"J'ai réussi à rester en vie" de Joyce Carol Oates chez Philippe Rey (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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J'ai réussi à rester en vie
J'ai réussi à rester en vie — Le choix des libraires

Résumé

L'appel a résonné au creux de la nuit : «Votre mari, Raymond Smith, est dans un état critique...» Titubante d'appréhension mais espérant contre tout espoir, Joyce se précipite à l'hôpital dont, guéri d'une banale pneumonie, Ray devait sortir le matin même. A l'arrivée, son compagnon de près d'un demi-siècle est déjà mort d'une violente et soudaine infection nosocomiale. Sans avertissement ni préparation d'aucune sorte, Joyce est soudain confrontée à la terrible réalité du veuvage. Au vide. A l'absence sans merci.
J'ai réussi à rester en vie est la chronique du combat d'une femme pour tenter de remonter de ce puits sans fond. En proie à l'angoisse de la perte, cernée par un cauchemar de démarches administratives - et les absurdités pathétiques du commerce du deuil -, Oates décrit l'innommable expérience du chagrin, dont elle ne peut s'extraire que rarement, et à grand peine, en se tournant vers ses amis.
Avec sa lucidité coutumière, parfois sous-tendue d'un humour noir irrésistible (quand, par exemple, elle se lamente sur l'absurdité des luxueux paniers gargantuesques de saucissons et de pop corn au chocolat déposés devant sa porte en manière de condoléances), elle nous offre à travers ce livre - qui ne ressemble à rien de ce qu'elle a écrit jusqu'ici - non seulement une belle histoire d'amour, mais aussi le portrait d'une Joyce Carol Smith inconnue et formidablement attachante.

Membre de l'Académie américaine des Arts et des Lettres, professeur de littérature à Princeton, titulaire de multiples récompenses littéraires (dont le prix Femina étranger en 2005 pour Les Chutes), Joyce Carol Oates occupe depuis longtemps une place au tout premier rang des écrivains contemporains.

Le choix des libraires :

18 février 2008, Joyce Smith est contrainte d'adopter brutalement le statut de veuve. Entre la bienséance exigée (depuis les devoirs qui incombent à sa situation jusqu'aux sentiments qui lui sont d'emblée prêtés) et ses propres aspirations, la Veuve balance, encline à céder au Basilic, effondrée par ce vide qui l'habite. Intimement, tout lui susurre, tout la conduit à entasser les gélules et comprimés, à souhaiter que la voiture dérape... à fuir la communauté des hommes, ne cherchant qu'à maintenir son état de solitude. Et, dans un même temps, remettre, repousser et trouver un soulagement (à fuir ?) dans la reprise de ses activités professionnelles : Joyce Smith s'efface - et vit - derrière l'écrivain de renom Joyce Carol Smith, que tous sollicitent, invitent, écoutent, félicitent. J. C. Smith signe ici un récit sans rapport aucun avec les thèmes, le style qu'on lui connaît de sa fiction. Ici, dans ce paradoxe «Smith», ambiguïté même de sa personnalité, elle dresse sa propre chronique, lucide, non sans humour, non sans abattement, celle d'une femme accablée de chagrin. C'est aussi l'histoire d'un amour, l'histoire d'une passion.

La revue de presse : André Clavel - L'Express, décembre 2011

Pour conjurer la mort brutale de son mari, la romancière Joyce Carol Oates a déployé sa parade : l'écriture...
Avec l'ironie glacée qui lui a toujours servi de signature, elle entre aussi dans les coulisses du deuil et raconte comment elle a dû faire bonne figure pour improviser son rôle de veuve en ravalant ses larmes. Son livre est la chronique d'une "chute libre" et, peu à peu, le récit d'une victoire : rester en vie. Et affronter la mort avec de simples mots, pour que l'absence ne soit pas recouverte par le linceul du silence.

