"Veit : d'un fils à son père, dans l'ombre du Juif Süss" de Thomas Harlan chez Capricci éditions (Nantes, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Veit : d'un fils à son père, dans l'ombre du Juif Süss
Veit : d'un fils à son père, dans l'ombre du Juif Süss — Le choix des libraires

Résumé

«Si tu n'assumes pas ta responsabilité, je m'en chargerai, je la porterai à ta place, même si tu ne veux pas, même si tu résistes. Père, ne résiste pas, laisse-moi prendre cette responsabilité pour toi, même si tu n'as aucune responsabilité, même si tu n'as rien d'autre que ce que tu appelles ta bonne conscience.»

Ainsi Thomas Harlan, cinéaste (Notre Nazi, Wundkanal.) et militant, s'adresse-t-il à son père Veit, auteur en 1940 du célèbre film de propagande antisémite, Le Juif Süss. En 2010, peu de temps avant sa mort, il dicte ce texte, dans lequel il cherche à comprendre pourquoi son père n'a jamais reconnu sa faute, mais aussi à se réconcilier avec lui, fût-ce à titre posthume.

Unanimement salué lors de sa parution en Allemagne, ce texte bouleversant est à la fois un témoignage historique, un récit autobiographique et une nouvelle «Lettre au père». Il est accompagné d'un ensemble de notes et d'annexés retraçant notamment la genèse et la réception du Juif Sùss, ainsi que l'histoire des deux procès de Veit Harlan après la guerre.

Thomas HARLAN est né à Berlin en 1929 et mort à Berchtesgaden en 2010. Cinéaste, dramaturge, écrivain et militant, il est le fils du réalisateur Veit Harlan (1899-1964), cinéaste emblématique des plus célèbres films de propagande nazie commandés par Goebbels, dont Le Juif Süss (1940) et Kolberg (1945). Toute sa vie, Thomas Harlan dénonce les criminels de guerre. Il poursuit cet engagement avec des pièces de théâtre comme Moi-même et non un ange. Chronique du ghetto de Varsovie (1958), des films comme Torre Bela (1975) ou Wund-kanal (1984), qui met en scène l'interrogatoire véritable d'un ancien nazi et sur le tournage duquel le cinéaste américain Robert Kramer réalise un documentaire intitulé Notre nazi. À partir de 2000, il se consacre à l'écriture de plusieurs romans (Rosa, Die Stadt Y's, Heldenfriedhof). Veit, qui porte le prénom de son père, est le dernier texte qu'il laisse. Il ne sera publié qu'après sa mort.

La revue de presse : Eric Loret - Libération du 24 octobre 2013

Il y a un texte, et il y a un livre. Le texte, c'est une sorte de «lettre au père» posthume de Thomas Harlan (1929-2010), fils de Veit Harlan (1899-1964), le réalisateur du film nazi le Juif Süss. Une lettre sur la culpabilité, l'amour, l'irrémédiable. Le livre, c'est ce même texte, assez bref, interrompu d'une série de longues notes, auxquelles renvoient non des numéros mais des soulignements, comme des liens hypertextes. Il s'agit la plupart du temps de précisions historiques. Cette discontinuité n'est pas gênante, au contraire, elle vient scander le texte de Thomas Harlan comme un travelling de pierres tombales, s'y ficher comme les stèles d'un mémorial de l'Holocauste dont elle rappelle les horreurs...
Veit s'ouvre par une litanie déchirante qui en livre la problématique : si le père n'a jamais, à aucun moment, «eu honte», le fils, lui, est coupable d'une double abjection : aimer son père et le trahir à la fois, le trouver coupable et ne pas croire à cette culpabilité. La société n'a jamais condamné Veit Harlan, ce qui aurait peut-être simplifié symboliquement les choses pour Thomas. Mais lui seul, de ses frères et soeurs, écrit-il, a appris que son père n'avait dû son acquittement d'une accusation de crimes contre l'humanité qu'au fait que le juge, Walter Tyrolf, n'était autre qu'un ancien procureur du tribunal d'exception nazi de Hambourg : «Je n'ai jamais osé en parler avec mon père.»

La revue de presse : Thomas Sotinel - Le Monde du 12 septembre 2013

Veit, c'est le prénom du père, que l'auteur, Thomas Harlan, interpelle dans ce texte écrit quelques mois avant sa mort, le 16 octobre 2010. Romancier, dramaturge, cinéaste, toute sa vie, Thomas Harlan est resté avant tout le fils du seul cinéaste inculpé de complicité de crime contre l'humanité dans l'exercice de son art. Ces pages brûlantes de fièvre sont un ultime effort pour porter ce fardeau jusqu'à son dernier jour.

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