"Après quoi on court" de Jérémy Sebbane chez MA éditions (Boulogne-Billancourt)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Après quoi on court
Après quoi on court — Le choix des libraires

Courrier des auteurs le 16/06/2014

1) Qui êtes-vous ? !
Un jeune garçon qui aime lire et surtout écrire. Écrire est ce que j'aime faire le plus au monde. J'ai d'abord commencé à écrire pour des personnalités politiques comme Jack Lang ou Manuel Valls. J'ai également publié un ouvrage sur Pierre Mendès France et me suis fait connaître en publiant des tribunes et des critiques d'ouvrages ou de films dans différents médias comme Libération, L'Express, The Huffington Post ou La Règle du Jeu. Puis, en bon amoureux de littérature et de cinéma, j'ai voulu privilégier la fiction et la création, inventer, faire partager mon univers personnel. Après quoi on court...est aussi le fruit de ce cheminement.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'amour. Sous toutes ses formes mais surtout les plus douloureuses. Cachées, soumises, non-réciproques. La jeunesse aussi, bien sûr, puisque mes personnages ont 15 ans au début et 25 ans à la fin du récit et que l'on vit à travers eux toutes les aspirations, attentes et peurs propres à cette période de la vie. Ils se posent beaucoup de questions et posent aussi, je l'espère, beaucoup de questions aux lecteurs. À travers l'histoire de cette fille qui aime un garçon qui aime un garçon qui aime une fille, j'ai voulu livrer une réflexion sur la façon de concilier aussi des identités et des désirs contradictoires. Le choix de faire évoluer mes personnages dans un milieu plutôt conservateur et attaché à la tradition mais aussi dans le contexte des années 2000 où les tabous sur les sexualités disparaissent progressivement n'est, de ce point de vue là, évidemment pas anodin.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
La première : «Il ne savait pas où il allait mais il y allait en courant». Elle résume bien l'urgence et la fougue qui animent mes personnages qui sont jeunes et prêts à aimer et à se donner avec passion, sans réserve.Ils sont très déterminés, vont vers leurs risques quitte à s'abîmer. C'est la fameuse tirade de Perdican dans On ne badine pas l'amour de Musset : «J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois mais j'ai aimé».Et en même temps, ils n'ont pas tous les repères pour savoir ce qu'ils ont envie d'accomplir dans la vie. Ce sont des personnages en construction qui grandissent au fur et à mesure du récit et voient leurs rêves se heurter aux réalités. Ils s'approchent assez fidèlement, je trouve, de la définition de la jeunesse de Mauriac qui la qualifiait de «dangereux passage».

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Le titre du livre et ces personnages qui se courent les uns derrière les autres sans parvenir à se trouver peuvent faire penser à ce très beau vers de la chanson L'amour en fuite écrite par Alain Souchon pour le film éponyme de François Truffaut : «Toute ma vie, c'est courir après des choses qui se sauvent» ou à la chanson de Serge Gainsbourg Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve... mais puisque c'est un livre sur les années 2000, je vais plutôt répondre Je peux aimer pour deux, une chanson très touchante du nouvel album d'Alex Beaupain qui aborde des thèmes qu'on retrouve tout au long du récit (amours non réciproques, masochisme...). Les lecteurs verront, en tout cas, que la musique a une place très importante dans le livre et que bien souvent des paroles de chansons viennent rythmer l'histoire, ce qui est peu commun en littérature mais qui, je l'espère, les réjouira et les plongera dans quelques souvenirs.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Les petits et grands évènements des années 2000 qui se déroulent sous les yeux de mes personnages sont je crois, un repère important pour le lecteur qui retrouvera, je l'espère, des émotions ou des sensations connues en les revivant à travers ce récit. Mais ce qui est le plus important pour moi et c'est pour cela que j'ai choisi la forme peu conventionnelle de faire parler mes personnages les uns après les autres, c'est que le lecteur soit en empathie avec eux, qu'il ait envie de savoir ce qui leur arrive, qu'il ait le sentiment d'avoir quatre nouveaux amis. En choisissant de recourir très souvent à des interpellations au lecteur, j'ai vraiment voulu que ce dernier soit au coeur de l'histoire comme un personnage à part entière. J'aimerai vraiment que Lisa, Aaron, Michaël et Dana lui manquent lorsqu'il aura achevé la lecture du livre.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Comme beaucoup d'écrivains, j'aime écrire la nuit, quand tout est calme, que le téléphone sonne moins, que l'on se sent plus libre. J'ai alors le sentiment que le temps s'est arrêté et les mots me viennent plus facilement.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
En regardant mes semblables, leurs doutes, leurs failles. La nature humaine est une inlassable source d'inspiration pour moi. Dans Après quoi on court, tous les personnages sont très humains dans le sens où ils ne sont pas parfaits, ils sont perclus d'hésitations, d'arrières-pensées, font souvent des calculs, mentent pour se préserver, multiplient les non-dits. Et puis, c'est une oeuvre de fiction mais évidemment quelques unes de leurs situations m'ont été inspirées par ce que j'ai pu observer ou ressentir durant les années 2000 puisque le roman mêle récit imaginaire et événements réels de l'histoire récente.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Du plus loin que je m'en souvienne, j'ai toujours aimé écrire. Enfant, j'écrivais des articles sur mes artistes préférés que je faisais lire à ma grande soeur. Adolescent, je ne cessais d'écrire des poèmes et des nouvelles que je ne faisais lire qu'à moi. L'envie d'écrire un roman était présente chez moi depuis plusieurs années. J'ai pris le temps de proposer aux lecteurs une oeuvre dont je suis fier et qui je l'espère saura les toucher.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Quatre chocs très différents : Une saison en enfer d'Arthur Rimbaud pour sa violence et sa sensualité, L'écume des jours de Boris Vian pour sa folie et sa créativité, Solal d'Albert Cohen pour son humour et sa sensibilité et Le portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde pour sa profondeur et son style. J'ajouterai à ces quatre chocs Adolphe de Benjamin Constant et La confusion des sentiments de Stefan Zweig, deux romans qui m'ont donné envie d'écrire un texte où l'on entrerait vraiment dans la tête des personnages et où le moindre de leurs sentiments seraient connus du lecteur.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Il y a bien - sûr d'illustres exemples d'écrivains engagés qui sont parvenus à changer le cours des événements avec leur plume. De Voltaire à Zola en passant par Victor Hugo, la littérature française n'en manque pas. Et je n'oublie pas que les premières cibles des régimes autoritaires sont hier comme aujourd'hui les artistes. Mais je reste convaincu que les écrivains n'ont pas de vocation utilitaire. Ils sont là comme le disait Proust pour «inventer un autre monde» et si possible pour nous faire aussi aimer davantage le nôtre. Ce qui est déjà beaucoup.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Une place centrale ! Je ne sais pas passer devant une librairie sans m'arrêter... ce qui souvent me met en retard à mes rendez-vous ! Je suis toujours à l'affut des nouveautés et toujours très friand des conseils des libraires. On a plus que jamais besoin d'eux ! J'espère qu'ils seront nombreux à aimer et promouvoir Après quoi on court... que notre amour soit réciproque !

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