La revue de presse : Marine Landrot - Télérama du 9 novembre 2011

Chronique minutieuse de la disparition, au compte-gouttes, au compte-respirations, au compte-réflexions, ce journal se situe dans la lignée de L'Année de la pensée magique, de Joan Didion, ou d'Exercices de la perte, d'Agata Tuszynska. Si ces livres de douleur et d'effroi, d'errance et d'effondrement, trouvent à chaque fois le ton juste, c'est qu'ils sont l'oeuvre de véritables femmes de lettres pour qui le salut passe par l'écriture, qui dépassent le défoulement thérapeutique pour atteindre une vérité artistique implacable.

La revue de presse : Florence Noiville - Le Monde du 3 novembre 2011

Ce n'est pas l'écrivain Joyce Carol Oates qui raconte. Comment le pourrait-elle d'ailleurs - "La veuve habite une histoire dont elle n'est pas l'auteur". Disons que Joyce Carol Oates prête sa plume - mais quelle plume ! - à Mme Smith. Autrement dit Mme Tout-le-Monde. Les sentiments qu'elle décrit n'ont peut-être rien d'exceptionnel. Toute femme aura pu les éprouver - tout homme aussi sans doute...
Rien d'extraordinaire ? N'empêche que le résultat est bouleversant. Jamais larmoyant. Parfois même drôle - par exemple quand le livre tourne au "Manuel de la veuve" ou quand l'auteur décrit certains rituels absurdes comme ces "corbeilles de condoléances de luxe" qu'on envoie aux Etats-Unis pour les deuils ("Les gens s'imaginent-ils que truffes et pâté de foie gras adoucissent le chagrin ?"). Bref, J'ai réussi à rester en vie ne ressemble à rien de ce que nous a donné jusqu'ici l'auteur de Blonde.

La revue de presse : Sabine Audrerie - La Croix du 26 octobre 2011

Il est assurément l'un de ses écrits majeurs, par sa singularité, sa sincérité et la double nécessité par laquelle il semble porté : raconter la déflagration intime de la mort soudaine de son époux, le 18 février 2008, auquel elle était mariée depuis «quarante-sept ans et vingt-sept jours», et celle de rendre hommage à leur amour, à une vie commune à l'harmonie rare, dont l'extinction va la laisser, elle le dit, amputée d'une partie d'elle-même. Admirable Joyce Carol Oates, voilà le qualificatif qui vient à l'esprit en refermant ce livre troublant de justesse, personnel, digne. Non seulement parce qu'elle parvient à traverser cette épreuve inhumaine bien qu'universelle, mais surtout en ce qu'elle a su tracer ce récit très droit en faisant une oeuvre littéraire utile et lumineuse.

La revue de presse : Thomas Stélandre - Libération du 20 octobre 2011

J'ai réussi à rester en vie est un récit de veuvage, comme l'était l'Année de la pensée magique, de Joan Didion (Grasset, 2007). C'est aussi, pourrait-on dire, un manuel à l'attention de la veuve, un précis. La première chose à savoir est la suivante : «Ne croyez pas que le chagrin est pur, solennel, austère et "élevé"- ce n'est pas le Requiem de Mozart.»...
Arrêtons là : s'il y a bien ici une femme qui s'effondre, elle le fait sans grâce, sans élégance, rien de poétique ; une chute grossière, la tête la première. Ce n'est pas une tragédie qui attend la veuve, mais «une vie bouffonne», où vont défiler tracasseries administratives, compositions florales et corbeilles de fruits...
D'abord rédigé sous forme de notes, puis retravaillé afin d'obtenir un ensemble cohérent, J'ai réussi à rester en vie (sobrement intitulé A Widow's story, «L'histoire d'une veuve», en V.O.) apparaît comme une tentative de réappropriation. Ecrire, s'écrire, organiser le chaos en phrases, paragraphes, chapitres, explorer le deuil et «voir ce qui peut être fait du "chagrin"».Oates transforme l'épreuve de vie en épreuve littéraire...
Traductrice attitrée, Claude Seban effectue une fois encore un travail remarquable.

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