"Mourir sur Seine : le polar de l'Armada" de Michel Bussi chez Ed. des Falaises (Rouen, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

— 

Mourir sur Seine : le polar de l'Armada
Mourir sur Seine : le polar de l'Armada — Le choix des libraires

Résumé

Sixième jour de l'Armada 2008. Un marin est retrouvé poignardé au beau milieu des quais de Rouen ! Quel tueur invisible a pu commettre ce crime impossible ? Quel étrange pacte semble lier des matelots du monde entier ? De quels trésors enfouis dans les méandres de la Seine sont-ils à la recherche ? Quel scandale dissimulent les autorités ? Une implacable machination... qui prend en otage huit millions de touristes.
Une course effrénée contre la montre avant la parade de la Seine. L'histoire de la navigation en Seine, stupéfiante et pourtant bien réelle, livre la clé de l'énigme. Les quais de Rouen, le pont Flaubert, le cimetière de Villequier, la chapelle Bleue de Caudebec-en-Caux, l'aître Saint-Maclou, l'hôtel de Bourgtheroulde, les rues médiévales de Rouen, les berges de La Bouille, le Marais Vernier... deviennent autant de scènes de cette enquête défiant l'imagination.

Michel Bussi est l'un des auteurs de romans policiers les plus primés en France (lauréat de quinze prix littéraires, dont le prix Maison de la presse, le prix du roman populaire, le prix du meilleur polar francophone, le prix des lecteurs de Cognac, le prix Sang d'Encre).
Son roman. Un Avion sans elle, qui s'est vendu à 40 000 exemplaires avant même sa sortie en poche, est actuellement traduit en six langues et en cours d'adaptation cinématographique. Auteur de page-turner sans surenchère de détails macabres, ces romans parviennent à faire la synthèse entre le meilleur de l'atmosphère des romans policiers populaires français et le rythme des romans à suspense américains. Et c'est ce que les lecteurs adorent...

Courrier des auteurs le 14/12/2013

Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? S'est-elle présentée par hasard ?
Non, elle ne s'est pas présentée par hasard. Depuis tout petit, j'ai ce goût pour inventer des histoires. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours raconté des histoires. Du coup, l'écriture est venue assez naturellement, puisque c'est quand même le moyen le plus simple de raconter des histoires plutôt que de passer par le cinéma ou d'autres médias. C'était assez logique. J'ai commencé par écrire des nouvelles, des scénarios, des bouts d'histoires, et forcément, à un moment donné, il faut se lancer dans un roman. C'est ce que j'ai fait, et j'ai été publié il y a six à sept ans maintenant. Mais j'ai toujours eu ce goût, plutôt pour les histoires d'ailleurs que pour l'écriture directement. C'était vraiment l'idée d'inventer des histoires et de les raconter. Il y a toujours eu cette envie. Après, ce sont le temps et l'énergie que l'on doit consacrer à écrire un premier roman, puisque cela implique quelques centaines d'heures à s'y consacrer. Par conséquent, forcément, à un moment donné, je dirai presque que la vie doit permettre d'avoir quelque chose que l'on considère comme parfait.

Avez-vous toujours eu une espèce de foi dans la rencontre avec le public ? Êtes-vous patient, ou au contraire, avez-vous vécu des périodes de découragement ?
C'est très ambivalent car, quand on a cette petite musique dans la tête, forcément, on est persuadé qu'on a quelque chose à raconter, quelque chose à dire, que les histoires qu'on invente sont formidables. On a forcément cette assurance-là, sinon ce n'est pas même pas la peine de commencer à écrire. Oui, oui, j'avais toujours cette espèce, pas de certitude, mais en tous les cas de sentiment que mes histoires devaient rencontrer un public. Et puis, d'un autre côté, on est toujours soumis au doute en se disant que ses histoires n'ont pas plus d'intérêt que des milliers d'autres qui ont déjà été racontées et seront diffusées en librairie. Donc on est toujours entre les deux, en essayant de ne pas trop espérer tout en se disant que si on veut le faire, c'est qu'on y croit quelque part. C'est très ambivalent, donc on passe effectivement du doute à l'euphorie. Pour ma part, je fonctionne beaucoup comme ça, c'est-à-dire parfois, j'aurai une idée d'histoire que je trouve formidable, extraordinaire, et là, je suis très motivé parce que j'ai l'impression d'avoir quelque chose d'unique. Ensuite, quand on se met à travailler dessus, il y a des moments où on se dit que ça ne va pas, ce n'est pas bon, c'est insuffisant, cela a déjà été dit, etc. Je pense qu'il faut jouer sur les deux : il faut à la fois être un peu mégalo pour être écrivain, et en permanence habité par le doute si on veut faire quelque chose de bien. Je fonctionne en tous les cas comme ça, avec un mélange paradoxal des deux, et on passe en permanence de l'un à l'autre. C'est pareil quand on écrit : par moments, on a l'impression d'écrire des choses qui conviennent parfaitement ; à d'autres, voire s'agissant de la même chose que l'on relit par la suite, on n'en est pas satisfait du tout, et on balance tout pour refaire. Mais je pense qu'il faut quand même avoir cette certitude interne que ce qu'on fait vaut le coup, et qu'il a vocation à avoir du succès. Si on n'a pas cette certitude, cette flamme-là, je ne pense pas qu'on puisse y arriver.

