"Les enquêtes de M. de Mortagne, bourreau. Volume 3, Le tour d'abandon" de Andrea H. Japp chez Flammarion (Paris, France)

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Les enquêtes de M. de Mortagne, bourreau. Volume 3, Le tour d'abandon
Les enquêtes de M. de Mortagne, bourreau. Volume 3, Le tour d'abandon — Le choix des libraires

Résumé

Début du XIVe siècle. Bel homme cultivé et fort riche, Hardouin cadet-Venelle, bourreau, n'a jamais porté sa charge comme un fardeau jusqu'à ce qu'il sangle sur le brasier Marie de Salvin, une innocente. Une quête l'anime depuis : faire vraie justice. Persuadé de l'innocence de Mahaut de Vigonrin, accusée d'avoir empoisonné son beau-père et son mari, il veut tout tenter pour la sauver du bûcher. Mais la destinée de Mahaut est entre les mains du bailli, Louis d'Avre, fraîchement nommé dans cette seigneurie bretonne, alors que la grogne monte dans le royaume après le renchérissement de la monnaie royale.
Pire : d'étranges méfaits surviennent. Des enfants confiés aux tours d'abandon de la ville disparaissent, deux jeunes femmes sont assassinées et un garçonnet est tué en pleine forêt... Louis d'Avre demande l'aide d'Hardouin. Certain que justice ne sera rendue à l'identique à deux servantes trépassées et à la maîtresse installée d'un noble jouissant de puissantes protections sauf s'il s'en mêle, il accepte. M. Justice de Mortagne ne reculera devant rien, ni la férocité, ni la ruse, ni l'amour, ignorant que le plus blessant des trois n'est pas celui qu'il croit.

Andréa H. Japp, reine du roman policier et historique, est l'auteur de nombreux best-sellers. Le Tour d'abandon est le troisième opus de sa série médiévale Les Enquêtes de M. de Mortagne, bourreau.

