"Les flingueurs : anthologie des cruautés politiques" de Patrice Duhamel ,Jacques Santamaria chez Plon (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Les flingueurs : anthologie des cruautés politiques
Les flingueurs : anthologie des cruautés politiques — Le choix des libraires

Courrier des auteurs le 17/07/2014

Jacques Santamaria et les questions des internautes.

Lorsque j'étais enfant, je me disais qu'un jour, je ferais de la radio, et du cinéma. Les deux vocations passant par l'écriture, j'en ai déduit que cela finirait par la publication de livres.

Ce matin, je ne l'ai pas fait exprès, je suis passé devant une librairie et j'ai vu " Les flingueurs " formidablement bien exposé dans la vitrine. Cela m'a fait une impression, je dirais chaleureuse. En même temps, il y a un sentiment terriblement contradictoire : le livre est fait, mais il ne m'appartient plus, car il appartient au public, il appartient au lecteur. J'ai trouvé cela rassurant d'une certaine manière comme s'il y avait un but qui était atteint. Le sentiment très difficile à expliquer, à déterminer, à cerner, est le suivant : à un certain moment, l'oeuvre que vous avez faite (qu'elle soit écrite, filmée, musicale, ou autre), ne vous appartient plus et appartient au lecteur, à l'auditeur, aux spectateurs. Vous avez véritablement accompli cette oeuvre pour le public. Ce sentiment est assez noble.

Je suis essentiellement un écrivain de l'image, donc je parle de l'écriture scénaristique (mais pour un livre, c'est la même chose). Je ne sais pas si on peut s'en sortir autrement : mon organisation de travail est militaire. Il faut que j'écrive quoi qu'il arrive de telle heure à telle heure, que l'inspiration soit là où non. On est sûrs que l'inspiration ne sera jamais là si on ne s'y met pas, c'est évident... Généralement, c'est le matin. Pour certains scénarios, la musique m'est absolument nécessaire, pour des livres aussi d'ailleurs. Lorsque, avec Patrice Duhamel, nous avons écrit «L'Élysée : coulisses et secrets d'un palais», nous avions des méthodes d'écriture très différentes. Pour traiter par exemple des Présidents de la Troisième République, j'écoutais en même temps de la musique française des époques concernées, qui pouvait aller de la musique symphonique à l'opéra en passant par la musique de chambre et naturellement des chansons populaires. C'est plus qu'un décor sonore, il y a une sorte d'aiguillon d'inspiration pour moi avec la musique, mais il faut que cela se passe avant treize heures. Plus tôt je commencerai, mieux cela vaudra et je n'y reviendrai pas au-delà de 13 heures. Je travaille avec des images aussi, je veux dire par là des photos, des gravures éventuellement mais, lorsque j'ai écrit «L'Élysée : coulisses et secrets d'un palais», je traitais une partie historique, notamment les Présidents de la Troisième République, je mettais de temps en temps sur mon bureau des photographies du Paris de l'époque, c'était extrêmement utile spécialement pour voir avant le début des années trente qu'il n'y avait quasiment pas de voitures. Cela change absolument tout. Il me faut un support sonore et un support visuel. Pour «Les flingueurs», j'ai plutôt traité les parties historiques, et Patrice Duhamel a plutôt chroniqué les parties contemporaines. Cela m'a aidé par exemple d'avoir les portraits de certains personnages, à commencer par Talleyrand ou Napoléon III ou Victor Hugo ou des polémistes ou des écrivains et des hommes politiques moins connus parce que leur physionomie, leur visage m'en disaient pas mal sur la manière et le ton sur lesquels ils avaient pu balancer les pires vacheries...

L'inspiration, les idées, me sollicitent tous les jours et toutes les nuits aussi : c'est tout le temps en fait. J'ai des carnets de notes, des post-it, et tout ce que l'on veut, partout. L'idée (je n'ose pas parler de l'inspiration), l'idée en règle générale, elle ne vous prévient pas quand elle vient, elle vient et si vous n'avez pas suffisamment confiance dans votre mémoire, vous avez intérêt à la noter tout de suite et c'est d'autant mieux que cela permet une sorte de travail d'infusion avant la rédaction finale. J'ai toujours des bristols, des bouts de papier avec moi partout. Ce qui fait que je ne suis pas pris au dépourvu quand il me vient une idée ou que je me souviens de quelque chose ou que j'ai un éclairage particulier sur un angle.

Françoise Giroud le rappelait : " un homme politique digne de ce nom est un tueur " : il s'agit de tuer l'adversaire (et parfois l'ami politique) par le verbe ou par la situation. Avec Patrice Duhamel, nous avons découvert ainsi un sujet de livre absolument épatant : les vacheries et les cruautés balancées par les politiques à leurs pairs, depuis la nuit des temps. Nous avons choisi de commencer par Napoléon. Ainsi nous allons de Talleyrand à François Hollande et je dois vous dire que on n'a pas été déçus par l'abondance de la matière puisque si nous n'avions pas supprimé ou coupé certaines choses nous n'aurions pas fait un livre de 300 pages mais de 750.
Pour la présentation des Flingueurs, nous avons choisi l'Abécédaire (comme pour l'Élysée). C'est le seul moyen d'en dire le plus possible. On a choisi généralement les personnages de premier plan, ceux dont tout le monde, normalement, a entendu parlé que ce soit aujourd'hui ou il y a cent ans et en les replaçant dans le contexte de leur cruauté si je puis dire...

Il y a un palmarès qui apparaît quasiment indiscutable, formé de quatre flingueurs suprêmes (Talleyrand, Clémenceau, De Gaulle, Mitterrand). Il y a quelque chose qui apparaît comme le nez au milieu de la figure, c'est que les pires vacheries de tous les hommes politiques, les pires cruautés de toutes les époques, sont prononcées à l'intérieur du même camp. Mitterrand a été vache sur De Gaulle, De Gaulle a été vache sur Mitterrand, mais ce n'est rien du tout à côté de Mitterrand parlant de Rocard ou de De Gaulle évoquant Pompidou... C'est toujours à l'intérieur du même camp que cela flingue le plus.

Les Flingueurs, c'est, au choix, la comédie ou la tragédie du pouvoir...

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