Quelle relation avez-vous avec l'inspiration ?
Il y a plusieurs niveaux d'inspiration. Il y a déjà l'invention de l'histoire, du début à la fin : là, il y a quelque chose d'assez magique. Je fais souvent la comparaison avec un musicien, qui aura les mélodies qui lui arrivent ; pour ma part, une fois qu'une petite étincelle est partie, je tire le fil, et l'histoire vient presque toute seule. C'est vrai qu'on me demande comment je peux avoir des idées, etc. Ce n'est pas du tout quelque chose de compliqué pour moi. Cela est tout à fait naturel, et on a presque l'impression d'être juste un intermédiaire, un capteur. L'histoire vient tout à fait naturellement. Il s'agit d'un premier point, et je pense qu'il y a là une part de prédisposition, enfin, je ne sais pas quoi, mais il est clair que dans ma tête, elles sont assez évidentes, les personnages se mettent en place... Après, sur l'inspiration même qui consiste à écrire des scènes, à trouver des mots pour les décrire, etc., c'est encore autre chose. Là, il y a des phases où on arrive à écrire des scènes assez facilement, et d'autres qui sont plus compliquées parce qu'elles peuvent être techniquement plus compliquées pour faire naître l'émotion qu'on veut, expliquer des choses sans être lourd, etc. Par conséquent, là, oui, c'est une phase où l'inspiration n'est pas du même ordre. Il s'agit de trouver le mot juste, la bonne façon de décrire. Pour le coup, c'est vraiment un travail purement littéraire, et je dirai plus technique en fait, qui là fait que parfois, on peut buter, on peut traînailler, on peut rayer... En revanche, la phase d'invention de l'histoire est jubilatoire pour moi. Après, on fait toujours des choix, mais elle vient un peu comme une mélodie. Donc je la griffonne en quelques heures, et elle là.

