"Caravansérail" de Francis Picabia chez Belfond (Paris, France)

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Caravansérail
Caravansérail — Le choix des libraires

Résumé

Unique roman de Francis Picabia, Caravansérail a été écrit en 1924, l'année où paraissait le premier Manifeste du surréalisme. À la rigueur dogmatique de Breton, Picabia oppose son incorrigible désinvolture, choisissant en toutes circonstances la liberté et la vie, qu'il traverse à cent cinquante à l'heure dans une Mercer d'importation. «Je suis vivant» : tel est le sésame et l'ultime réponse de ce roman où il exprime l'essentiel de ses idées.

Texte autobiographique à clés et à tiroirs, Caravansérail se présente comme une série de tableaux évoquant avec causticité l'esprit d'une époque prise dans le tourbillon des avant-gardes. On y retrouve Duchamp, Picasso, Breton, Éluard, Desnos, Vitrac, Aragon, Ernst, Cendrars, Cocteau, et d'autres encore, chacun suscitant des salves bien senties. Face au surréalisme en passe de triompher, le baroud d'honneur du dadaïsme.

Publié à titre posthume chez Belfond en 1974, Caravansérail était épuisé depuis les années 198c Ce projet artistique, intellectuel et patrimonial apporte sur les années 1920 un éclairage historique jubilatoire et unique.

L'AUTEUR

Artiste protéiforme, né à Paris en 1879, Francis Picabia a exploré durant les 74 années de sa vie la plupart des mouvements artistiques de son temps. A l'image de son oeuvre plastique et de ses écrits, il fut une personnalité complexe, enfant terrible, blagueur, aventurier épris de liberté, rastaquouère et artiste. Il s'est éteint en 1953, dans la maison où il était né, laissant derrière lui une oeuvre foisonnante.

Ancien professeur à l'université d'Ottawa, auteur d'essais sur la peinture et la photographie, Luc-Henri Mercié en a établi l'édition au début des années 1970.

La revue de presse : Xavier Houssin - Le Monde du 19 décembre 2013

La dérision semble être la seule chose qu'il ait vraiment prise au sérieux. Qui lui tenait à coeur. Au point d'en faire le prisme à travers lequel il regardait le monde entier. Peintre prolixe, Francis Picabia (1879-1953), tout autant et tout ensemble, a été un écrivain prolixe. Un correspondant pléthorique, un critique, un créateur de revues d'avant-garde et, surtout, un poète qui pensait que " la poésie n'existe pas "...
Plus qu'un roman à clés, Caravansérail présente une multiplicité de reflets. Il offre une fresque aux perspectives mêlées, aux regards croisés. Tout dépend d'où et qui l'on regarde. L'époque est saisie avec un cynisme dévastateur. C'est lucide et drôle. Pour un peu, on penserait au Satyricon de Pétrone (d'autant que des feuillets perdus du texte font là aussi des lacunes), dans cette manière de rester spectateur tout en participant aux désordres du temps. Picabia règle ses comptes avec ce qui l'exaspère. Il dénonce les impostures, traque la suffisance et les faux-semblants. Il prend à la légère ce qui lui est important : l'amour des femmes, l'écriture, la peinture. " J'ai toujours aimé, disait-il, m'amuser sérieusement. "

La revue de presse : Jean-Louis Ezine - Le Nouvel Observateur du 14 novembre 2013

On aurait presque oublié que Picabia n'était pas que le peintre le plus fameux du dadaïsme, mais un poète aussi, du genre «enfant terrible» et «semelles de vent». Il a même laissé un roman, unique à tous les sens du mot...
Il faut dire que dans ce «Caravansérail» coloré, drôle, vivant et résolument autobiographique, Picabia (nous sommes en 1924) règle ses comptes avec la papauté surréaliste incarnée par André Breton. On y croise donc le nouveau pontife et toute la colonie artiste des Années folles...
On s'amuse à tout propos, dans la compagnie d'Erik Satie poursuivant une jolie note de musique avec un flet à papillons, du couturier Paul Poiret travesti en bégonia ou du boxeur Georges Carpentier à qui Picabia demande ce qui l'a le plus frappé en Amérique, et qui lui répond avec un grand naturel : «C'est Dempsey.»

La revue de presse : Nelly Kaprièlian - Les Inrocks, novembre 2013

Dans son unique roman,»Caravansérail», Francis Picabia fait défiler le Paris arty et nocturne des années 20, règle ses comptes avec Breton, s'amuse de l'amour et torpille les faux écrivains. Une pépite à lire d'urgence. Francis Picabia peignit beaucoup, c'est entendu. Ce qu'on avait oublié, c'est qu'il écrivit un unique roman, retrouvé dans ses papiers en 1971, enfin réédité cette année. Et c'est une pépite littéraire qui nous parvient d'un passé lointain, quand Paris était encore une fête. Ecrit en 1924, Caravansérail porte bien son titre tant son narrateur, Picabia himself, se déplace sans cesse, se transportant d'une soirée dans un bar nègre à un dîner chez Prunier, des appartements de ses maîtresses à celui d'André Breton, nous entraînant dans le Paris noctambule et arty des années 20...
Ce que l'on comprend avec Caravansérail, c'est que ce n'est pas seulement la peinture qu'aura voulu renouveler Picabia en la sortant des concepts devenus caduques de «beauté» ou de «sujets nobles» ou encore de «gravité», c'est à l'art du roman qu'il s'attaque ici avec férocité et drôlerie, et enfin à l'art tout court, à l'art comme accessoire de mode bourgeois, mensonge prêt à acheter, véhicule de conventions se faisant passer pour romantique ou pseudo rebelle. A mettre, d'urgence, entre toutes les mains, surtout celles des jeunes écrivains.

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