"William Blake ou L'infini" de Christine Jordis chez Albin Michel (Paris, France)

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William Blake ou L'infini
William Blake ou L'infini — Le choix des libraires

Résumé

Né au-dessus d'une échoppe de bonnetier, à Londres, William Blake (1757-1827) affirmait que, pour retrouver la joie que nous portons en nous, «il suffit de nettoyer les fenêtres de la perception». Après avoir vu Dieu à huit ans, puis un arbre «rempli d'anges», il dessina, peignit, grava, écrivit de longs poèmes prophétiques.
Anticlérical, antimonarchiste, pacifiste, révolté par la misère et l'injustice sociale, il voulut changer l'homme et le monde. À l'argent-roi, il opposa l'esprit, c'est-à-dire la poésie et l'art. Rejeté par son époque, condamné à la solitude et à la pauvreté, il n'en continua pas moins de poursuivre son chemin jusqu'à sa mort.
Dans cet essai biographique passionné et passionnant, Christine Jordis, prix Femina pour De petits enfers variés et prix Médicis pour Gens de la Tamise, fait de l'auteur du Mariage du Ciel et de l'Enfer notre contemporain.

Née en Algérie, Christine Jordis a étudié à la Sorbonne et à Harvard. Auteure d'une thèse de doctorat sur l'humour noir anglais, elle a été responsable de la littérature au British Council et a dirigé la littérature anglaise aux Éditions Gallimard. Collaboratrice du Monde des livres, elle est membre du Prix Femina.
Elle est l'auteure d'une quinzaine de livres, tous primés. Le dernier, Une vie pour l'impossible, est paru chez Gallimard en septembre 2012 et a obtenu le Prix Charles-Oulmont de la Fondation de France en 2013.

Courrier des auteurs le 08/03/2014

1) Qui êtes-vous ? !
Un écrivain, je crois, j'espère ! Tout au moins quelqu'un pour qui l'écriture est le fil directeur de la vie.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
C'est l'histoire d'un homme, un poète, peintre, graveur, visionnaire, qui vécut dans le Londres du XVIIIe mais qui avait déjà tout compris de son époque et de la nôtre : de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui. Il dénonça le "système" qui s'annonçait et dont il fut lui-même victime : la production de masse, toujours moins coûteuse, l'utilisation des humains comme robots, le matérialisme qu'il voyait poindre, avec le culte de l'argent. Contre cet asservissement, il voulut la liberté. Il combattit les lois et les injustices, le politique et les hommes de pouvoir, qu'il jugeait en-deçà de l'humain, mettant la figure de l'artiste au centre du monde. Au règne de la quantité - le chiffre, le nombre, le gain - il opposa le pouvoir de l'esprit. Et la joie que nous pouvons trouver en nous.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"L'art et la poésie de Blake étaient, en Occident, comme un pont jeté entre deux mondes et deux époques, à tout le moins un refus de ce qui, dans le nôtre, limite l'homme, l'enferme et le contraint".