La musique des mots, le chant d'une phrase, cela compte-t-il ? Lisez-vous vos livres à voix haute quand vous les écrivez ?
Ce que je trouve important dans la musicalité, c'est l'émotion. Par exemple, je relis beaucoup mes romans pour couper ce qui peut apparaître comme long, ou comme des sortes d'apartés. Sur le coup, je trouve très intelligent de dire cela, et puis en fait, à la relecture, je m'aperçois que même si c'est très bien écrit et très joli, cela n'a rien à voir avec l'histoire, ça casse le rythme, ça détourne le lecteur d'une émotion, et il faut savoir couper en quelque sorte. Il faut donc rester humble en tant qu'auteur. J'écris vraiment pour raconter des histoires et faire naître des émotions, et de ce point de vue-là, il faut savoir renoncer à une description, même si on la trouve très jolie et poétique, renoncer à un mot d'auteur, même si on le trouve très amusant, parce qu'à ce moment-là, il n'y a aucune raison que le héros pense ou dise cela. C'est un travail qui fait du coup que sur le style, ce qui compte - on dit parfois que mon style est fluide ou efficace -, c'est qu'il doit surtout s'oublier. Je n'aime pas trop les romans où on est dans une histoire et où on se dit en permanence : «Mon Dieu, comme c'est bien écrit ! Mon Dieu, comme c'est amusant ! Mon Dieu, comme cet auteur est malin !» Je trouve qu'il ne faut pas que l'on sorte de l'histoire. Il faut donc arriver à ce que le lecteur finalement oublie même qu'il est en train de lire un livre et ne pense plus qu'à l'histoire qu'on lui raconte, soit en empathie avec les personnages, rie, pleure, tremble. Pour moi, c'est cela qui compte. Il y a donc un gros travail d'écriture, justement pour que cela soit fluide. Sur un dialogue par exemple, ce qui compte pour moi, c'est que le lecteur ait l'impression d'être dans le dialogue, donc d'écouter les personnages, que cela soit juste. Du coup, forcément, si on a quelque chose qui est trop écrit, le personnage ne parlerait pas, ne penserait pas comme ça. C'est donc un travail assez lourd et assez compliqué. Il suppose par exemple de choisir ses mots, donc pour moi de ne pas choisir de construction complexe, ou de mots compliqués, parce que pour moi, on va sortir de l'histoire. Je suis assez fier quand les gens me disent que, sur des descriptions de lieux, ils avaient l'impression d'y être, et pas : «Comme c'est joli la façon dont vous avez décrit le lieu.» On ne me dit pas : «Votre personnage est un grand philosophe», mais : «On avait vraiment l'impression de le connaître, de vibrer avec lui, on a pleuré pour lui, on a été ému...» C'est ce qui est important et qui fait peut-être la différence entre quelqu'un qui raconte des histoires et un écrivain qui raconte sa vie en regardant son nombril de plein de façons différentes. Je me considère vraiment comme un raconteur d'histoires, et c'est ça qui m'intéresse.

Et c'est ça qui explique votre succès ?
Quand je lis des interviews d'autres auteurs, beaucoup disent qu'ils ne pensent surtout pas au lecteur quand ils écrivent, qu'ils pensent à ce qu'ils ont envie d'écrire, etc. Moi, je ne pourrais pas écrire sans penser au lecteur. Ce n'est pas pour lui plaire avec des recettes ; quand je raconte une histoire, je la raconte pour quelqu'un, je ne me la raconte pas à moi puisque je la connais déjà. Donc je me questionne en permanence. Quand j'écris une scène, si je veux qu'elle soit drôle, je fais en sorte que celui qui la lira rie, ou en tous les cas soit amusé. Donc je pense au lecteur. De même, si c'est une scène où on veut émouvoir le lecteur et aller jusqu'à lui faire naître des larmes, forcément, on fait en sorte de trouver les mots, la façon d'organiser la scène pour qu'elle soit émouvante. Donc on pense au lecteur en essayant de maîtriser ses effets ou son style pour cela. Je ne me verrais pas du tout écrire sans penser au lecteur, qui plus est quand il s'agit de romans à suspense, à rebondissements ou à manipulations. En permanence, on anticipe ce que pensera le lecteur pour dire autre chose. Donc c'est encore une écriture un peu différente, parce qu'il y a à la fois un lecteur lambda qui est le mainstream, ceux qui vont plutôt aller dans ce que vous sous-entendez ; et puis, vous avez des lecteurs plus malins, donc il faut créer d'autres fausses pistes ; ensuite, vous avez des lecteurs qui, au contraire, n'ont pas envie d'avoir quelque chose de compliqué, donc il faut que cela reste compréhensible. Par conséquent, il faut jouer sur des niveaux de lecture différents si vous voulez avoir ce niveau de jeu avec le lecteur. C'est ce que j'aime particulièrement dans mes romans : anticiper ces réactions pour mieux jouer avec. Il y a un côté jubilatoire dans la lecture à ce niveau-là.