Courrier des auteurs le 20/02/2014

1) Qui êtes-vous ? !
Andrea H Japp. Romancière avec une grosse prédilection pour le polar, contemporain ou médiéval, et une fascination pour l'esprit humain... «L'esprit humain» ? L'étincelle, ou la cascade de réactions biochimiques, expliquant que, soudain, l'individu le plus apeuré, le plus faible peut trouver en lui assez de puissance pour renverser l'inéluctable.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
«Le tour d'abandon» est le troisième volume de la série Les enquêtes de M. de Mortagne, bourreau (Flammarion)
La soudaine prise de conscience d'un bourreau du XIV° siècle, M. Justice de Mortagne, de son véritable nom Hardouin Venelle, est au centre de cette série. Il ne s'est jamais posé de question sur son «office», hérité de son père. Après tout, lui ne condamne pas, il se contente d'exécuter les sentences. Jusqu'à ce brasier de justice sur lequel il sangle une jeune femme accusée à tort.
Mr Justice va alors s'interroger sur certaines exécutions passées ou à venir, enquêter, parfois à titre posthume, conscient, mais indifférent au fait qu'il est sans doute manipulé pour des raisons qui n'ont que peu à voir avec la justice.
Riche et paria, en dessous de tous les hommes, même des serfs, il est au fond totalement libre puisqu'il ne craint personne et n'attend rien des autres.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Cet homme était parvenu avant lui aux certitudes essentielles : savoir sans fallacieuse excuse ce que l'on est, ce que l'on peut, ce que l'on doit.»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Il m'a toujours paru périlleux de tenter d'associer une oeuvre de mots à une musique ou à une peinture. La première joue sur la description ou l'évocation, de façon plus ou moins soulignée. Les deux autres attisent une perception presqu'organique et très individuelle. Ainsi, la première des Nocturnes de Debussy (Nuages), écrites pour célébrer l'oeuvre de James Whistler, me ramène toujours aux vaguelettes d'une mer froide, pas à des nuages. Il y a aussi cette toile du peintre Thierry Alonso Gravleur, une petite fille qui tient un couteau. Elle inquiète et dérange nombre de gens. Pourtant, elle m'apaise dès que je la contemple.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Ce volume «Le tour d'abandon», a été en partie inspiré par deux évènements que l'on croit à tort «modernes» et qui ne sont que des résonances du passé. J'ai été assez bouleversée par la réapparition des «boites à bébé» ou «baby box» qui permettent à des femmes aux abois d'abandonner leurs bébés dans des niches climatisées et équipées d'une alarme afin qu'ils soient adoptés. Beaucoup ont pensé qu'il s'agissait d'une «invention» moderne pour éviter des infanticides actifs ou passifs, ou des suicides de mères acculées. En réalité, ces tours d'abandon se sont généralisés en Europe dès le XI° siècle et n'ont disparu qu'au XIX° siècle. Le deuxième évènement est l'affaire du Libor. On trouve dans l'Histoire tant de mutations monétaires, tant de manipulations de la valeur de l'argent. Elles ont souvent permis à une poignée d'avertis de s'enrichir, parfois au détriment du plus grand nombre. Le goût du lucre des êtres humains n'a pas varié. Leurs insondables désespoirs non plus. Seuls les moyens technologiques ont évolué. L'Homme reste l'Homme, soulagement ou déception selon les cas.
Une question de fond sous-tend cette série des Enquêtes de M. de mortagne : comment des êtres, qui n'étaient pas des psychopathes, ont-ils pu torturer et tuer, de façon méthodique, de manière «héréditaire» ? Caste honnie mais crainte, les bourreaux étaient souvent assez éduqués pour l'époque, et fortunés pour certains. Si l'on peut à la limite concevoir le meurtre, qu'il s'agisse d'un instantané incontrôlable de terreur ou de fureur, l'aptitude à la torture fait appel à un schéma mental très particulier et répugnant. Rien ne permet d'expliquer son «acceptabilité» pour certains, pas même ces temps reculés, dans un cadre qui n'a rien à voir avec le sadisme. Le déni que l'on retrouve chez tous les bourreaux, même modernes, est vertigineux : à leurs yeux, ils ne sont qu'un instrument.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
L'oral n'est pas un bon moyen d'expression pour moi. Les mots «dits» vont trop vite. Je suis souvent agacée par l'approximation d'une phrase que j'ai prononcée. Écrire est ma véritable façon de parler. D'ailleurs, je téléphone rarement. Je préfère le mail. Écrire revient pour moi à partager une discussion confidentielle avec mes lecteurs, mon cheminement mental naissant des questions que je leur prête.
J'écris dans mon bureau, environnée de toiles ou d'objets, tous porteurs d'un bout de ma vie. Je me lève très tôt et suis «en écriture» dès 7 heures du matin. Étant par nature une «marathonienne» (assise), j'apprécie les longues séances d'écriture, de dix ou douze heures de rang. J'aime la sensation d'épuisement qui survient, cette impression de n'être plus que des yeux. Pas de musique de fond. J'aime trop la musique ou l'écriture et la lecture pour les diluer dans une autre concentration. Je n'écoute de musique en travaillant que lorsque je m'attèle à une tâche que je peux réaliser en pilotage automatique, comme la paperasse.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
C'est très variable en fonction des romans. Il peut s'agir d'une idée ou d'un domaine que je veux explorer. Il peut s'agir d'un questionnement, pour lequel je n'ai pas véritablement de réponse, juste des arguments contraires. Parfois aussi d'un fait divers qui m'a bouleversée ou mise en rage.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescente «un jour j'écrirai des livres» ?
Pas du tout. Je voulais devenir vétérinaire ou cantatrice. Ennuyeux puisque je chante affreusement faux. Par un cheminement improbable, dont la rencontre d'un grand chevelu-barbu sur le parvis de Jussieu, je suis devenue chercheuse. Puis, longtemps après, écrivain. Mon parcours n'est qu'une série de rencontres.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?-g
Enfant unique, revêche et peu sociable, j'ai commencé à lire très jeune. Les livres m'ont enseigné la vie et l'état d'humain, de façon assez brouillonne puisque je puisais sans vergogne dans la bibliothèque de mon père, interdite, bien sûr. Mon père était, entre autres, fan de littérature anglo-saxonne, de polars et de SF.
Mon premier choc fut La Plaie de Nathalie et Charles Henneberg, une épopée intergalactique qui convenait à merveille au romantisme échevelé de mes 9-10 ans. Une parabole du fascisme, mais à l'époque je suis passée à côté.
Suivirent Maupassant et son implacable lucidité, Maugham, Tennessee Williams et John Fowles. Marguerite Yourcenar ne devait arriver qu'un peu plus tard dans ma vie, autre choc, autre pouvoir des mots.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Je sais que j'ai appris à vivre grâce à eux. Il n'est pas un comportement, une réaction personnelle qui ne me rappelle quelques lignes d'un roman, même si j'en ai oublié le titre.
Pour moi, l'écrivain est une sorte d'éponge émotionnelle et de regard hésitant mais obstiné qui revient vers le lecteur. Ce sont aussi des traducteurs de sensations, de sentiments, de souvenirs, voire de passions. Et même s'ils ne permettaient qu'une distraction, au sens noble, ils auraient rempli leur mission.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Je me souviens, ado, de cette petite libraire bordélique et de ce libraire génial englouti sous les bouquins dont il connaissait tout. A l'époque, on ne cherchait pas sur ordinateur mais il savait tout de ce qui avait été, était écrit. J'étais entrée intimidée, hésitant à avouer ma passion pour la SF. Il m'avait mis entre les mains La compagnie des glaces. Ha ! Je dois à cet homme tant d'heures de pur bonheur.
Vivant assez éloignée de «la grande ville», cherchant souvent des ouvrages de référence d'occasion, je ne suis pas du tout anti-enseignes en ligne, contrairement à d'autres auteurs. Il s'agit alors pour moi d'un achat rapide : je sais ce que je veux.
En revanche, la librairie classique est un lieu d'aimable incertitude, de flânerie gourmande. Il se peut que j'aie une idée bien précise en tête lorsque j'y pénètre. Curieusement, je ressors souvent avec 3 ou 4 coups de coeurs qu'il fallait que je rencontre «physiquement» sur une table ou une étagère, ou qu'un libraire me signale.
La dernière librairie proche de mon domicile (30 km aller-retour quand même) va disparaitre. Ca me rend triste. J'aimais pousser la porte et que la libraire, petite femme dodue et bouillonnante d'énergie, me lance : «Ah, j'ai quelque chose qui va vous plaire !».

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