"Pierrot en mal de lune" de Young-Moon Jung chez Decrescenzo éditeurs (Fuveau, Bouches-du-Rhône)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Pierrot en mal de lune
Pierrot en mal de lune — Le choix des libraires

Résumé

Voici le portrait en six tableaux d'un "Pierrot" à l'âge d'être grand-père, toujours aussi lunaire à moins que ce ne soit lunatique.
Vrai Coréen mais, au total, bien de chez nous : un peu brouillé avec son frère et ses fils qu'il aime bien, à la fois péremptoire dans ce qu'il dit et hésitant sur ce qu'il pense, insupportable par moments quoique la plupart du temps attachant, vieillard rigide en même temps que gamin malheureux...
Sauvé, finalement, par un éclair d'humour dans le regard. C'est le grand mérite de Jung Young-moon d'avoir su, en véritable écrivain, trouver les mots et le ton justes pour nous ouvrir accès à ce personnage dans toutes ses dimensions, tantôt agaçantes, tantôt amusantes, toujours passionnantes. Le maître-mot qui caractérise à la fois le récit, la psychologie du personnage et l'écriture du conteur est en effet : discontinuité.
Ce "Pierrot" qui approche de l'âge d'être grand-père manque de suite dans les idées ; il n'est jamais sûr de ce qu'il pense, de ce qu'il veut, de ce qu'il se rappelle ; il va de surprise en surprise parce que ce qui lui arrive échappe à toute logique, à toute détermination ; il n'est constant dans aucun de ses sentiments. Il est souvent sous l'emprise de l'alcool et "dans la lune", il s'amuse quand il faudrait être sérieux, il est péremptoire quand il devrait douter, il hésite quand il faudrait qu'il soit assuré.
Bref : on ne sait s'il faut le trouver.

Courrier des auteurs le 08/02/2014

1) Qui êtes-vous ? !
L'éditeur, heureux d'avoir publié un livre unique, talentueux, qui rompt avec la recherche éperdue de l'unité, de la continuité, de la cohérence et de la certitude des personnages conventionnels du roman. Avec JUNG Young-moon et ce Pierrot en mal de lune, on entre dans un univers où le narrateur n'hésite pas à se montrer dogmatique, cassant, velléitaire, injuste, méchant, soupçonneux, ultrasensible, pour finir par devenir un personnage terriblement attachant, avec lequel on aurait plaisir à converser si seulement... si.
À bien des égards, ce livre est mystérieux par la force d'emportement qu'il suggère. On est littéralement emporté par la profonde cohérence de la réflexion du narrateur, qui, entretemps, nous a fait passer par mille réticences, avant de nous laisser knock-out par la capacité de son personnage à, finalement, nous écouter, écouter son lecteur. On est triste de quitter ce narrateur pour lequel on s'est pris d'une réelle affection.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
On découvre dans ce livre en sept tableaux, ce que raconte un homme d'un âge certain, puisqu'il a deux grands fils, des épisodes de sa vie qui l'ont marqué. Ces épisodes sont à la fois ceux vécus par un homme ordinaire qui se transforme vite en homme hors du commun. Ces histoires sont racontées sur un mode que certains critiques ont appelé «romanesque déconstructif», en se référant à la pensée de Derrida. Ce personnage analyse minutieusement et systématiquement les présupposés et les préjugés qui sont les siens, sur un mode de raisonnement, ou de déraisonnement, humoristique, sarcastique et un brin loufoque. Il s'ensuit chez le narrateur un manque de suite dans les idées, une façon d'être à rebours ou à contre-pied qui déclenche très souvent un fou-rire inextinguible. Lunaire mais aussi lunatique, souvent «à côté de ses pompes», il formule des projets qui ne se réalisent pas, change d'avis comme de chemise, vérifie sans cesse si ce qui est dit devait l'être, recherche la précision extrême dans son propos, avant d'abandonner la partie, en affirmant le contraire.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«L'envie de devenir quelqu'un d'infiniment supérieur, qui crée tant de stress chez certains, s'est manifestée dans mon cas sous la forme d'une envie de devenir quelqu'un d'infiniment nul.»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Pierrot lunaire, d'Arnold Schönberg, bien entendu.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Une vision du monde dans laquelle les mille petites misères, les malchances et les mésaventures se trouveraient mises à distance par le regard amusé que nous porterions sur elles, autant que sur soi-même. Et ce regard amusé serait le fruit d'un désir continu d'aller voir de l'autre côté du mur des affirmations si une autre ne s'y cache pas.

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