Quelle relation entretenez-vous avec vos personnages ? Leur laissez-vous une liberté absolue, une fois que vous les avez créés ? Ou leur laissez-vous une semi-liberté ?
Pas du tout : je leur laisse assez peu de liberté. C'est peut-être là aussi une différence avec d'autres écrivains qui créent leurs personnages et leur laissent beaucoup de liberté ; moi, non. Pour moi, ce sont un peu des marionnettes, et c'est moi, le marionnettiste. J'invente les personnages parce que j'ai besoin d'eux dans mon histoire. Donc je sais s'ils mentent, ce qu'ils cachent, s'ils vont tomber amoureux ou pas... Je connais leur vie à l'avance, je suis un peu le dieu qui décidera de leur destin, qui les fera mourir ou pas, etc. Dans ma tête, je les crée comme ça, je les façonne. Ce sont donc des marionnettes ou des créatures d'argile que je façonne. Du coup, je n'utilise que ce que j'ai besoin d'eux. Je pense que dans mon roman, les personnages sont beaucoup marqués par ce qu'ils font, par leurs actions ou leurs réactions, et leur psychologie naît de là. Évidemment, ils peuvent avoir une épaisseur, etc., mais je dirai que le reste, c'est le lecteur qui l'imagine. Je suis souvent surpris, car je pense que les lecteurs connaissent souvent mieux que moi mes personnages, parce qu'ils imagineront une apparence physique, une histoire, alors que moi, en dehors de ce que j'invente pour eux, de ce que je dis pour eux, le reste n'existe pas en quelque sorte. Je peux en avoir une vague idée, mais je peux avoir un personnage dont je n'ai jamais su quelle était la couleur des yeux, parce que je n'en avais pas spécialement besoin. Je ne me représenterai donc pas l'ensemble de ces détails, alors qu'un lecteur, lui, pourra très bien l'associer à quelqu'un qu'il connaît, finalement avoir presque imaginé beaucoup de choses sur lui. À la limite, plusieurs lecteurs peuvent se représenter les personnages de façon très différente selon la façon dont ils les percevront et se les approprieront. De ce point de vue, je ne cherche pas forcément à avoir des personnages «complets» : ce sont des marionnettes, parce que je les ai définis par rapport à l'histoire. Bien sûr, on a de la sympathie pour ses personnages, on les travaille beaucoup, mais je ne ferai pas comme ces auteurs qui se considèrent comme leur papa, sont tristes de les quitter, etc. Moi, c'est plutôt l'inverse : j'«utilise» ces personnages, je les mets en scène ; après, c'est au lecteur de leur inventer une vie complète.

Avez-vous ce que l'on appelle des rituels d'écrivains ?
Non, pas du tout, mais un peu par la force des choses. Je suis enseignant, je dirige un labo au CNRS, j'ai quand même beaucoup d'activités en dehors, j'ai des enfants... Du coup, c'est plutôt une écriture qui arrive quand j'ai un peu de temps, le matin, le soir, le week-end, en vacances. Dans la voiture, je pense à une idée, et je peux la griffonner... Je peux relire un texte dans le train, etc. Non, c'est vraiment le contraire : plutôt une espèce de bruit de fond dans ma vie, où j'ai toujours un ou deux romans en cours, des pensées qui peuvent venir comme ça, et puis les pensées se structurent petit à petit : d'abord l'histoire, puis l'écriture, puis la relecture. Du coup, je n'ai pas du tout de rituels, et je me suis habitué au fur et à mesure à pouvoir être en veille permanente et en écriture très en pointillés, sur des petites périodes.

Vous faites comme les compositeurs, quand ils ont une mélodie : vous avez avec vous un crayon, un papier, ou vous notez vos idées sur un iPhone...
Ce n'est pas vraiment sur l'iPhone, mais ça peut être sur un bout de papier si je n'ai que ça. Le plus souvent, c'est quand même sur l'ordinateur. Les idées restent en tête le temps d'une journée ou de quelques heures, et je les note ensuite sur l'ordinateur le soir. J'ai une ou deux idées dans la journée parce que je pense à la scène que je dois écrire ou à une histoire dans laquelle il manque un ou deux éléments, j'y pense alors que je suis dans les bouchons dans ma voiture par exemple, et le soir, j'écris quelques lignes pour m'en rappeler, sachant quand même que quand on est dans ce dispositif, la mémoire fonctionne très bien. On a besoin de quelques pense-bêtes pour se rappeler, mais généralement, quand je construis une scène dans ma tête, cela va assez vite et du coup, je m'en rappelle, elle est en quelque sorte gravée. Après, je mets deux à trois pense-bêtes pour resituer les choses, mais je sais que je ne l'oublierai pas.

