas véritablement de réponse, juste des arguments. Parfois aussi d'un fait divers qui m'a bouleversée.
Dans le cas de Barbarie 2.0 j'ai amassé durant deux ans les faits divers illustrant le déferlement de la violence gratuite, insensée, en France et ailleurs. J'ai soudain songé qu'il devait y avoir une ou des causes biochimiques, même s'il en existe d'autres. Je me suis alors plongée dans les neurosciences.


8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescente «un jour j'écrirai des livres» ?
Pas du tout. Je voulais devenir vétérinaire ou cantatrice. Ennuyeux puisque je chante affreusement faux. Par un enchainement improbable, dont la rencontre d'un grand chevelu-barbu sur le parvis de Jussieu, je suis devenue chercheuse. Puis, longtemps après, écrivain.
Je n'ai jamais eu de "plan de vie", juste des envies, des passions et des intérêts pour certains domaines. Et lorsque je considère mon cheminement, je ne regrette pas du tout cette absence de schéma directeur, bien au contraire !

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Enfant unique, revêche et peu sociable, j'ai commencé à lire très jeune. Les livres m'ont enseigné la vie et l'état d'humain, de façon assez brouillonne puisque je puisais sans vergogne dans la bibliothèque de mon père, interdite, bien sûr. Mon père était, entre autres, fan de littérature anglo-saxonne, de polars et de SF.
Mon premier choc fut La Plaie de Nathalie et Charles Henneberg, une épopée intergalactique qui convenait à merveille au romantisme échevelé de mes 9-10 ans. Une parabole du fascisme, mais à l'époque je suis passée à côté.
Suivirent Maupassant et son implacable lucidité, Maugham, Tennessee Williams et John Fowles. Marguerite Yourcenar ne devait arriver qu'un peu plus tard dans ma vie, autre choc, autre pouvoir des mots.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Je sais que j'ai appris à vivre grâce à eux. Il n'est pas un comportement, une réaction personnelle qui ne me rappelle quelques lignes d'un roman, même si j'en ai oublié le titre.
Pour moi, l'écrivain est une sorte d'éponge émotionnelle et de regard qui revient vers le lecteur. C'est aussi un témoin de sensations, de sentiments, de souvenirs, voire de concepts ou de passions. Et même s'il ne permettait qu'une distraction, au sens noble, il aurait amplement rempli sa mission.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Je me souviens, ado, de cette petite libraire bordélique et de ce libraire génial englouti sous les bouquins. A l'époque, il n'y avait pas d'ordinateur personnel mais il savait tout de ce qui avait été écrit. J'étais entrée intimidée, hésitant à avouer ma passion pour la SF. Il m'avait mis entre les mains La compagnie des glaces. Ha ! Je dois à cet homme tant d'heures de pur bonheur.
Vivant assez éloignée de «la ville», cherchant souvent des ouvrages de référence d'occasion, je ne suis pas anti-enseignes en ligne. Il s'agit alors pour moi d'un achat rapide : je sais ce que je veux.
En revanche, la librairie classique est un lieu de plaisante incertitude. Il se peut que j'aie une idée bien précise en tête lorsque j'y pénètre. Curieusement, je ressors souvent avec 3 ou 4 ouvrages qu'il fallait que je rencontre «physiquement» sur une table ou une étagère, ou qu'un(e) libraire me signale sur le mode : «Ah, ce titre, c'est pour vous !»

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