"Quelque chose d'écrit" de Emanuele Trevi chez Actes Sud (Arles, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Quelque chose d'écrit
Quelque chose d'écrit — Le choix des libraires

Résumé

Laura Betti et Pétrole : une de ces imprudentes réactions chimiques qui, dans les dessins animés, s'achèvent sur une explosion assourdissante, et le laboratoire en miettes. Pour l'aspirant écrivain que j'étais à l'époque, c'était un vrai sujet de méditation. Car la littérature, conçue comme une grande expérience sur les limites de l'humain, devrait toujours être cela : un détonateur, une catastrophe qui engendre, dans la vie, des changements irréversibles. Un facteur de déséquilibre.

E.T.

Emanuele Trevi est né en 1964. Il est le fils d'un psychanalyste jungien de renom, avec lequel il a cosigné un livre. Critique littéraire, il a publié des essais et un roman, chez Rizzoli, avant celui-ci. Qualcosa di scritto a été finaliste du prix Strega 2012. Il a reçu à Francfort, en 2012, le prix de littérature de l'Union européenne récompensant un "auteur émergent" et a été également récompensé par le prix Boccaccio.

Courrier des auteurs le 22/10/2013

Emanuele Trevi n'a jamais connu Pasolini. Mais pour gagner sa vie, dans les années 1990, il a travaillé au Fonds Pasolini de Rome, les archives jalousement conservées, à l'époque, par Laura Betti, la comédienne-fétiche de l'écrivain et cinéaste sauvagement assassiné le 2 novembre 1975. Chargé de rassembler toutes les interviews de l'auteur, Trevi, en butte aux vexations quotidiennes de la «gardienne du temple» ne publiera jamais l'ouvrage prévu, mais il conservera, de cette expérience hors du commun, un souvenir si intense qu'il lui inspirera ce livre, qui porte le titre d'une des «Notes» de Pasolini dans Pétrole. Car c'est de cette double expérience - la relation avec une Laura Betti hystérique, au «sadisme protéiforme» mais intéressante en raison même de sa folie, et la découverte de Pétrole, texte inclassable et profondément dérangeant - qu'est né ce livre qui justifie pleinement son titre. A la fois roman, biographie, autobiographie, essai, Quelque chose d'écrit nous convie à un voyage à travers le temps et l'espace, où se mêlent réflexions sur la littérature, portraits, descriptions et monologues, et où le grotesque côtoie sans cesse le pathétique, voire le sacré.
C'est un livre qui nous bouscule et nous oblige à nous interroger : sur ce que peut être le rôle de la littérature - un «détonateur», autant que l'ont été Laura Betti et le «Tchernobyl mental» auquel elle a soumis sa victime - ; sur la passion non partagée et ses ravages ; sur notre identité sexuelle, et enfin, sur le sens même de la vie, à travers le parcours créateur du fantôme qui hante cet ouvrage : celui de Pasolini, dont Trevi évoque également les films, en particulier Théorème et Salò.
Mais le plaisir que procure cette lecture est également lié à la qualité de l'écriture, vive, intelligente, nerveuse, capable de nous plonger dans les entrailles du Fonds Pasolini ou dans celles de Rome, de nous faire vivre quasi physiquement un «pèlerinage» sur les lieux où Pasolini a trouvé la mort, une soirée électorale qui voit la première victoire de Berlusconi ou une réception dans un grand hôtel grec au moment de la Coupe du monde de foot. Ironie du regard, acuité de l'observation et sens du détail drolatique : Trevi, qui aime Balzac par-dessus tout, est un merveilleux observateur de la «comédie humaine». Jusqu'au finale inattendu, qui décrit, de manière à la fois précise et poétique, les mystères sacrés d'Éleusis, et nous laisse, une fois le livre refermé, avec une seule envie : le savourer encore et encore pour y découvrir, page après page, de nouvelles pépites...

Marguerite Pozzoli, la traductrice du livre

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