"L'an prochain à Grenade" de Gérard de Cortanze chez Albin Michel (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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L'an prochain à Grenade
L'an prochain à Grenade — Le choix des libraires

Courrier des auteurs le 22/10/2014

Gérard de Cortanze, pour Le Courrier des auteurs, sur une idée des libraires, évoque le mot «Consolation»

Gérard de Cortanze et la consolation

Longtemps, la consolation fut pour moi liée à deux souvenirs. Le premier remonte à mes années de collège lorsqu'une maîtresse, maniant la règle avec une dextérité qui ne tenait qu'à elle, nous faisait ânonner La jeune fille et son chat, fable de François Leclerc du Dutremblay, dans laquelle se trouvaient ces deux vers : «Pour consoler, il faut de la mesure,/ Et dans sa marche lente imiter la nature.»
Le second est celui d'un trajet estival qui, chaque année, voyait la 203 Peugeot familiale traverser le Val de Consolation, reculée du massif du Jura, dans le département du Doubs. Juché au sommet du belvédère de la Roche du Prêtre, mon père, d'un geste large et impérial, nous montrait le fameux Cirque, ne manquant pas de rappeler la beauté de la nature et la grandeur des moines de Saint François de Paule qui, en son sein hostile, y avaient édifié leur monastère.
Depuis cette «consolation» principe d'autres sont venues plus ou moins gaies, plus ou moins tristes. La consolation est un mot étrange, qui peut dans le même temps pencher du côté de la peine ou du côté de la joie. Je me souviens d'une vieille juive polonaise, rescapée d'un camp dont elle ne voulut jamais me donner le nom, qui me disait qu'elle avait trouvé un moyen irréfutable «pour se consoler de tout cela» : regarder sa douleur de près. Parfois je repense à elle, et lorsqu'une grande douleur survient, je la regarde de près et m'en éloigne, doucement, marchant sur la route de la vie aux côtés sinon de la vieille dame, du moins du souvenir qu'elle a laissé en moi.

Gérard de Cortanze

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