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
De Beethoven, l'Ouverture à Léonore II, pour le drame, le tourment, la révolution, la liberté.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le sentiment de liberté que procure la lecture de Blake. Les portes s'ouvrent, l'horizon s'élargit, les "fenêtres de la perception", comme il l'écrivait, sont nettoyées : nous voyons mieux, nous sentons mieux, nous croyons en nos propres pouvoirs.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Oui, des rituels que je reproduis fidèlement chaque jour, congés, samedi y compris !, ils sont une mise en condition, ils m'amènent à l'écriture et en sont devenus une partie intégrante.
"Une chambre à moi", (a "room of my own", comme le disait Virginia
Woolf) où je ne fais rien qu'écrire à ma table (j'ai deux tables, l'une où j'écris à la main, l'autre pour un gros ordinateur). Je m'y rends à heure fixe, dès 8h30 ou 9 heures le matin, et j'y passe la matinée, sans téléphone, sans bruit (surtout pas de musique !), dans le plus grand silence possible. Parfois, il s'agit seulement de se concentrer, de se reprendre, et je n'écris que quelques phrases.
Parfois, les idées, les mots viennent et j'ai l'impression qu'une grande richesse m'est donnée... quitte à déchanter par la suite.
Vers 1h30 ou 14 heures, je m'interromps pour déjeuner. Quelquefois je continue le travail l'après-midi, mais le plus souvent je passe à autre chose : lecture ou promenade ou mon travail d'édition qui, autrefois, occupait tous mes après-midi.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
A force de travail et de concentration.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescente «un jour j'écrirai des livres» ?
Non, hélas, rien d'aussi facile. Écrire a été un processus long et difficile, j'y suis venue tard, après beaucoup de recherche et d'efforts. Il me semblait qu'il fallait d'abord trouver la "forme", que sans la forme, rien n'était possible. Et je me sentais bloquée tout en ayant un besoin urgent de m'exprimer, de donner ce que j'avais en moi, c'était très pénible.
Puis, je ne sais pourquoi ni comment, je me suis mise à écrire, j'avais trouvé une forme. Un essai. C'était en 1989, assez tard dans ma vie, après m'être essayée au dessin et à la peinture. J'ai donc publié "De petits enfers variés", mon premier livre, une étude des romancières anglaises et des rapports de pouvoir au sein de la famille; en réalité une autobiographie déguisée, je parlais de ce que je connaissais intimement ! Il m'a fallu encore des années pour utiliser le "je" et écrire un vrai roman.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Des chocs littéraires je n'ai cessé d'en avoir et j'en ai encore. Mais les premiers ont trait à la littérature anglaise et il n'est pas étonnant que j'ai choisi d'étudier cette littérature-là.
C'était Jane Eyre de Charlotte Brontë, qui m'a littéralement enivrée, je rêvais de trouver l'équivalent du romantique M. Rochester et de vivre semblable histoire d'amour, sans me rendre compte, à l'époque, combien elle est en fait cruelle... Puis Les Hauts de Hurlevent, d'Emily Brontë, m'ont marquée, définitivement; j'ai lu et relu ce livre depuis cette première fois, quand je lui associais mes promenades sur la lande, et je crois toujours qu'il n'existe pas, au monde, de plus beau roman.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Pour moi, à traduire, à mettre en mots, l'expérience la plus large et la plus profonde possible. J'espère communiquer cette expérience aux lecteurs.
Beaucoup de gens vivent la même, mais ils n'ont pas toujours la possibilité d'en prendre conscience, occupés qu'ils sont par l'action et les émotions ressentis. J'aimerais qu'ils se disent, en me lisant, c'est bien ça, c'est cela que j'ai vécu et ressenti.
L'écrivain, à mon sens, va au plus profond de lui pour trouver ce qui est commun à tous, et ainsi accroître la conscience, la compréhension de ce qu'il nous est donné de vivre. Je ne crois pas à l'écrivain comme guide et prenant des positions politiques : la plupart du temps, les écrivains se sont lourdement trompés et on aurait bien tort de les croire sans examen préalable ! Non, l'écrivain est plutôt un sismographe, qui ressent, vibre, explore, transpose en mots son expérience. C'est à cela qu'il sert, à cette aventure de l'exploration, qu'elle soit intime ou plus ouverte sur le monde.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Déterminante, car sans eux un écrivain comme moi, dont la valeur des livres ne peut se mesurer par le chiffre de vente (toujours la quantité), puisque je ne serai jamais un "bestseller" ni ne prétends l'être, un écrivain comme moi, comme bien d'autres d'ailleurs, n'existerait pas. Nous dépendons de leur lecture, de leur enthousiasme, de leur réaction, de leur amour de la littérature. Ils nous invitent dans leur librairie et nous font connaître, ils nous donnent le sentiment que nous existons en tant qu'écrivains, alors qu'à se contenter des seuls journaux et de leurs listes, on disparaît dans la masse. Ils ont un rôle important.

La revue de presse : Florence Bouchy - Le Monde du 10 avril 2014

Pour sa part, l'oeuvre tout entière de William Blake (1757-1827) constitue un mystère : dans William Blake ou l'infini, Christine Jordis rappelle qu'il n'y a pas " même un semblantd'accord " chez les spécialistes sur " ce qu'il a voulu dire, élaborer, enseigner, prophétiser ". La trajectoire du peintre, graveur et poète anglais est d'autant plus à même d'entrer en écho avec les préoccupations de sa biographe. L'écrivaine est ainsi entièrement libre, tout au long de son livre, de faire résonner en elle, et en nous, la trajectoire de l'artiste.

La revue de presse : Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 13 février 2014

Christine Jordis restitue avec une belle subtilité cette pensée complexe, idéalisme mal compris par un temps lancé sur les chemins du matérialisme et du rationalisme. Newton y éclipsait Blake et son «;malheur d'être né matière», donc «destiné à la mort»...
Il y a de l'esprit révolutionnaire chez lui, en même temps que de l'illumination et de l'arrogance : par sa puissance d'imagination poétique, l'homme lui apparaît en mesure de se hausser au niveau de Dieu...
Ce que l'on admire ici, c'est à la fois la précision, le refus de la simplification et la capacité d'empathie. À l'époque des fictions biographiques, Christine Jordis porte haut la rigueur et la passion du biographe.

La revue de presse : Francine de Martinoir - La Croix du 26 février 2014

Christine Jordis retrace les étapes de sa formation, les premières années dans l'échoppe de bonneterie de son père, au coeur d'un Londres pauvre et violent, l'adolescence privée d'études mais nourrie des grands textes...
Si Blake bouleversa la langue poétique anglaise, c'est par l'entrechoc des univers violents et apocalyptiques qu'il captait, comme dans Le Livre d'Urizen où il veut saisir la Création, celle du monde et celle du poème, ce qui faisait dire à Bachelard dans La Terre et les Rêveries de la volonté qu'il est «un des rares exemples de cette imagination absolue qui commande aux matières, aux forces, aux formes». Et sa biographe suit, dans un quotidien précaire et même pauvre, le cheminement spirituel de Blake, d'une révolte contre une religion qui ne serait pas «naturelle» à l'élaboration de sa symbolique à travers des thèmes ou des personnages tels que la Chute, la destruction, Job, la lutte entre Dieu et Satan, le mariage du Ciel et de l'Enfer.

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