"Le marché : histoire et usages d'une conquête sociale" de Laurence Fontaine chez Gallimard (Paris, France)

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Le marché : histoire et usages d'une conquête sociale
Le marché : histoire et usages d'une conquête sociale — Le choix des libraires

Résumé

Le monde actuel vit un paradoxe inouï. D'un côté, la cause semble entendue : il est plongé dans la crise par les comportements erratiques des marchés financiers. De l'autre, des millions d'êtres miséreux rêvent d'avoir accès au marché, au heu où, à la ville, ils pourraient troquer un petit rien contre un autre qui les tirerait du besoin.
Le marché est une institution d'échange dont toute l'histoire est marquée par les dérèglements des usages qu'en firent et en feront des êtres cupides, intéressés par leur seul enrichissement à court terme et aux antipodes de la fiction chère à la théorie économique d'un individu mû par la seule rationalité éclairée. Le marché est aussi un moyen d'émancipation pour les damnés de la terre ou du travail sans qualité.
C'est ce que rappelle Laurence Fontaine, historienne qui a le goût de l'archive et de l'anecdote exemplaire et la passion des allers-retours explicatifs entre hier et aujourd'hui. Ici, l'économie est à la hauteur de ces hommes et de ces femmes qui veulent améliorer leur sort par l'échange de menus biens ou de produits coûteux, dans la Lombardie ou le Paris du XVIIIe siècle, comme dans les provinces reculées du Bengale, de la Chine ou de la Mauritanie contemporains.
Car le marché est facteur d'émancipation, notamment pour les femmes, qui accèdent à la responsabilité par l'échange, le commerce, la gestion du budget, voire le crédit. Émancipation des pauvres rivés à leur endettement, émancipation de la femme qui desserre l'étau du patriarcat, émancipation globale d'une économie informelle qui accède aux circuits monétaires régulés. Mais émancipation d'une extrême fragilité si elle ne s'accompagne pas de la reconnaissance pour chacun des mêmes droits que pour les autres. N'en déplaise aux repus de la consommation, cette reconnaissance passe aussi par la possibilité d'accéder aux mêmes biens : les exclus demandent une chose première parce qu'ils la savent essentielle pour tout le reste - un accès sans condition au marché.

Laurence Fontaine est notamment l'auteur de L'économie morale. Pauvreté, crédit et confiance dans l'Europe préindustrielle, Editions Gallimard, 2008.

La revue de presse : Julie Clarini - Le Monde du 9 janvier 2014

En lisant le nouvel ouvrage de l'historienne de l'économie Laurence Fontaine, Le Marché. Histoire et usages d'une conquête sociale, on sent l'auteure fascinée par ce monde en mouvement, qui grouille et bouillonne depuis des siècles sur tous les continents. Passionnée par les archives comme par l'observation de l'époque contemporaine, Laurence Fontaine transporte avec allégresse son lecteur des places de La Haye au XVIIe siècle aux rues étroites du bidonville de Dharavi aux portes de Bombay, où se pressent aujourd'hui les vendeurs de rue. Elle y voit partout des individus qui tentent de s'arracher à leur condition. D'ailleurs, l'accès sans entraves aux échanges n'est-elle pas une revendication des plus pauvres ? C'est que, contrairement à l'idée admise que le marché serait intrinsèquement " mauvais ", l'historienne soutient qu'il n'est ni malin ni divin en soi...
L'ouvrage se termine par une proposition : que l'on considère le marché comme un " bien public " auquel chacun doit avoir accès. Ce serait une manière d'en terminer avec les dérives, avec l'usage inégalitaire qui en est fait, toujours en faveur des nantis.

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