Quand vous êtes en période d'écriture, vous protégez-vous des autres écrivains ?
Non, pas du tout, parce que je n'ai pas ce type de rituel. Je ne vais pas dire au contraire non plus. C'est plus un travail en amont : souvent, dans des histoires à suspense, il y a le huis clos, la course-poursuite, le bouc émissaire, quelques figures un peu classique que l'on peut retrouver et construire... Non, au contraire, même si je sais en amont quel type d'histoire je vais construire, je vais plutôt éventuellement lire quelques livres du même type, histoire de voir ce que les autres ont fait et de m'en démarquer. Après, je ne vais pas forcément lire au moment où j'écris, parce que faire les deux est parfois un peu compliqué, et puis, en vacances, les temporalités ne sont pas nécessairement les mêmes. En tous les cas, je n'ai pas du tout cette idée que je ne dois absolument rien lire d'autre au moment où j'écris. Mais cela est sans doute lié au fait que j'ai une idée très précise de ce que je veux faire, de là où je veux aller. Du coup, je ne serai pas particulièrement influencé. Après, il y a autre chose qui est intéressant : quand on commence à être dans des romans à suspense, on devient un autre lecteur : on lit les romans des collègues avec l'idée d'essayer de comprendre les mécaniques. Du coup, cela induit un caractère presque professionnel de savoir quelle technique utilisent les autres, pour voir ce qui marche, ne serait-ce que pour les évaluer et éventuellement s'en inspirer ou pas, ou les retravailler. Je pense que c'est un peu comme un réalisateur de cinéma : pour savoir bien faire son art, il regardera d'autres films et détaillera la technique des autres, ne serait-ce que pour pouvoir se situer, comprendre ce qu'il fait et pourquoi il le fait, etc. Je pense que dans la littérature, je dis à suspense plus que policière, parce que je ne pense pas que je fasse du policier - c'est beaucoup plus une littérature à suspense, un romanesque à suspense -, la dimension mécanique d'horlogerie est très importante, si on veut que le lecteur ait envie de passer d'un chapitre à l'autre, de ne pas s'arrêter de lire, etc. Mes ingrédients sont souvent des romans écrits à plusieurs voix ; donc on saute d'un point de vue à l'autre. J'utilise souvent le passé présent ; j'utilise toujours une narration qui peut être aussi au passé ou au présent, une narration à la première ou à la troisième personne... Si on veut que toutes ces techniques ne se traduisent pas en quelque chose qui soit hyper compliqué et que plus personne ne comprend, il faut être assez précis, presque scientifique dans la façon dont on fait ses choix. Du coup, voir comment font les autres, voire améliorer sa technique me semble important. Une nouvelle fois, je ne me situe pas dans la peau - je pourrais l'écrire, mais je ne l'ai pas encore fait - de l'écrivain qui écrira une prose en littérature blanche, en ne se souciant absolument pas de la façon dont cela sera reçu ; si ça marche tant mieux ; si cela ne marche pas, tant pis. Je suis vraiment dans l'idée que je construis une histoire avec un certain nombre d'effets que j'essaie de maîtriser.

Le succès a-t-il changé quelque chose dans votre façon d'écrire ?
J'essaie de faire en sorte que non, parce qu'il faut garder une spontanéité. Bien sûr, il ne faut pas reprendre la même recette à chaque fois. L'avantage que j'ai, c'est que je n'ai pas de héros récurrent. Ma façon d'écrire ou de raconter les histoires serait presque antinomique avec l'idée d'un héros récurrent. Assez souvent, c'est un enquêteur donc un policier dans ce type de roman. Par conséquent, presque systématiquement, la mécanique d'enquête, le personnage que l'on suit sont presque les mêmes ; donc une part de surprise n'existe pas. Au contraire, mes romans sont vraiment basés sur l'idée que quand on prend le roman, on ne sait pas qui va raconter, qui survivra à la fin ; il y a des formes de déconstruction de l'histoire qui sont là pour surprendre le lecteur. J'ai essayé avec des héros récurrents, mais cela ne va pas du tout, parce que, si on sait déjà qui est l'enquêteur et qu'il a peu de chances de mourir à la fin du livre, je perds 80 % de ce qui, pour moi, fait le sel d'une bonne histoire, c'est-à-dire être surpris dès la première ligne, se trouver dans une espèce de tambour de machine à laver où on est baladé d'une page à l'autre... On ne sait plus qui est le narrateur, on ne sait plus qui enquête, etc. C'est tout un jeu, et je serais trop brimé d'avoir un héros récurrent. Du coup, je réinvente à chaque fois une façon de raconter l'histoire, avec de nouveaux enquêteurs, de nouveaux personnages, donc forcément presque une nouvelle façon d'écrire. Même si j'ai eu des succès, dans mon nouveau roman, je repars complètement dans l'inconnu en quelque sorte. Ce qui est intéressant aussi de ce point de vue-là, c'est qu'il n'y a pas de règles. Bien sûr, des auteurs à succès ont des héros récurrents, et je pense que ce côté récurrent contribue beaucoup à leur succès ; mais il y a aussi de très gros vendeurs - on parle beaucoup de Stephen King en ce moment, Musso, Lévy ou d'autres - qui n'ont pas du tout de héros récurrents et pourtant vendent d'un livre sur l'autre, même si les livres sont assez différents. En fait, il n'existe pas de règles : le public peut très bien suivre un auteur parce qu'il aime sa façon de raconter des histoires, ou parce qu'il aime aussi retrouver un héros récurrent. Cela est plutôt rassurant : il n'existe donc pas de recette pour aller d'un succès à l'autre. Il est clair que les éditeurs aiment bien les héros récurrents, parce que c'est sans doute plus rassurant. C'est également sans doute plus rassurant aussi pour un auteur, mais cela ne me correspond pas.

