"Place de l'Oie" de Jean-Jacques Salgon chez Verdier (Lagrasse, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Place de l'Oie
Place de l'Oie — Le choix des libraires

Résumé

C'était en 1973, j'habitais alors en Algérie, à Trouville, sur la corniche oranaise. J'avais dû revenir en France à l'occasion de vacances, peut-être était-ce pour les fêtes de Noël, je ne me souviens plus très bien. Avec mes parents nous étions venus aux Vans rendre visite à ma tante Claire, la soeur aînée de mon père, celle que nous appelions (mes soeurs et moi) depuis l'enfance, Taty Claque, parce qu'elle était plutôt pète-sec et distribuait assez généreusement les gifles quand l'occasion se présentait. Nous venions de terminer le repas et, comme j'évoquais mon projet d'acquérir une maison dans la région, Taty Claque s'était exclamée : «Va voir sur la place de l'Oie, je crois qu'il y a une maison à vendre.»

C'est ainsi que le narrateur devint propriétaire d'une maison aux Vans, en Ardèche, maison qu'il fréquente depuis lors assidûment. Aujourd'hui, il nous accompagne dans la visite des cinq niveaux, de la terrasse tropézienne à la double cave, en s'attardant sur chaque détail, sur l'histoire de chaque objet qui l'amènent à redécouvrir avec nous, et pour notre plus grand plaisir, ses vies antérieures, extérieures aussi, ses vies qu'il n'a qu'incomplètement vécues.

Prix de la Nouvelle de la Société des Gens de Lettres, 1993 (07 et autres récits)

Jean-Jacques Salgon est né en 1948 en Ardèche dans une famille dont les origines vivaraises remontent au XVe siècle. Fils et petit-fils d'instituteurs, il passe son enfance et son adolescence à Pont d'Ucel puis à Aubenas. Il a séjourné en Algérie et en Côte d'Ivoire. Scientifique de formation, il a enseigné la Physique.

Le choix des libraires : choisi le 05/04/2014 par Clo Brion de la librairie VANDROMME à LES VANS, France

A travers ce récit intime, Jean-Jacques Salgon nous invite dans un lieu qui lui est très cher, sa maison. Une visite littéraire dans laquelle chaque pièce minutieusement décrite raconte une histoire, la sienne, familiale, affective, amicale, voyageuse et surtout, d'écrivain. Une belle allégorie du temps, depuis la naissance (le Big Bang) à la mort (les Etoiles). Dans cet espace, la vie est là avec ses incomplétudes. On pose les pieds sur des tomettes ou un parquet monté à l'envers, on grimpe un escalier à vis d'époque lointaine symboliquement gradué, on découvre rayonnages de livres, cadres de photos, tableaux, musiques...On y croise un monumental Hugo, Rimbaud, Musil, Duras et bien d'autres dont le fameux Tintin. On voyage dans les meubles si proches et de si loin. On regarde un film. On s'assied sur une terrasse tropézienne au delà du vertige. On traverse un miroir qui renvoie notre image inversée, sans le savoir. On descend, à la cave comme dans la grotte Chauvet et l'on essaie, comme lui, "d'approfondir le douloureux secret qui le faisait languir".
Place de l'Oie, un beau voyage intérieur ouvert sur le dehors.

Courrier des auteurs le 05/04/2014

1) Qui êtes-vous ? !
À une telle question, je choisis de répondre par cette boutade (chère à une amie de jeunesse) : «Connais-moi toi-même.»

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Au centre de ce livre, il y a un escalier à vis. Celui, en pierre de grès, qui dessert les étages de ma maison des Vans, en Ardèche. Cette vis d'Archimède, sur les parois de laquelle j'ai inscrit au feutre noir les diverses étapes de l'histoire de l'humanité, de l'histoire de la vie et de l'Univers. Hélice du pilier central du manège de chevaux de bois, hélice colorée des bâtons de sucre d'orge, hélice du hachoir à manivelle dans lequel, jadis, Jean-Christophe Averty enfournait les bébés dans son émission de télévision Les Raisins verts. C'est aussi celle de l'ADN où se trouve codée la mémoire de nos origines, et qui constitue le patrimoine à la fois personnel et impersonnel que nous transmettons à notre descendance. Autour de cet escalier s'organisent la visite de la maison et la découverte des objets, dans un mouvement à la fois ascendant, rotatif et centrifuge.
Au fond, ce qui est au centre de ce récit, ressemble au pilier central du manège : autour de lui les choses se disposent et s'organisent, mais ce qui importe, ce sont ces forces centrifuges qui poussent à s'écarter de lui, la ronde dans laquelle le mouvement qu'il imprime nous entraîne, et aussi ce pompon fantasque, sautillant et chevelu, qu'il s'agit d'attraper.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Tout le plaisir résidait dans le fait qu'avec les mêmes éléments, je pouvais faire varier à l'infini la forme des chalets et des divers corps de bâtiment, les versants des toitures, la disposition des terrasses et des balcons, et imaginer ainsi une multiplicité de vies possibles à l'intérieur de toutes ces différentes maisons.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Erik Satie : Gymnopédies, Vieux sequins et vieilles cuirasses, Embryons desséchés.
Chanson : Jeannot où est le sérieux ? par Lolo Lolitta et Tchico Tchicaya.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le plaisir : plaisir de la découverte et du partage, plaisir des yeux (comme on dit au Maroc), plaisir du texte.

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