Quand je parlais du succès, je pensais surtout au fait que vous preniez confiance en vous-même.
Non. D'une part, on ne s'habitue pas vraiment au succès. On a toujours cette espèce de syndrome de l'imposteur. On se dit : «D'accord, le roman a très bien marché, mais c'est par le plus grand des hasards, c'est un concours de circonstances. Le prochain ne marchera pas du tout.» On est toujours dans l'idée qu'on se plantera dans le prochain parce que justement, comme le précédent a marché, les gens seront hyper déçus de celui d'après. Je pense que du coup, cela force... je ne dirai pas à travailler plus... les deux se compensent : à la fois, on se dit que si autant de lecteurs ou de lectrices ont aimé le roman, si on écrit à peu près la même chose avec la même qualité, ils ne devraient pas être trop déçus. D'autre part, il y a cette autre idée qui fait que de toute façon, cela a été un hasard absolu qu'un livre marche et que les autres finiront forcément par moins plaire ou par décliner. J'essaie d'être un peu sur les deux. Après, je n'ai aucune certitude : surtout quand on joue sur l'histoire, il n'y a non plus aucune certitude que l'histoire séduise, mais il y a toujours cette part d'inconnu sur une nouvelle histoire, de nouveaux héros, une nouvelle construction... Elle peut plaire ou non, c'est toujours un peu de magie : même si les lecteurs peuvent retrouver un style, une façon de raconter, qui leur plaît et qu'ils ont envie de retrouver, c'est à chaque fois une nouvelle aventure.

Quid du thème de la consolation ?
Je ne sais pas si je répondrai complètement au terme de consolation, telle qu'elle surgit à mon avis dans mes romans. Je dirai qu'il y a quand même toujours une part qui est très liée à l'enfance, au désenchantement par rapport aux aspirations de jeunesse, et la consolation prend en quelque sorte des formes de compensation par des petits détails, mais qui sont généralement très liés à ce désenchantement lié à la vie. Presque tous les héros, à un moment donné, sont sur la question de la réalisation de soi. Finalement, ils peuvent parfois apparaître assez lisses au départ, et on s'aperçoit qu'une grande partie de leurs actes sont commandés par le fait qu'ils avaient des rêves bien plus vastes que ça. Pour moi, il s'agit moins de héros qui sont traumatisés avec des blessures très graves, plutôt de héros ordinaires qui se rêvent plus grands, autrement, et ont des petits détails de consolation dans leur vie de tous les jours - ça peut être écouter une chanson à la radio, qui leur fait penser à des choses qu'ils avaient oubliées : un amour lointain, un petit regret... C'est souvent par des détails un peu mélancoliques que l'on fait surgir cette consolation en quelque sorte, qui permet de supporter le quotidien, ou ce qu'on est devenu par rapport à ce dont on avait envie. Je pense que c'est un des ressorts essentiels de mes romans, en dehors du caractère policier : cette dimension un peu mélancolique, qui fait sans doute qu'un certain nombre de lecteurs et de lectrices me suivent. C'est souvent notamment sur mes fins qui sont souvent douces-amères : il y a cette idée-là que ce n'est pas complètement gagné, pas complètement noir non plus ; ce sont de petits arrangements avec la vie. On pourrait presque dire que mes fins sont souvent sous une forme de consolation en quelque sorte. C'est rarement complètement gai - notamment la fin de Nympheas noirs : pour moi, elle pourrait typiquement être qualifiée de consolation, presque de lot de consolation. La vie n'a pas été franchement gaie, mais elle offre quand même quelques petites consolations ou une consolation, quelque chose qui ressemblerait à un cadeau du destin pour se faire pardonner. On offre un petit quelque chose : cela ne rachète pas tout, mais permet de survivre, de ne pas tomber dans la folie ou d'être complètement amer. J'aime beaucoup cela, cette idée des héros qui finalement se battent au quotidien. Un avion sans elle, c'est un peu cela aussi : c'est une part de consolation, on s'accroche à quelque chose. C'est sans doute assez différent de héros très noirs qui sont vraiment là en rupture ou dans le franchissement d'interdits, etc. Mes héros peuvent apparaître peut-être à la fois plus forts et plus désenchantés en quelque sorte.

Dans votre propre vie, l'écoute d'une musique, une promenade, le recueillement la méditation ; en cas de blues, avez-vous un besoin de consolation intérieurement ?
L'écriture est une consolation en soi, si on veut. C'est ce qui permet d'avoir ce temps de méditer ou de promenade solitaire. Je suis sans doute assez proche de mes personnages de ce point de vue-là : je ne suis pas quelqu'un qui est désespéré, donc pour qui l'écriture sera une thérapie face au non-sens de la vie, ou à son côté absurde ou terrifiant. Pas du tout. En revanche, j'aime beaucoup ce côté doux-amer, un peu mélancolique, ce regret de l'enfance en quelque sorte, de ce temps-là. Je suis plutôt dans cette dimension. Du coup, pour moi, la consolation a plutôt une dimension de retrouver cela, c'est-à-dire une dimension de fantaisie, de légèreté, de bulle, de jouer à des choses auxquelles un adulte ne jouerait pas, de réécouter des musiques qu'on écoutait il y a vingt ou trente ans... Pour moi, la consolation sera plutôt dans la nostalgie ou dans une petite mélancolie, mais une mélancolie qui permet d'avancer, pas dans le regret de ce qui s'est passé. Savourer le temps qui passe, avoir une petite pensée pour cela... Mais je ne me plains pas : j'ai la chance inouïe de m'être rêvé écrivain et de l'être devenu, on porte forcément un regard sur le monde très différent de celui qui rêvait d'écrire et qui n'a jamais vu de livre publié. Avec cela, je vis un rêve éveillé chaque jour. Forcément, il y a ces petites consolations quotidiennes : écouter une musique, ou revoir une photo d'il y a vingt ans, même voir ses enfants grandir... Je pense que ces consolations sont les mêmes pour à peu près n'importe qui. Après, il est vrai que cela est forcément différent quand la vie est dure avec vous, de quand vous vivez en quelque sorte un rêve éveillé puisque vous avez le sentiment d'avoir choisi et réussi votre vie quotidienne et professionnelle, et qu'en plus, il vous tombe du ciel des centaines, des milliers de lecteurs ! Vous vous dites : «Qu'ai-je fait pour que ce soit mes histoires et ma façon de les raconter qui fasse que tous ces gens entrent en harmonie avec cela ?» Pour moi, la consolation, ce serait laisser une toute petite part de fantaisie, de mélancolie et de légèreté dans la vie quotidienne, mais c'est le dosage, le parfum qui compte : trop, ça devient lourd, pesant et déprimant ; pas du tout, ça devient des adultes sérieux qui n'ont plus aucune part d'autodérision. Pour moi, c'est le degré qui compte, et ça, ça n'est pas évident. Je pense qu'un certain nombre de lecteurs se reconnaissent, c'est assez amusant. Je pense que certains passent complètement à travers ce mélange de gravité et d'humour présent dans mes romans parce que, pour eux, c'est trop léger, voire mièvre parfois ; pour d'autres, non : ils s'y reconnaissent tellement, et ça leur parle.

Retrouvez la fiche complète sur le choix des libraires